Le message est subtil… mais il est limpide. Alex Rins a demandé publiquement à Yamaha Motor Company de prêter davantage attention à lui et aux pilotes Pramac. Une déclaration qui, en creux, sonne comme la confirmation quasi officielle du départ de Fabio Quartararo fin 2026. Car si Yamaha commence à redistribuer l’écoute technique, c’est bien que l’avenir est déjà ailleurs.
Il était logique que Yamaha ait concentré ses efforts sur Quartararo. Champion du monde en 2021, premier titre depuis Jorge Lorenzo en 2015, seul pilote Yamaha dans le top 10 en 2025, cinq pole positions la saison dernière : difficile de contester sa légitimité. La M1 a été modelée autour de lui. Le projet V4 aussi. Les évolutions arrivaient d’abord dans son box, ensuite chez les autres.
Rins ne le conteste pas, mais il pointe une réalité : « maintenant que Fabio semble changer d’équipe l’année prochaine, voyons s’ils vont nous accorder un peu plus d’attention. »
Et il précise : « je ne dis pas qu’ils ne m’ont pas écouté, ni Jack. Mais il est vrai qu’ils se concentrent beaucoup sur Fabio, même s’il l’a mérité par ses résultats. » Traduction : l’ère Quartararo touche à sa fin.
Rins insiste sur un point fondamental : la puissance n’est pas la priorité. « Il est vrai que nous manquons cruellement de vitesse de pointe, mais nous devons d’abord améliorer l’adhérence, la tenue de route en virage et la maniabilité de la moto. Sans cela, gagner 50 chevaux ne changera rien ; nous n’irons pas vite. »
Un discours radicalement différent de la quête obsessionnelle de performance moteur autour de la V4.

Alex Rins : « j’ai dû donner ma seconde moto à Fabio Quartararo. Partager c’est aimer non ? »
Et en interne, certains commencent à remettre en question l’influence technique de Quartararo.
En 2025, le Français aurait, selon certaines analyses, « dénaturé » l’ADN de la M1 en orientant le développement vers un style très personnel, au risque d’éloigner Yamaha de ses fondamentaux historiques.
La frustration de Quartararo a éclaté à Buriram, avec ce doigt d’honneur devenu viral. Un geste qui n’a pas été apprécié à Iwata.
Yamaha lutte déjà pour stabiliser son projet MotoGP V4 ; elle ne peut se permettre un climat interne explosif.
Le départ vers Honda en 2027 semble désormais plus qu’une rumeur. Il ressemble à une trajectoire tracée.
Alex Rins a même révélé avoir prêté une de ses motos V4 à Quartararo lors de la dernière journée d’essais en Thaïlande. « Je l’ai donnée à Fabio, mon autre moto… Je n’avais qu’une seule moto. J’ai donné la deuxième à Fabio. »
Interrogé sur la décision, il explique : « ils m’ont pris à part et m’ont demandé si j’étais d’accord. Je leur ai dit : “Que voulez-vous que je fasse ? Je dois lui rendre ma moto. Nous devons continuer à travailler sur ce projet. Nous devons être généreux.” »
Puis, sourire en coin : « partager, c’est aimer, non ? » La phrase est légère. Le contexte, beaucoup moins.
Si Quartararo part, Yamaha devra reconstruire une hiérarchie interne, redistribuer la responsabilité technique, restaurer une cohésion. Rins, Jack Miller et Toprak Razgatlioglu pourraient alors devenir les nouvelles voix du projet. Et à Buriram, le processus semble déjà s’être enclenché.

























