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Publié le 21 octobre 2026 • 12:30 par Marc Seriau

[Oldies] Phillip Island : l’histoire très mouvementée du sanctuaire australien de la vitesse…

Phillip Island restera un lieu à part, dont l'histoire très mouvementée ne comportera plus les MotoGP à partir de dimanche soir...

Perché sur une île venteuse au sud de Melbourne, le circuit de Phillip Island n’est pas seulement l’un des tracés les plus spectaculaires du calendrier du Championnat du monde MotoGP : son histoire, faite de gloires, d’abandons et de résurrections, épouse un siècle de sport automobile et motocycliste australien.

Des routes publiques des années 1920 à l’ère moderne, retour sur un lieu unique, plusieurs fois donné pour mort et toujours revenu à la vie…

Des routes publiques au premier Grand Prix d’Australie

La compétition à Phillip Island ne commence pas avec un circuit permanent, mais avec l’audace des pionniers. En raison de l’interdiction des compétitions automobiles sur les routes publiques dans l’État de Victoria, de nombreuses épreuves motocyclistes illégales étaient organisées sur différents tronçons de routes ouvertes.
En 1927, les municipalités de Phillip Island et de Woolamai votèrent en faveur d’une séparation de leurs liens administratifs avec le continent en matière de gouvernement local. Cela modifia la situation juridique concernant l’organisation de courses automobiles et motocyclistes dans les rues.
La Victorian Motor Cycle Union et le Light Car Club of Victoria sollicitèrent alors l’autorisation du conseil local, et des réunions de course furent rapidement organisées. 
Dès 1928, des routes locales sont fermées à la circulation pour accueillir des courses automobiles et la première épreuve, disputée sur un tracé routier, reste dans l’histoire comme le tout premier Grand Prix d’Australie.

 

Les motos ne tardent pas à rejoindre la fête : les premières courses à deux roues sont organisées en 1931.

Photo: Charles Daniel Pratt collection.

Pendant près de deux décennies, l’île vibre au rythme des moteurs sur des routes ouvertes, avant que le circuit routier ne soit fermé en 1940.

Il faut attendre l’après-guerre pour que l’idée d’un lieu dédié refasse surface. En 1951, six hommes d’affaires locaux décident de ressusciter la course à Phillip Island. L’année suivante, le Phillip Island Auto Racing Club (PIARC) est créé avec une ambition folle : construire « le premier circuit international de Grand Prix d’Australie ».

1956 : la naissance d’un circuit permanent

Le projet est titanesque pour l’époque. Le PIARC achète le terrain et lance un appel pour récolter 7 000 souscriptions afin de financer les travaux. Après quatre années de défis techniques et financiers, le circuit permanent est finalement inauguré le 15 décembre 1956, lors d’une « Grand Opening Meeting » qui mêle courses automobiles et motocyclistes. Un jeune pilote du nom de Jack Brabham, futur triple champion du monde de Formule 1, s’impose ce jour-là dans l’épreuve reine.

Les premières années sont fastes. Le circuit accueille des épreuves de premier plan, dont l’Armstrong 500 à partir de 1960. Mais cette course de fond réservée aux voitures de série va paradoxalement précipiter la première chute du circuit : l’édition 1962 endommage si sévèrement la piste que le PIARC, financièrement exsangue, ne peut financer les réparations.

Le circuit ferme, et l’Armstrong 500 déménage pour devenir la légendaire course de Bathurst.

Fermeture, renaissance et sauvetage motocycliste

Racheté en 1963 par l’homme d’affaires et pilote Len Lukey, le circuit rouvre en avril 1966. Une nouvelle ère commence, dominée par les voitures de tourisme et les sport-prototypes. Mais l’entretien fait défaut et à la fin des années 1970, la piste se dégrade à nouveau et les courses déclinent, au point que le site est utilisé comme terrain agricole par ses propriétaires.

