C’est une phrase qui a fait l’effet d’une bombe dans le paddock. Leader du championnat après la Thaïlande, Pedro Acosta a lui-même semé le doute en déclarant qu’il « ne devrait pas être en tête ». Une sortie aussi inattendue que dérangeante… que KTM s’est empressé de recadrer, preuve que le malaise est bien réel derrière les résultats. Car lorsque même le leader refuse son statut, ce n’est jamais anodin.
Face à l’onde de choc provoquée par cette déclaration, Aki Ajo a tenté de calmer le jeu en expliquant que les propos de son pilote avaient été mal interprétés : « je pense que ce commentaire était un peu sorti de son contexte. »
Selon lui, Acosta ne remettait pas en cause la performance de KTM, mais plutôt la philosophie de travail adoptée en début de saison :
« Je pense que c’était surtout une façon de dire que ce n’était pas le plan. Le plan était de commencer, surtout dans son cas, avec un état d’esprit différent et de ne pas viser trop haut : commencer par des objectifs réalistes et se concentrer sur un état d’esprit réaliste pour un travail constant. »
Une explication rationnelle… mais qui sonne aussi comme un aveu implicite : KTM ne s’attendait pas à jouer le titre aussi tôt.
Et Ajo ne le cache pas totalement : « nous ne nous attendions peut-être pas à un aussi bon résultat en Thaïlande, et bien sûr, c’est le résultat de nombreux facteurs. » Autrement dit : leader, oui… mais « presque » par surprise.
Derrière cette prudence se cache une réalité technique plus complexe. KTM a clairement progressé cet hiver, notamment sur deux points clés qui faisaient défaut en 2025 : la maniabilité et la gestion des pneus.
Ajo détaille : « mais d’un autre côté, nous constatons des progrès dans certains domaines qui étaient les points clés sur lesquels nous devions nous concentrer l’année dernière : la maniabilité de la moto, ainsi que la durée de vie des pneus. »
Et Buriram n’était pas un test anodin : « et la Thaïlande, notamment en ce qui concerne la durée de vie des pneumatiques, constitue un excellent test, en particulier pour le refroidissement des pneumatiques où nous avons fait des progrès. » Mais comme souvent en MotoGP, chaque gain a un prix.

Une réalité qui dérange : Acosta et KTM leaders, mais pas encore prêts ?
Car en améliorant certains aspects, KTM en a sacrifié d’autres. Et Ajo le reconnaît sans détour : « mais il y a toujours des conséquences. »
Puis il enfonce le clou : « si vous améliorez un aspect comme celui-ci, nous avons apporté de nombreuses modifications à l’aérodynamisme par exemple, cela influe sur la vitesse de pointe. »
C’est toute l’équation du MotoGP moderne : chaque progrès crée un nouveau problème. Et la conclusion du patron KTM résume parfaitement la situation :
« Tout est une question de compromis, il nous faut donc maintenant comprendre comment améliorer deux domaines ou choses que les actualités ont à affecter. »
C’est là que la déclaration initiale d’Acosta prend tout son sens. Derrière l’humilité apparente, elle révèle peut-être une lucidité brutale : KTM est en avance sur son propre calendrier… mais pas encore au niveau pour tenir une saison entière.
Et Ajo le rappelle lui-même, presque pour calmer les attentes : « mais, en tout cas, je dois le répéter : ce n’est que la deuxième manche, et je pense que maintenant, ici, dans des conditions particulières, sur une nouvelle piste, tout cela, je pense qu’à Jerez, nous comprendrons beaucoup mieux la situation entre les pilotes et les constructeurs. » Le vrai verdict est donc repoussé.
Ce qui devait être une simple phrase maladroite devient finalement une clé de lecture. KTM a progressé, c’est indéniable, Acosta est déjà un phénomène, c’est évident. Mais le package reste instable, et surtout… incomplet.
Et si le leader du championnat MotoGP lui-même doute de sa position, c’est peut-être qu’il voit ce que les autres refusent encore d’admettre. La KTM est rapide… mais pas encore prête à régner.




























