Un an jour pour jour après la procédure d’insolvabilité de KTM AG, Pit Beirer, directeur de KTM Motorsport, dresse un bilan lucide et plutôt positif de la restructuration. Dans une interview, il revient sur une période « terrible » et affirme que le projet MotoGP est désormais sauvé et soutenu à 100 % par les nouveaux propriétaires indiens.
Il y a un an à peine, l’avenir de KTM AG en MotoGP tenait à un fil. Procédure d’insolvabilité, restructuration d’urgence, interrogations sur la survie même du programme… Le séisme était réel.
« L’année dernière, j’ai passé un Noël terrible », confie aujourd’hui Pit Beirer. « Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit et je suis resté à l’entreprise tous les jours pour soutenir nos pilotes au début de l’année. »
Une phrase qui en dit long sur la tension interne. À ce moment-là, le MotoGP n’était plus un rêve de titre, mais une ligne rouge budgétaire.
Un an plus tard, le décor a changé. Pierer Mobility AG est devenue Bajaj Mobility AG, sous le contrôle majoritaire de Bajaj Auto.
« Cette année, nous avons bénéficié d’un budget stable et d’une planification rigoureuse », affirme Beirer. « Nous sommes donc revenus à une situation beaucoup plus normale. »
Les chiffres, eux, racontent une convalescence sévère : chiffre d’affaires 2025 : 1 009 M€, en baisse de 46 %, dette nette réduite à 798 M€ (presque divisée par deux), capitaux propres redevenus positifs : 385 M€, stocks réduits de 248 580 à 147 427 motos.
Mais le prix social est lourd : 500 suppressions de postes annoncées, fermeture de la division cycles, ventes de vélos en chute libre.

Pit Beirer : “Grâce à Bajaj, nous sommes encore là”
Et pourtant, un frémissement apparaît : au second semestre 2025, 80 464 motos vendues, soit +60 % par rapport au premier semestre. Avec les volumes écoulés via Bajaj Auto, le total atteint 209 704 motos.
Pour Beirer, le salut porte un nom. « Ce fut sans conteste la période la plus difficile de l’histoire de l’entreprise. Mais grâce à Bajaj, nous sommes encore là aujourd’hui. Leur engagement sans faille a sauvé l’entreprise et nous a permis de la reconstruire. »
Il insiste sur motorsport-total : « sans leur engagement, je n’aurais même pas été autorisé à discuter du nouveau contrat de cinq ans avec Dorna. Tout ce que vous voyez de ma part est, bien entendu, réalisé avec le soutien total de Bajaj. »
Le changement est profond. « La structure de propriété a changé. Nous pouvons désormais leur rendre compte directement de nos activités en course… Leur logo est maintenant visible sur notre MotoGP. »
Le partenariat stratégique vieux de vingt ans est devenu un pilotage direct. KTM reste engagé, mais lucide. « J’ai probablement ressenti plus intensément que n’importe lequel des cinq constructeurs à quel point un projet MotoGP peut rapidement devenir un gouffre financier pour une entreprise. »
Et la question est posée frontalement : « peut-on transformer un projet MotoGP en un véritable modèle économique ? » Avec le rachat de Dorna Sports par Liberty Media, l’espoir d’une croissance comparable à la F1 existe. Mais pour l’instant, Beirer est clair :
« Actuellement, les seuls investisseurs majeurs dans ce sport – ceux qui y injectent réellement de l’argent – sont les cinq constructeurs. »
KTM ne ferme pas la porte à des investisseurs : « s’il existe des moyens de réduire les pertes pour les constructeurs et d’en faire un modèle économique plus viable, nous sommes ouverts à la discussion. »
Début janvier, KTM a remporté une nouvelle fois le Rallye Dakar. Un symbole fort. « Nos récents succès en sport moto nous donnent un élan supplémentaire et contribuent sensiblement à l’augmentation de nos ventes », déclare le PDG Gottfried Neumeister.
Deux nouveaux partenaires ont également été annoncés : Motorex pour les lubrifiants et Würth pour l’outillage. Des signaux de confiance.
KTM ne parle plus de survie, mais de croissance « stable et prometteuse ». Pourtant, l’épisode 2025 laisse une cicatrice profonde. Le MotoGP reste stratégique, mais il ne sera plus jamais intouchable.
Beirer le dit sans détour : « nous avons tous participé aux moments difficiles… mais je suis convaincu que Gottfried est vraiment la personne idéale pour nous sortir de cette situation. »
Le message est clair : KTM est toujours en MotoGP. Mais cette fois, avec une calculette posée sur la table.
































