Le contraste chez KTM est saisissant. D’un côté, Pedro Acosta, leader du championnat dès la deuxième manche. De l’autre, Maverick Viñales, englué en fond de classement après un week-end thaïlandais totalement manqué. Et face aux premières interrogations sur une éventuelle RC16 “taillée” pour Acosta, le directeur technique Sebastian Risse a tenu à clarifier les choses. Sans détour.
Le message de KTM est limpide : la moto est la même pour tout le monde. « Les quatre pilotes ont la même moto de base et le même système modulaire à leur disposition pour la personnaliser davantage. »
Viñales a bien tenté une approche différente, notamment avec un choix de selle spécifique. Mais pour Risse, ce détail ne change rien au fond du problème.
« Il serait erroné de supposer que la RC16, dans sa configuration actuelle, convient mieux à Pedro et moins à Maverick. » Autrement dit : ce n’est pas la moto. C’est l’adaptation.
La vraie différence se situe ailleurs. Dans le temps. Dans l’implication. Dans la compréhension du projet.
« Un facteur essentiel est l’implication profonde de Pedro dans le projet ; il a participé à chaque étape de ce long parcours qui nous a menés jusqu’à aujourd’hui. »
Acosta connaît la RC16 de l’intérieur. Il a grandi avec elle. Il l’a façonnée. À l’inverse, Viñales arrive en cours de route :
« Maverick a dû manquer de nombreux points intermédiaires. Ce manque d’expérience rend difficile pour Maverick de trouver le bon équilibre. »

Le diagnostic de KTM sur Maverick Vinales est sévère, mais clair : le problème n’est pas la moto
Et c’est là que tout bascule. « Cela signifie qu’il doit d’une part faire de gros efforts, mais qu’en même temps, il ne doit pas se surmener ni se laisser submerger. C’est ce qui lui pose tant de difficultés. » Viñales pousse donc trop fort… au lieu de construire progressivement.
À cette difficulté structurelle s’ajoute un élément clé : la blessure.
Victime d’une lourde chute au Sachsenring en 2025, avec fracture et luxation de l’épaule gauche, Viñales n’a jamais totalement retrouvé son niveau. Huit Grands Prix manqués, une reprise compliquée… et aujourd’hui encore, un déficit de confiance et de repères.
Pendant ce temps, Acosta enchaîne (victoire en sprint + P2 en Thaïlande), Marco Bezzecchi s’impose avec Aprilia et Brad Binder pointe deuxième des KTM… à 19 points
Et Viñales ? 16e, sans point. Son statut déjà fragilisé. Arrivé avec un contrat officiel KTM et considéré comme un potentiel leader, Viñales était même pressenti pour remplacer Binder en équipe usine.
Aujourd’hui, la dynamique est inversée. Même chez Tech3, Enea Bastianini a marqué des points en Thaïlande. Peu, certes, mais suffisamment pour éviter la comparaison directe.
Maverick Viñales face à une équation mentale plus que technique. Le diagnostic de KTM est sévère, mais clair : le problème n’est pas la moto… c’est le timing, l’adaptation et la gestion de l’effort.
Dans un championnat où tout va très vite, Viñales doit désormais résoudre une équation délicate : attaquer pour revenir… sans se perdre en route. Car face à un Acosta déjà en mode patron, chaque week-end qui passe sans réponse creuse un peu plus l’écart.
Et à ce rythme, le vrai danger n’est plus seulement sportif… mais stratégique pour la suite de sa carrière.
Viñales est dans une situation psychologique qu’il a déjà connue chez Yamaha et Aprilia : une vitesse de pointe indéniable, mais une incapacité à trouver le « clic » technique quand la moto ne réagit pas comme il le souhaite. Le circuit de Goiânia, très technique et exigeant pour les épaules avec ses changements de direction rapides, sera un test de vérité. S’il ne marque pas de points au Brésil, la pression de KTM sur son contrat de deux ans pourrait devenir insupportable, surtout avec la montée en puissance des jeunes talents de la marque en Moto2.




























