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Yamaha

Le moteur V4 de Yamaha devait symboliser la renaissance d’Iwata. À Sepang, il a surtout déclenché une tempête. Problèmes mécaniques, journée complète sans rouler, rumeurs de crise interne… et des chronos loin des références. Pourtant, le patron du projet, Paolo Pavesio, est catégorique : il n’y aura « aucune chance » de revenir en arrière. Un pari total. Et peut-être existentiel.

Tout s’est emballé dès la première journée. Fabio Quartararo chute le matin, se fracture un doigt, puis rencontre des problèmes avec le V4. De son côté, Toprak Razgatlioglu est lui aussi touché par des soucis moteur. Résultat : Yamaha décide de ne pas rouler du tout lors de la deuxième journée d’essais en Malaisie. Dans un paddock où chaque kilomètre compte, l’image est brutale.

Certes, les six pilotes Yamaha reprennent la piste dès la troisième journée, ce qui laisse penser que le problème n’était pas structurellement dramatique. Mais le simple fait que le V4 casse si tôt, alors que des sources évoquent déjà des difficultés rencontrées lors d’essais privés, nourrit le doute.

Jack Miller, visiblement agacé, refuse même de commenter la situation. Un journaliste va jusqu’à affirmer que Razgatlioglu envisageait d’« appeler » son manager face au « chaos ». Le mot est lâché.

« Pas de plan B » : Yamaha verrouille la porte

Dans ce climat tendu, Paolo Pavesio a choisi l’attaque frontale. Interrogé sur l’existence d’un plan alternatif – notamment un éventuel retour au quatre cylindres en ligne – il coupe court :

« Non. Ce projet est jeune et ambitieux, il est donc hors de question de revenir aux motos de l’année dernière. Ce serait absurde, stratégiquement inadapté et voué à l’échec. »

Sur la résolution du problème moteur, il se montre confiant :

« Nous avons roulé toute la troisième journée sans rencontrer ce problème, donc je dirais que oui. Mais nous parlons encore de prototypes poussés à leurs limites. »

Et il insiste : « la M1 a beaucoup changé entre Valence et Sepang. Il n’y a pas de plan B car il n’y en a pas besoin. » Message clair : Yamaha ne reculera pas.

Le problème, ce ne sont pas seulement les pannes. Ce sont aussi les chronos.

Alex Rins est le mieux classé des Yamaha lors de la troisième journée, mais termine à plus d’une seconde d’Alex Marquez, leader. Miller et Razgatlioglu pointent 17e et 18e.

Même en simulation de course, Miller – meilleur Yamaha – accuse 1,4 seconde sur Marquez. Dans un MotoGP ultra-serré, c’est un gouffre.

Yamaha a admis en interne avoir « 15 ans de retard » sur le V4. Ce chiffre claque comme un aveu brutal. Ducati, Honda, KTM et Aprilia développent cette architecture depuis des années ; Yamaha, elle, change de philosophie à la veille d’une révolution réglementaire en 2027 avec le passage aux 850 cc.

Le V4 2026 est donc à la fois une transition et un laboratoire. L’usine d’Iwata savait qu’elle souffrirait en début de saison. Mais la question n’est plus de savoir si 2026 sera difficile : elle est de savoir si le projet peut devenir compétitif assez vite pour éviter une nouvelle année blanche.

Depuis le titre de Quartararo en 2022, Yamaha n’a cessé de reculer dans la hiérarchie. Le passage au V4 est présenté comme la seule voie pour rester dans la course à l’ère des 850 cc.

Revenir au quatre cylindres en ligne ? Ce serait admettre l’échec. Continuer coûte que coûte ? C’est accepter de traverser une saison 2026 possiblement douloureuse.

Mais dans les couloirs du paddock, une conviction domine : Yamaha joue gros. Très gros. Si le V4 progresse rapidement, Iwata pourra arriver en 2027 avec une base solide. Si le développement traîne, la marque risque de s’enfermer dans une spirale technique et sportive dangereuse.

Pour l’instant, Yamaha est le constructeur qui a le plus de travail à accomplir. L’écart avec Ducati reste immense, KTM progresse, Aprilia confirme, Honda prépare sa renaissance.

La seule certitude, c’est que le V4 ne disparaîtra pas. Pavesio l’a répété : pas de plan B.

La question est désormais simple : Yamaha a-t-elle le temps d’apprendre, ou vient-elle de lancer son projet le plus risqué depuis une génération ?

 

 

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