La victoire de Marco Bezzecchi au Grand Prix de Thaïlande n’est peut-être pas seulement un succès isolé. Elle pourrait être le premier signal d’un basculement plus profond dans la hiérarchie du MotoGP. Derrière ce résultat spectaculaire se cache le travail méthodique de Fabiano Sterlacchini, entré dans sa deuxième saison comme directeur technique d’Aprilia Racing.
Et dimanche, le technicien italien a même reçu un compliment public particulièrement significatif de la part de son patron, un signe que la structure de Noale estime avoir trouvé la bonne direction.
Dans un entretien accordé à Mela Chércoles du quotidien AS, Sterlacchini a levé un coin du voile sur la philosophie qui guide actuellement Aprilia — une méthode qu’il compare à un orchestre parfaitement accordé.
« Comme le dit notre PDG (Colaninno, ndlr), croyez en ce en quoi vous croyez et travaillez pour l’obtenir. » explique-t-il.
Puis il précise la logique collective qui structure désormais le projet technique :
« C’est ce que nous avons fait. Nous avons essayé de travailler de la même manière pour atteindre l’harmonie d’un orchestre, pour ainsi dire, sans prendre de positions opposées, mais plutôt en travaillant ensemble pour résoudre les problèmes. »
Une formule presque poétique… mais qui traduit surtout une réalité très concrète : Aprilia semble avoir trouvé un fonctionnement interne fluide, loin des luttes d’influence techniques qui paralysent parfois certains projets MotoGP.

Un week-end parfait… mais aussi une opportunité bien exploitée par Aprilia
Le résultat de Buriram a été spectaculaire : quatre Aprilia dans le Top 5. Un scénario rarissime, qui a immédiatement fait lever les sourcils dans le paddock.
Sterlacchini ne cherche pourtant pas à embellir la réalité. Il reconnaît que plusieurs événements de course ont aidé la marque italienne.
« Certains facteurs nous ont aidés, comme le départ en fond de grille de Bagnaia, la chute d’Alex Marquez et son problème de pneu. »
Mais il ajoute aussitôt une précision essentielle :
« Ce sont des incidents malheureux qui nous ont été bénéfiques, mais ils font partie du sport. »
Et surtout, derrière ces circonstances favorables, il y a un constat beaucoup plus inquiétant pour les rivaux.
« Je dois aussi dire que les performances de notre moto sont excellentes, et que l’ensemble du projet a été solide, pas seulement la moto. Même tout ce qui se passait en coulisses pendant le week-end de course s’est bien déroulé. »
Autrement dit : Aprilia n’a pas seulement profité du chaos. Elle était prête à en profiter.
Mais sinon, Aprilia peut-elle réellement entrer dans une nouvelle ère ? C’est évidemment la question que tout le paddock se pose après ce début de saison.
Une domination Ducati est-elle encore inévitable ? Ou Aprilia vient-elle de prouver que la hiérarchie peut vaciller ?
Interrogé directement sur cette possibilité, Sterlacchini reste fidèle à une ligne prudente.
« Je ne sais pas. Peut-être que oui, peut-être que non, nous ne devrions pas y penser. »
Puis il conclut avec une philosophie très claire : « nous devons nous concentrer sur l’amélioration continue de la moto. »
Un discours mesuré, presque classique… mais qui cache peut-être une réalité plus explosive.
Car dans le paddock MotoGP, beaucoup commencent à se poser la même question : Aprilia est-elle en train de devenir la vraie menace pour Ducati ? Si la réponse est oui, la saison 2026 pourrait bien être celle d’un nouvel équilibre des forces. A tout le moins, l’orchestre Aprilia commence à jouer faux pour Ducati.

























