Pour sa dernière saison en MotoGP, Michelin a fait un choix aussi pragmatique que symbolique : simplifier radicalement son offre de pneus avant. Exit la gomme fantôme que personne n’utilise. Place à une répartition plus intelligente, plus efficace, et validée par les équipes, les pilotes et Dorna. Une décision qui résume parfaitement la philosophie de Michelin au moment de tirer sa révérence : moins de dogme, plus de logique.
La règle était devenue absurde. Sur chaque Grand Prix, trois spécifications de pneus avant étaient proposées… alors que l’une d’elles restait systématiquement inutilisée. Michelin a donc tranché.
« La saison prochaine, nous allons modifier la répartition des pneus avant », explique Piero Taramasso dans un entretien à Motorsport.com. « Il n’y aura plus trois spécifications avec cinq pneus chacune, mais seulement deux avec sept pneus chacune. »
Concrètement ? Moins de variété, mais plus de pertinence. Les pilotes passeront de 15 à 14 pneus avant, avec une allocation mieux alignée sur la réalité de la piste et de leurs habitudes d’utilisation.
L’exemple qui a fait basculer la décision est édifiant. Lors du dernier Grand Prix de Catalogne, aucun pilote n’a utilisé le pneu avant dur. Résultat ? 441 pneus fabriqués, transportés, stockés… puis renvoyés à l’usine sans jamais toucher l’asphalte.

Un non-sens industriel et écologique que Michelin ne voulait plus assumer
« Nous en avons discuté avec les équipes, les pilotes et Dorna, car nous avons constaté que chaque circuit a une spécification de pneumatiques qui n’est pas utilisée. Nous les emportons sur la piste, puis devons rentrer chez nous », résume Taramasso.
Le changement a donc été approuvé par la majorité des acteurs, avec un objectif clair : réduire les coûts, l’empreinte logistique et le gaspillage, sans sacrifier la performance.
Cette simplification n’est pas seulement comptable. Elle pourrait aussi devenir un avantage tactique.
« Dans des conditions stables, disposer de sept pneus de même spécification peut s’avérer utile aux pilotes », souligne Taramasso.
Deux trains supplémentaires du composé privilégié, c’est plus de liberté en essais, davantage de constance dans les comparaisons, et une fenêtre de réglages plus fine avant la course. Un luxe discret, mais réel.
Ce réajustement marque l’un des derniers actes de Michelin en MotoGP. À partir de 2027, le manufacturier français laissera la place à Pirelli, qui deviendra fournisseur exclusif des trois catégories du championnat du monde.
Fait révélateur : Michelin a également décidé de mettre fin au développement d’une nouvelle gomme de pneu avant, pourtant travaillée depuis plus d’un an et demi et réclamée par plusieurs pilotes. Après un vote des manufacturiers à l’issue des essais d’Aragón, la décision est tombée : elle ne sera jamais introduite.
Pas de feu d’artifice. Pas de révolution tardive. Juste une sortie cohérente.
En choisissant de supprimer l’inutile plutôt que d’ajouter du superflu, Michelin quitte le MotoGP comme il y est entré : avec une approche rationnelle, technique et assumée.
Pas de pneus en trop. Pas de promesses creuses. Juste une dernière saison optimisée. Et un message clair laissé au paddock : l’innovation n’a de sens que si elle sert la piste.































