La disparition du Phillip Island Grand Prix Circuit du calendrier MotoGP a provoqué un choc brutal dans le paddock et chez les passionnés, tant ce tracé australien incarne à lui seul la quintessence du pilotage pur, avec ses enchaînements à haute vitesse balayés par les vents de l’océan et ses courbes où l’engagement physique frôle la déraison.
Et pourtant, malgré son aura intacte auprès des pilotes, malgré son statut de circuit « préféré » dans d’innombrables interviews, Phillip Island disparaît. Pourquoi ? Le vrai problème n’est pas la piste …
Le président de la Fédération Internationale de Motocyclisme, Jorge Viegas, a livré sur moto.it une explication aussi froide que pragmatique.
« Ça fait dix ans, qu’on leur demande d’améliorer les installations et chaque année ils disaient : “Oui, oui, oui, nous le ferons”, mais cela ne s’est jamais produit. »
Le verdict est sans appel : ce n’est pas la piste qui pose un problème, c’est tout ce qui l’entoure.
« Tout le monde adore ce tracé et j’adore venir ici, mais si on veut inviter des gens, si on veut faire quelque chose de différent, il n’y a pas d’hôtels, il n’y a rien… »
Autrement dit, le MotoGP moderne n’est plus seulement un spectacle sportif. C’est une machine économique. Et Phillip Island, aussi spectaculaire soit-il, n’offre pas l’infrastructure nécessaire pour satisfaire sponsors, hospitalités VIP, partenaires et logistique internationale.
Pendant ce temps, Adélaïde aurait présenté une candidature « plus solide ».

Le circuit de Phillip Island piégé par l’urbanisme
Ce qui rend la situation encore plus frustrante, c’est que des projets d’amélioration ont bien existé, mais ils se sont heurtés à des refus successifs.
Parmi les projets recalés : plus de 500 appartements et un terrain de golf près du circuit, un changement de zonage de 24 hectares de terres agricoles à Ventnor, un complexe hôtelier avec commerces et pub à Cape Woolamai, la transformation du Phillip Island Golf Club en zone résidentielle.
À chaque fois, les autorités locales ont opposé des refus pour des raisons d’urbanisme ou de densification excessive. Résultat : le circuit reste isolé, magnifique… mais économiquement vulnérable.
Viegas laisse néanmoins une porte entrouverte :« ce n’est pas un adieu définitif ». En filigrane, le message est clair : améliorez l’écosystème, et le MotoGP pourrait revenir.
La FIM envisage d’ailleurs d’y organiser les Jeux intercontinentaux 2028, un événement multidisciplinaire incluant motocross et vitesse, ce qui permettrait de maintenir Phillip Island sur la carte internationale, même sans le MotoGP.
Ce dossier illustre une réalité brutale : dans le MotoGP moderne, le romantisme ne suffit plus.
Un circuit peut être : le plus technique du monde, le plus spectaculaire du calendrier, le favori des pilotes, et malgré tout disparaître si l’environnement économique ne suit pas.
Phillip Island n’a pas été battu sur l’asphalte. Il a été battu dans les bureaux d’urbanisme. Et c’est peut-être cela, le plus amer.

























