Dans le naufrage collectif de Yamaha à Buriram, une lueur d’espoir a pourtant brillé. Elle venait d’un rookie, parti de la 21e place sur la grille, et qui a terminé à une honorable 17e position, à seulement quelques secondes de ses coéquipiers d’usine. Toprak Razgatlioglu n’a pas marqué de points pour ses débuts en MotoGP, mais il a marqué les esprits. Et dans le clan Yamaha, on préfère retenir cela.
17e place. Zéro point. 39 secondes de retard sur le vainqueur Marco Bezzecchi. Sur le papier, les débuts MotoGP de Toprak Razgatlioglu avec Pramac Racing ressemblent à une douche froide. Et pourtant… chez Yamaha Motor Company, on ne parle pas d’échec. On parle d’apprentissage.
Le passage du Superbike à la catégorie reine n’est pas une simple montée en gamme. C’est un changement de planète.
Toprak l’a compris dès l’hiver : son style ultra-agressif au freinage, façonné par les Pirelli du SBK, ne fonctionne pas tel quel sur la YZR-M1 MotoGP chaussée en Michelin.
Au départ, il a tenté d’adapter la moto à lui. Puis il a changé d’approche. Paolo Pavesio l’explique clairement :
« Toprak a fait du bon travail. Pendant l’hiver, il a essayé d’adapter la moto à son style, puis il s’est rendu compte qu’il devait s’adapter à la moto sans en altérer l’équilibre. » Ce virage mental est crucial. Ce n’est plus la moto qui doit plier. C’est le pilote qui doit évoluer.
La tâche est d’autant plus rude que la M1 V4 elle-même est en pleine construction. Manque de vitesse de pointe. Adhérence arrière fragile. Équilibre délicat.
Dans ce contexte, Razgatlioglu a même ironisé sur la nécessité de « déconnecter les écrans » et d’oublier les chronos, conscient qu’un début de saison compliqué était inévitable.

Paolo Pavesio : « Toprak Razgatlioglu a réussi à rouler très près de nos pilotes les plus rapides, qui sont désormais sa référence »
Son coéquipier Jack Miller avait accusé 50 secondes lors d’une simulation hivernale. En course, Toprak a fait légèrement mieux.
Mieux encore : il termine à moins d’une seconde de Fabio Quartararo. Pour un rookie MotoGP, ce n’est pas anodin.
Pavesio assume et encourage. Le patron Yamaha ne cache pas sa satisfaction mesurée :
« Je suis satisfait ; il a réussi à rouler très près de nos pilotes les plus rapides, qui sont désormais sa référence. N’oublions pas que tout change lorsqu’on passe du SBK au MotoGP. »
Message important : la référence de Toprak n’est plus le chrono absolu. Ce sont ses coéquipiers. Et l’écart se réduit.
Neil Hodgson n’a pas hésité à saluer une « performance fantastique ». Finir à moins d’une seconde de Quartararo dans ces conditions, avec une moto encore instable, prouve que l’adaptation est en cours.
À 29 ans, Razgatlioglu n’est pas un jeune rookie. Il sait lire une situation. Il sait que 2026 ne sera pas une promenade.
Le classement brut est sévère. Mais le contexte change la lecture. Toprak apprend. Yamaha reconstruit. Pramac cherche ses repères. Si la Thaïlande était un test grandeur nature, le Turc l’a passé sans catastrophe.
La progression ne sera pas linéaire. Les courses difficiles s’enchaîneront probablement. Mais un fait ressort : il n’est déjà plus perdu. Et en MotoGP, c’est souvent la première vraie victoire.

























