Depuis qu’il n’est plus actif dans le paddock MotoGP, Oscar Haro, ancien directeur sportif de LCR Honda, partage de plus en plus souvent sa vision de l’actualité des Grands Prix.
Son avis est souvent éclairé et a toujours le mérite d’aborder des sujets pertinents.
Cette fois, sur la chaîne Youtube Fast & Curious, il précise les dangers souvent sous-estimés du mercato, son état, et les risques de la future association Marquez-Acosta chez Ducati…
Oscar Haro :
« Je vous le dis : c’est la pire année pour changer
d’équipe ! C’est vraiment la pire année pour bouger, parce
que lorsque nous sommes passés, en 2007, des 1000 cm³ aux 800 cm³,
il y a eu un changement énorme, vraiment énorme.
Tout varie beaucoup, n’est-ce pas ? Donc, si j’étais pilote, je
resterais chez Ducati.
Pourquoi ? Parce que Ducati a la chance, entre
guillemets, d’avoir une moto très similaire en Superbike. Très
similaire. Ils ont donc beaucoup d’expérience avec les
Pirelli, beaucoup d’expérience avec une moto avec moins de
puissance. Ils ont été intelligents : lors des essais Pirelli à
Misano, ils ont utilisé pratiquement la même moto, simplement
bridée électroniquement, mais déjà avec l’aérodynamique et les
Pirelli.
Alors que Honda et Yamaha utilisent des
quatre-cylindres en ligne en Superbike, ce qui veut dire que les
informations ne servent à rien, parce que la répartition des
masses, les transferts de charge entre un quatre-cylindres en ligne
et un moteur en V n’ont rien à voir. La façon dont tu
détruis le pneu, la façon dont tu tractes à l’arrière, rien n’est
comparable.
Donc, je vois Ducati beaucoup plus concentré et
préparé.
Aprilia n’a même pas cette base d’informations. Si j’étais
pilote Ducati, j’y resterais. D’ailleurs, en 2007, ceux qui ont
réussi, c’était eux.
Nous, on a laissé partir Casey Stoner et ils ont tout gagné.
Franchement, ils ont gagné jusqu’aux warm-up.
Je pense donc que l’endroit où il faut rester, c’est
Ducati. Ce sera une année très compliquée, avec énormément
de changements.
Et cela va être très
intéressant, surtout pour ceux qui n’ont pas d’expérience.
Un pilote qui descend d’une Yamaha, comme Fabio Quartararo,
pour partir dans une autre usine complètement différente, on ne
sait pas encore laquelle, va devoir tout
réapprendre.
Mais je pense que celui qui sera le plus dans le vrai, ce sera
Marc s’il reste chez Ducati, et si Pedro arrive chez Ducati, je
crois que ce sera l’équipe qui aura fait le meilleur
choix.
Ensuite, en termes de
philosophie de travail, je mettrais Aprilia et KTM. Je vois
les Japonais souffrir, comme ils ont souffert en
2007.
Même si aujourd’hui les départements compétition de HRC et de
Yamaha ont des ingénieurs en Italie, que les échanges
d’informations sont beaucoup plus fluides et que la communication
entre l’usine et la piste s’est beaucoup améliorée, malgré tout les
racines restent japonaises. Leur manière de travailler est encore
très lente, très prudente, et dans un changement aussi radical,
cela va probablement leur coûter cher. »
Au fond, combien de contrats crois-tu vraiment déjà conclus ? Est-ce que tout est déjà joué ?
« Tout est déjà plié. Tout est déjà vendu, et pas depuis maintenant, depuis longtemps. »
Et concernant Aprilia, avec l’idée que Pecco puisse aller chez Aprilia : tu penses qu’Aprilia regrette un peu aujourd’hui ?
« Moi, si j’étais Aprilia,
je crois qu’ils ont déjà un dream team. Franchement, pour moi,
Bezzecchi et Jorge Martín, c’est une équipe incroyable. Pour moi,
c’est une super paire, je ne toucherais pas à ça.
Le problème, c’est qu’il y a des aspects juridiques que nous ne
connaissons pas. On ignore pourquoi tout ce fiasco s’est
produit entre Jorge Martín et Aprilia, et ce qui a rendu
la situation aussi tendue, aussi froide, dans cette
relation.
Mais s’il y a un pilote qui me fascine, surtout dans les
sprints et quand on repense à ses courses chez Ducati il y a deux
ans, c’est Jorge Martín. Je le trouve absolument
impitoyable.
Laisser partir Jorge Martín alors que tu l’as déjà, moi je ne
le comprends pas.
Là, je ne vois pas un “tueur”, je vois plutôt un pilote du
style école VR46, un peu comme Valentino, un peu comme Pecco
Bagnaia : des pilotes plus propres, qui préparent beaucoup leur
course pour s’échapper et éviter les bagarres. Mais avoir un
Bezzecchi et en plus un Jorge Martín, pour moi c’est une équipe
énorme.
À mes yeux, laisser partir un pilote comme Jorge Martín pour
aller chercher un Pecco Bagnaia serait une erreur. Moi, je ne le
ferais pas. Mais bon, évidemment Jorge Martín aussi a le
droit de devenir riche, comme l’a dit quelqu’un
(rires)…
Il a aussi le droit de gagner beaucoup d’argent. Et si soudain
une usine comme Honda arrive avec une offre énorme… moi, chez
Yamaha, je n’irais pas. Mais chez Honda, avec une moto qui commence
déjà à marcher, même si 2027 sera compliqué, si en plus on te pose
un gros chèque sur la table, eh bien oui, ce garçon mérite aussi de
gagner beaucoup d’argent. »
Et dans le cas de Pedro et Marc, cette dream team-là, comment tu crois que ça va se passer ? Tu penses qu’il peut y avoir des étincelles ?
« Oui, bien sûr. Je crois
qu’ils ont tous les deux assez de talent pour ne pas avoir besoin
de regarder la télémétrie de l’autre. Ils ne tombent pas dans ce
genre de piège. Ce sont deux monstres, deux pur-sang, et ça ferait
une équipe incroyable.
Mais on a déjà vu dès cette course ce qui s’est passé entre eux
: il n’y a absolument aucun respect entre eux deux. Alors
imaginez quand il faudra vraiment se positionner à l’intérieur du
box…
On sait tous que quand on arrive dans un box, ton premier
rival, c’est ton coéquipier. C’est le premier que tu dois
battre.
Donc ce sera magnifique à voir. Pour moi, 2027 sera une année
fascinante. 2026 va être une année difficile, mais 2027 m’inquiète
un peu, parce que je pense que les marques japonaises vont encore
reculer.
Celui qui trouvera la bonne solution la trouvera vraiment. Et
je crois donc que le plateau risque de se disperser un peu en 2027.
Parce que si KTM, Aprilia ou Ducati, et moi je pense que Ducati va
trouver la solution, trouvent le bon chemin, ils vont casser un peu
le championnat.
Alors qu’aujourd’hui, regardez où ils en sont. Cette année, par
exemple, c’est dommage pour Yamaha, parce qu’avec ce moteur V4,
tout a été un désastre. Pourtant, l’an dernier, on voyait Fabio
Quartararo faire des poles, se battre pour des courses. Donc s’ils
avaient poursuivi dans cette direction-là, ils auraient franchi une
nouvelle étape. »

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