Pendant que les projecteurs du MotoGP étaient braqués sur Marc Marquez, sur le feuilleton des transferts ou sur les déboires de Yamaha, un homme travaillait dans l’ombre avec une discrétion rare. Lorenzo Savadori, pilote d’essai Aprilia, a bouclé six jours de roulage intensifs à Sepang, cumulant Shakedown et tests officiels pour poser les fondations de la saison 2026.
Six jours d’essais, plus de 60 tours quotidiens, une RS-GP 2026 en pleine mutation et déjà un œil tourné vers 2027. Dans l’ombre des titulaires, Lorenzo Savadori a assumé un rôle central lors des tests de Sepang, épaulant Marco Bezzecchi pendant l’absence de Jorge Martin, toujours convalescent.
Le pilote d’essai romagnol n’a rien caché de l’intensité de la mission. « Six jours d’essais et je n’en peux plus, physiquement je suis épuisé. On a dépassé les 60 tours par jour : ce n’est vraiment pas facile. »
Une confession rare dans un paddock où la fatigue est souvent dissimulée derrière le discours technique. Mais Savadori ne s’arrête pas à l’épuisement : sur motosan, il voit surtout un cap clair.
« Je tiens à remercier le département course de Noale car la moto est bien réglée et on aborde la saison du bon pied. La moto semble compétitive et, même si en MotoGP ce n’est jamais suffisant, Marco et moi avons le même ressenti. C’est fondamental car on travaille tous dans le même sens. »

Une évolution globale chez Aprilia, pas un simple correctif
Plutôt qu’une révolution ciblée, Aprilia a choisi la précision chirurgicale. Savadori insiste sur une amélioration diffuse mais cohérente.
« Nous avons apporté des améliorations dans les moindres détails sur l’ensemble de la moto : vitesse de pointe, freinage et accélération. Le résultat global est positif. »
Cette approche transversale illustre la maturité du projet RS-GP : chaque zone a été optimisée, sans déséquilibrer l’ensemble. Le vrai chantier ? L’aérodynamique.
« Lors des essais de mise au point, j’ai testé toutes les solutions aérodynamiques, en ajustant la puissance et le frein moteur en conséquence. Lorsqu’on introduit de nouvelles configurations aérodynamiques, il faut immédiatement adapter la stratégie électronique. »
L’ingénierie moderne ne tolère plus l’improvisation. Modifier un carénage implique une reprogrammation électronique immédiate. Le package a été validé à Sepang, mais la confirmation viendra en Thaïlande.
« La différence entre les packages est perceptible et j’apprécie le résultat, mais nous devrons confirmer ces impressions en Thaïlande, sur un circuit offrant moins d’adhérence que Sepang. »
Si 2026 occupe les pilotes officiels, Savadori prépare déjà l’avenir. La transition vers l’ère 850 cc commence maintenant.
« Dans quelques mois, je commencerai à développer la nouvelle 850 cc, tandis que les pilotes officiels resteront concentrés sur le projet actuel. Nous devons développer les deux motos simultanément. »
Un double programme qui exige une organisation millimétrée à Noale. Aprilia ne veut pas subir la nouvelle réglementation : elle veut l’anticiper.
Au-delà des chiffres et des tours accumulés, Savadori souligne un point essentiel : la moto est devenue plus accessible.
« Aujourd’hui, la moto est beaucoup plus facile à manier et demande moins d’effort physique. Elle a gagné en agilité et en précision dans les changements de direction. Si je compare la moto actuelle avec celle de 2021, le bond en avant est énorme. C’est presque un autre monde. »
Ce constat est lourd de sens. Une moto moins exigeante physiquement permet aux pilotes d’attaquer plus longtemps, plus fort, plus régulièrement. Dans un championnat où les écarts se jouent au dixième, c’est une arme silencieuse.
Savadori pourrait apparaître en course cette saison, mais rien n’est acté. « En ce qui concerne les invitations, rien n’est défini pour le moment : cela dépend de la disponibilité du matériel technique et ne sera possible que lors des étapes européennes. » Priorité au développement. Toujours.
Entre la montée en puissance de Bezzecchi, le retour attendu de Martin et le développement parallèle du projet 850 cc, Aprilia avance sur deux fronts.
Savadori, lui, absorbe la charge de travail, accumule les kilomètres et prépare le terrain. Épuisé, oui. Mais stratégiquement indispensable.

































