La lutte pour le titre MotoGP 2015 reste gravée comme l’une des plus intenses et controversées de l’histoire. Une saison hors norme, une rivalité interne dévastatrice chez Yamaha, un final explosif à Valence… et une vérité que Jorge Lorenzo n’a jamais cessé d’assumer : Valentino Rossi n’a pas perdu le titre à cause de Marc Marquez. Il l’a perdu au chronomètre.
Pour Yamaha, la fin de saison 2015 fut un paradoxe. Sportivement idéale, un titre assuré quoi qu’il arrive, mais humainement explosive. Deux pilotes d’usine, deux visions, deux trajectoires opposées.
Valentino Rossi, 36 ans, savait que c’était peut-être sa dernière vraie chance de décrocher un dixième titre. Jorge Lorenzo, plus jeune, plus méthodique, visait un troisième sacre, convaincu d’être au sommet de son art.
Sur la piste, le duel était magnifique. En coulisses, il était déjà irrémédiablement fissuré.
Contrairement au récit populaire, Lorenzo n’a jamais prétendu être neutre. Dans « Marc le Magnifique », la biographie écrite par Mat Oxley, il est d’une franchise désarmante :
« Le fait est que j’étais l’ennemi juré de Pedrosa et l’ennemi juré de Marquez. Mais à ce moment-là, Marquez était encore plus l’ennemi de Rossi. »
Une précision essentielle : Lorenzo ne s’est jamais allié à Marquez. Il n’a simplement pas accepté de servir de figurant dans une guerre qui n’était pas la sienne.

Jorge Lorenzo : « Marc Marquez ne m’a pas aidé. Le problème, c’est que Valentino Rossi était clairement plus lent que moi »
C’est sans doute le passage le plus dérangeant pour les défenseurs du récit pro-Rossi : « le problème, ce n’est pas que Marc m’ait aidé. Marc ne m’a pas aidé. Le problème, c’est que Valentino était clairement plus lent que moi. »
Lorenzo enfonce le clou, chiffres implicites à l’appui : « Valentino avait besoin de deux, trois, quatre dixièmes qu’il n’avait pas. C’est pour cela qu’il n’a pas pu gagner les quatre, cinq, six dernières courses. »
Dans un MotoGP ultra-serré, quelques dixièmes suffisent à faire basculer une saison entière.
Pour Lorenzo, le vrai tournant n’est pas Valence. C’est Sepang. La conférence de presse. Les accusations. La spirale. « S’il n’avait rien dit à Sepang, s’il avait simplement mis son casque et accéléré, il aurait pu faire la pole, gagner la course et remporter le championnat. »
Une analyse froide, presque cruelle : Rossi s’est battu hors de la piste alors qu’il aurait dû se battre sur la piste.
Lorenzo ne l’affirme jamais frontalement, mais il pose la question : « était-ce parce qu’il avait déjà 36 ans, et que des gars de 23 ou 27 ans étaient extrêmement rapides ? Valentino était très rapide, mais dans ce sport, quelques dixièmes, c’est énorme. » Pas un procès. Un constat. Le MotoGP ne pardonne rien.
Lorenzo remportera finalement le titre avec cinq points d’avance. Cinq. Une éternité et rien à la fois. Mais ce sacre ne ressembla à aucun autre. À Valence : l’ambiance était décrite comme “délétère” chez Yamaha des personnels de sécurité étaient présentes autour du circuit. Yamaha annula toute célébration officielle.
Lorenzo venait de décrocher son troisième et dernier titre MotoGP. Il ne put même pas le célébrer.
Rossi avait bâti au fil des années une base de fans inconditionnels, prêts à le défendre coûte que coûte. Yamaha le savait. Et Yamaha choisit le silence. Un silence lourd. Injuste pour Lorenzo. Révélateur d’un malaise profond.
Dix ans plus tard, le récit dominant reste émotionnel. Mais la version de Jorge Lorenzo est factuelle, implacable, cohérente. Rossi n’a pas perdu à cause de Marquez. Il n’a pas perdu à cause de Lorenzo. Il a perdu parce qu’il était légèrement plus lent quand il ne fallait pas l’être.
C’est dur. C’est injuste à entendre pour certains. Mais c’est peut-être la vérité la plus honnête sur le MotoGP 2015.
































