Au moment où Marco Bezzecchi enchaîne les victoires et où Aprilia Racing impose sa loi sur le début de saison 2026, on aurait pu s’attendre à un discours triomphaliste de la part de ses soutiens les plus visibles. Et pourtant, c’est tout l’inverse que propose Max Biaggi. L’ambassadeur d’Aprilia, censé incarner la montée en puissance du constructeur italien, choisit de refroidir l’euphorie ambiante pour remettre au centre du jeu un nom que beaucoup seraient tentés d’écarter trop vite : Marc Marquez.
Car malgré un début de saison chaotique, sans podium en Grand Prix et marqué par des limites physiques encore visibles, Marquez continue d’incarner une menace que personne n’ose réellement ignorer. Biaggi, lui, va même plus loin : « Ducati et Marquez sont les champions et donc les favoris. Battre Marc est difficile, et s’il a la meilleure moto, cela devient encore plus difficile. »
Une déclaration qui sonne presque comme une provocation au regard de la domination actuelle d’Aprilia, mais qui révèle surtout une lecture beaucoup plus profonde du championnat.
Ce que Biaggi suggère, sans le dire frontalement, c’est que la hiérarchie actuelle pourrait être trompeuse. La dynamique est clairement du côté de Bezzecchi et de Jorge Martin, tous deux en pleine réussite, mais le véritable niveau de Marquez reste une inconnue.
« Bezzecchi réussit actuellement, mais nous devons comprendre si Marc rencontre des difficultés dont nous n’avons pas connaissance, car son impact est limité. » Derrière cette phrase se cache un doute fondamental : et si Marquez n’était tout simplement pas encore en mesure d’exprimer son vrai potentiel ?

Max Biaggi : « Battre Marc Marquez reste très difficile… même si Bezzecchi domine pour l’instant »
C’est précisément là que le discours de Biaggi prend une tournure presque stratégique. Loin de s’emballer sur deux courses, il rappelle sur La Gazzetta Dello Sport que le championnat se joue dans la durée et que les premières tendances peuvent être trompeuses. « Bezzecchi et Martin sont en grande forme pour le moment, mais ce n’est qu’à partir du premier Grand Prix d’Europe, à Jerez, que nous verrons leurs véritables forces… » Une manière claire de repousser le moment du verdict, tout en installant une pression implicite sur ses propres pilotes.
Mais avant Jerez, il y a une étape que Biaggi identifie comme décisive : Austin. Et là, le ton change radicalement. « Marquez joue toujours un sport différent là-bas : s’il ne sort pas de piste, il gagne, et s’il gagne, il gagne avec une large avance. » Autrement dit, si Marquez retrouve son terrain de jeu favori et impose sa loi, toute la lecture actuelle du championnat pourrait voler en éclats.
Et c’est là que réside toute la tension de son analyse. Car Biaggi pose une ligne rouge très claire : « Mais s’il n’y parvient pas dimanche, le problème deviendra évident. » Cette fois, il n’y aura plus d’excuses, plus de zones grises, plus de lecture alternative possible.
En réalité, derrière cette prise de position en apparence paradoxale, l’ambassadeur d’Aprilia livre peut-être la lecture la plus lucide du moment. Oui, Aprilia domine. Oui, Bezzecchi impressionne. Mais tant que Marquez respire encore dans ce championnat, tant qu’il reste capable de transformer un week-end à Austin en démonstration, le titre ne peut pas être considéré comme acquis.
Et c’est précisément ce qui rend ce début de saison aussi fascinant : pour la première fois depuis longtemps, Aprilia a pris le pouvoir… mais même ses propres représentants refusent encore d’enterrer le roi.
Max Biaggi joue la carte de la prudence. En plaçant la pression sur les épaules de Marc Marquez et Ducati pour Austin, il protège ses pilotes Aprilia. Si Bezzecchi gagne au Texas, il aura battu Marquez sur son propre terrain, et là, même Biaggi devra admettre que le favori a changé de camp. Austin n’est plus seulement une course, c’est un duel pour la légitimité.




























