Il suffit parfois d’un détail pour fissurer une image d’invincibilité. À Buriram, ce détail s’est produit vendredi matin, loin du vacarme des chronos et des écrans géants : Marc Marquez, septuple champion du monde MotoGP, contraint de demander l’aide de son assistant pour enfiler son gant droit. Un geste anodin ? Peut-être. Ou peut-être le premier signe visible d’un malaise que personne, chez Ducati, ne veut vraiment commenter.
Sur la feuille des temps, tout semble pourtant rassurant : deuxième chrono derrière Marco Bezzecchi, accès direct en Q2, rythme correct. Mais le MotoGP ne se lit pas uniquement au tableau des temps. Il se lit aussi dans le corps, dans les épaules, dans la manière dont un pilote se relève de la moto ou s’enfonce dans son box. Et c’est précisément là que les regards se sont attardés.
Sylvain Guintoli n’a pas tourné autour du pot. « Marc est en difficulté. » La phrase est sèche, presque brutale. Mais elle traduit un ressenti partagé par plusieurs observateurs : Marquez n’a pas l’allure dominante qu’il affichait en 2025, lorsqu’il écrasait la saison avec 11 victoires en Grand Prix et un titre décroché cinq manches avant la fin.
Guintoli insiste : « son langage corporel n’est pas normal. Il n’a pas l’air d’un Marc Marquez au sommet de sa forme. Il est clair qu’il a un problème. »
Ce n’est pas tant le chrono qui interroge — quatre dixièmes de retard sur Bezzecchi, rien d’alarmant — que la façon dont il obtient ce chrono. Moins fluide, moins tranchant, plus contraint dans ses mouvements, comme si chaque changement d’appui rappelait à son épaule droite qu’elle a été fracturée, opérée, reconstruite.
A Top 6 start for reigning World Champ @marcmarquez93 💪#ThaiGP 🇹🇭 pic.twitter.com/mIXxvvJtyC
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) February 27, 2026
Guintoli sur la blessure de Marc Marquez : « ça prend une éternité… et c’est une blessure qu’on sent encore pendant très longtemps »
Une coracoïde cassée, des ligaments touchés, une chirurgie lourde à l’automne dernier après Mandalika. Ce type de blessure ne disparaît pas avec quelques semaines de repos. Elle s’invite dans le pilotage, dans le freinage, dans la confiance.
Guintoli le résume avec gravité : « ça prend une éternité… et c’est une blessure qu’on sent encore pendant très longtemps. »
Chez Ducati, on évite toute dramatisation, mais on ne nie rien. Davide Tardozzi l’admet : « ce qui s’est passé en Indonésie lui a certainement causé beaucoup de problèmes. »
Et pourtant, dans la même phrase, la défense s’active : « Marc sera là. C’est le genre de gars qui ne cesse de surprendre. »
Le discours est classique : minimiser publiquement, croire en privé, espérer surtout que le talent compensera les limites physiques. Mais Marquez lui-même a laissé échapper un aveu révélateur.
En choisissant le package aérodynamique 2024 plutôt que la version 2025 — plus lourde, plus exigeante physiquement — il a reconnu implicitement que son corps n’était pas prêt à encaisser davantage.
« L’aérodynamisme de la 2025 était un peu plus lourd, plus exigeant physiquement. J’essaie simplement d’adapter mon style de pilotage à ma condition physique actuelle. »
Adapter son style. À 33 ans, pour un pilote qui a toujours construit sa légende sur l’extrême, le dépassement et la violence du freinage, cette phrase sonne comme un compromis.
En 2025, Marc Marquez était au-dessus du lot. Il tombait parfois, mais il dominait mentalement et physiquement. Aujourd’hui, il reste redoutable — le chrono final le prouve — mais il n’écrase plus visuellement ses adversaires.
À Buriram, il a semblé chercher ses marques, subir la séance, avant d’arracher son tour rapide en toute fin de session. Une performance solide, mais pas souveraine. Et le doute, en MotoGP, est un poison subtil.
Le paddock l’a compris : si Marquez doit adapter sa moto à son état physique, si son épaule limite ses choix techniques, alors ses rivaux — Bezzecchi, Bagnaia, peut-être même son propre frère Alex — savent désormais qu’il existe une faille. Petite. Mais réelle.
La question n’est plus de savoir si Marc Marquez peut encore gagner. Il le peut. La question est de savoir s’il peut dominer comme en 2025, enchaîner les sprints, encaisser les contacts, supporter les week-ends de course les plus physiques du calendrier.
À Buriram, pour la première fois depuis son retour triomphal chez Ducati, il n’a pas donné l’impression d’un homme indestructible. Et en MotoGP, quand l’invincibilité disparaît, la chasse commence.
It seems that nobody wants to be the favourite 🤔#ThaiGP 🇹🇭 pic.twitter.com/WM4gjowjBS
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) February 27, 2026

























