Le moins que l’on puisse dire, c’est que le patron de KTM Motorsport ne s’attendait pas à un tel scénario. Partir de Thaïlande avec Pedro Acosta leader du championnat, KTM en tête du classement par équipe et ex-aequo avec Aprilia chez les constructeurs, c’était un scénario impossible à imaginer avant le week-end…
… « Non, ça aurait été absurde. Buriram était une piste très difficile pour nous l’an dernier. Nous n’avions pas réussi à gérer les pneus sur la distance » rappelle le patron de la compétition de la marque Pit Beirer. Le contraste avec 2025 est saisissant et montre l’ampleur du travail accompli durant l’hiver.
Beirer attribue ces progrès à un travail ciblé sur les points faibles de la RC16. Il commence par la gestion des pneus. Ce problème majeur de 2025 semble résolu. « Michelin nous a même félicités dans leur rapport pour notre gestion des pneus. Nos pneus étaient ceux qui avaient la meilleure apparence, tant après le sprint qu’après le Grand Prix. »
Et puis il y a le « turning », devenu le point fort inattendu. « Le turning était le plus grand point faible de Pedro Acosta. Maintenant, il peut soudainement attaquer Marc Marquez dans les sections sinueuses. »
Beirer résume le nouveau package : meilleur turning, meilleur grip, freinage brutalement fort, et moins d’usure des pneus. Une combinaison gagnante.
Interrogé sur la hiérarchie, Beirer est clair : KTM a fait un pas vers Ducati, mais Aprilia est la référence du moment.
« Par rapport à Ducati, nous avons fait un pas en avant. Mais concernant Aprilia, nous devons tirer notre chapeau. Ils ont fait des progrès incroyables. »
Il estime cependant qu’avec une meilleure qualification (Acosta était 6e sur la grille), son pilote aurait pu inquiéter Bezzecchi pour la victoire.
Acosta a pointé un manque de vitesse de pointe. Beirer l’admet, mais l’explique comme un choix délibéré.
« Nous avons sciemment sacrifié un peu de vitesse de pointe pour un meilleur turning et pour refroidir les pneus. Nous avons encore du potentiel pour en retrouver. »
Le patron autrichien rappelle une vérité du MotoGP : « l’histoire montre qu’avec seulement de la vitesse de pointe, tu ne gagnes rien. Trouver le bon compromis sera notre prochaine mission. »
Le pneu arrière rigide utilisé à Buriram (et prévu au Brésil et en Indonésie) a bouleversé la hiérarchie. Beirer admet avoir eu peur, mais les résultats l’ont rassuré.
« Tout le monde chez KTM s’inquiétait que ce GP soit difficile. Mais cela a créé un véritable élan. Maintenant, avec les pneus standard, sur lesquels nous avons toujours été forts, je suis très confiant. »
Brad Binder (6e au sprint, 7e en GP) a réalisé une performance solide, mais Beirer estime qu’il peut mieux faire. « Brad a vu que quelque chose était possible pour lui. »

L’homme de KTM Pit Beirer critique Maverick Vinales : « on ne peut pas se permettre de tourner en rond trop longtemps »
Puis il en vient au problème Tech3 avec Bastianini et Viñales à la traîne. Le point noir du week-end pour KTM. Beirer n’a pas mâché ses mots sur les performances décevantes d’Enea Bastianini (4 points) et Maverick Viñales (0 point).
La raison ? Un désaccord dans le développement. « Pedro et son chef mécanicien ont travaillé exactement dans la direction que nous souhaitions. Enea et Maverick ont pris des chemins complètement différents. »
Et sur motorsport-magazin, il se fâche presque contre Vinales, qui a passé « cinq jours de test » à hésiter entre une selle ancienne et une nouvelle, alors que la décision avait été prise collectivement en novembre. Une perte de temps précieuse.
« Maverick a passé un temps fou, durant les cinq jours d’essais, à se demander si l’ancienne ou la nouvelle selle était meilleure. On ne peut pas simplement changer une selle comme ça, avec un système de fixation rapide, comme sur un VTT. La position du pilote est complètement différente avec chaque version. La nouvelle selle est plus légère et intègre une toute nouvelle technologie d’amortisseur de masse. Passer cinq jours à faire des essais, alors que lors des essais de Valence en novembre dernier, tous les pilotes s’étaient globalement accordés sur la meilleure selle, représente une perte de temps considérable. Pedro et Brad travaillaient déjà depuis longtemps sur la mise au point de la moto pour la course en Thaïlande, sans avoir effectué de recherches approfondies. Notre projet n’est plus si récent pour que cela soit nécessaire. En tant que pilote, on reçoit des pièces, on fait un essai et on décide : A ou B. Puis arrive la pièce suivante : A ou B. On ne peut pas se permettre de tourner en rond trop longtemps ».
Puis il revient à sa star, premier leader du classement général : « avec Pedro, nous avons maintenant un véritable benchmark. Les autres vont automatiquement regarder de son côté. L’important est de mettre tous les pilotes sur le même package le plus vite possible. Cette année, nous avons les pièces. Il faut juste les utiliser. »
L’interview de Pit Beirer est une leçon de management sportif. Il analyse froidement les forces et faiblesses de son équipe, reconnaît le mérite des concurrents, et pointe du doigt, sans agressivité mais avec fermeté, les erreurs de ses pilotes Tech3.
Le message est clair : KTM a une moto gagnante, un leader exceptionnel, et une feuille de route. Maintenant, il faut que tout le monde tire dans le même sens. Si c’est le cas, la marque autrichienne peut rêver de titres.
























