Le chiffre était devenu une forteresse : 88 podiums consécutifs le dimanche. Une dynastie. Une domination méthodique. Puis la Thaïlande est passée par là. Quatre Aprilia dans le top 5, un scénario renversé, et une série historique qui s’effondre. Face à ce coup d’arrêt brutal, Davide Tardozzi n’a pas fui. Le patron du box Ducati Lenovo Team a analysé, assumé, et surtout lancé un avertissement clair : Ducati doit cesser de temporiser.
« Nous devons travailler, aller de l’avant avec nos idées, arrêter de garder les choses dans des tiroirs et sortir tout ce que nous avons. » Le ton sur moto.it est ferme. Il ne s’agit plus de gestion fine. Il faut frapper fort.
Le week-end a basculé avec l’incident de Marc Marquez. Une perte de pression soudaine, incompréhensible au premier regard.
Davide Tardozzi explique : « malheureusement, il a heurté le vibreur, et il y a un bord tranchant à l’endroit où les pièces se rejoignent : à ce moment-là, la jante s’est ouverte et le pneu a clairement perdu de la pression ».
Un détail technique. Un millimètre mal placé. Et la machine parfaite vacille.
Pendant que Ducati trébuchait, Aprilia Racing frappait fort. Marco Bezzecchi, en particulier, a confirmé sa montée en puissance.
Tardozzi le reconnaît sans détour :
« De toute évidence, les autres ont fait du bon travail, et Bezzecchi est en pleine forme. Mais je pense qu’ils étaient en pleine forme depuis le milieu de la saison dernière. N’oublions pas qu’avant l’accident, Marc avait du mal à battre Bezzecchi en Autriche et dans d’autres courses. »
Message limpide : ce n’est pas un accident isolé. La concurrence progresse.
Le cœur du problème semble plus profond. Toutes les Ducati ont souffert.
« Notre devoir est de permettre aux pilotes Ducati de se battre pour le podium. Tous les pilotes Ducati ont souffert des changements intervenus entre dimanche dernier et ce week-end ; quelque chose a changé et les performances de toutes les Ducati s’en sont ressenties. Les autres motos, comme la KTM de Pedro, ont également été affectées. Un élément lié à la piste a impacté les performances de notre moto ; nous devons le comprendre et l’analyser attentivement pour l’avenir. »

Davide Tardozzi ne le nie pas : c’est un séisme psychologique
Cette phrase est capitale. Ce n’est pas un pilote. Ce n’est pas une erreur isolée. C’est un paramètre global. Un facteur piste. Une variable invisible.
Ducati doit comprendre. Vite. Et sortir le grand jeu Le temps de la prudence est terminé.
« Après avoir encaissé quatre défaites aujourd’hui, il y a des circuits qui révéleront les véritables valeurs, mis à part le Brésil qui est nouveau, je pense que ce sera Austin, le Qatar et Jerez. »
Austin. Qatar. Jerez. Des juges impitoyables. Des circuits révélateurs. Tardozzi le sait : si Ducati ne rebondit pas là-bas, la dynamique pourrait basculer durablement.
L’ombre de Pedro Acosta plane déjà sur 2027. Les rumeurs l’envoient chez Ducati. Réponse sèche :
« Acosta est un excellent pilote, et le paddock le sait depuis des années. Notre objectif est d’améliorer la moto pour remporter ce championnat. » Traduction : priorité absolue au présent.
La Thaïlande n’est peut-être qu’un accident de parcours. Mais dans un championnat aussi dense, les dynasties tombent rarement par hasard. Ducati a dominé. Ducati a écrasé. Ducati a régné. Aujourd’hui, Ducati doit attaquer.
C’est un séisme psychologique. Ducati vivait sur un nuage de supériorité technique depuis 2023, et voir quatre Aprilia devant ses troupes est une gifle monumentale. Les propos de Tardozzi suggèrent que Ducati a peut-être été trop conservatrice cet hiver, gardant des évolutions en réserve. Même pour Ducati, la colline Aprilia semble aujourd’hui bien haute.

