Le salut viendra de la moto. En 1985, un consortium local rachète le circuit avec l’intention de le relancer. Trois ans plus tard, l’ingénieur et promoteur Bob Barnard obtient l’attribution d’une manche du championnat du monde de vitesse moto et entreprend une rénovation complète du tracé et des installations. Le pari est audacieux, mais il fonctionne : le 9 avril 1989, Phillip Island accueille sa première manche mondiale en 500cc devant plus de 90 000 spectateurs, et le local Wayne Gardner s’impose dans une ambiance électrique.


L’âge d’or de la MotoGP et du Superbike

Cette victoire de Gardner donne un élan immense au circuit, mais la route est encore sinueuse. En 1991, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud parvient à attirer le Grand Prix moto à Eastern Creek, privant Phillip Island de sa manche mondiale. Le Superbike mondial, arrivé en 1990, reste fidèle à l’île et permet au circuit de survivre sportivement. Il faut attendre 1997 pour que la MotoGP retrouve définitivement Phillip Island.

Dès lors, le tracé s’impose comme une référence. Son nom est associé aux légendes australiennes : après les victoires de Gardner en 1989 et 1990, Mick Doohan s’y illustre à plusieurs reprises, notamment en 1998 devant 75 000 personnes.
Casey Stoner y signe cinq victoires consécutives, et son nom est donné au virage n°3 en 2012
. Les duels modernes, de la pénalité de 10 secondes infligée à Valentino Rossi en 2003 aux passes d’armes de 2015, contribuent à la réputation du circuit comme l’un des plus théâtraux du championnat.

En 2004, le circuit passe sous le giron de la Linfox Property Group, qui investit massivement pour en faire une destination de classe mondiale. La reconnaissance ultime intervient en 2016 : Phillip Island obtient des contrats de dix ans pour la MotoGP et le Superbike, une durée inédite pour un circuit mondial.

On y connaît alors des courses généralement très disputées, dont certaines figurent dans le livre de la vitesse motocycliste, à l’image de la victoire d’Alex Rins sur Suzuki en 2022, qui reste comme l’une des courses les plus disputées de l’ère moderne. Les sept premiers riders ont terminé en moins d’une seconde (0,884 s d’écart au total), ce qui en fait le deuxième top 10 le plus serré de l’histoire.

On pourrait aussi citer le Grand Prix de 2015, qui a vu une lutte à quatre (Marc Marquez, Jorge Lorenzo, Andrea Iannone et Valentino Rossi) pour la victoire. Marquez s’est imposé au dernier tour après un dépassement sur Lorenzo, alors que la course a compté 13 changements de leader et 52 dépassements entre les quatre premiers… 

Phillip Island, une page se tourne

L’histoire de Phillip Island est celle d’un circuit qui a maintes fois frôlé la disparition, sauvé par la passion et par la moto. Mais cette fois, le destin s’écrit ailleurs. Après près de trois décennies de présence quasi continue depuis 1997, le Grand Prix d’Australie de MotoGP disputera sa dernière édition sur l’île venteuse en octobre 2026. Le contrat liant Phillip Island à la discipline reine arrive à expiration, et le gouvernement de l’État de Victoria n’a pas souhaité le renouveler dans les conditions exigées par le promoteur.

Dès 2027, la MotoGP s’installera dans les rues d’Adélaïde, en Australie-Méridionale, pour ce qui constituera une première historique : un Grand Prix disputé sur un circuit urbain en centre-ville. L’accord, conclu pour six ans entre MotoGP Sports Entertainment Group, le gouvernement d’Australie-Méridionale et la ville d’Adélaïde, court jusqu’en 2032. Le tracé, long de 4,195 kilomètres et fort de 18 virages, reprendra le layout historique du circuit urbain utilisé par la Formule 1 de 1985 à 1995, avec des vitesses de pointe attendues à plus de 340 km/h. La première édition Adelaide est programmée du 12 au 14 novembre 2027, en guise d’avant-dernière manche du championnat.

Ce déménagement s’inscrit dans la stratégie portée par Liberty Media, nouveau propriétaire de la MotoGP, qui entend rapprocher les courses des centres-villes, à l’image de ce qui est fait en Formule 1. Les difficultés récurrentes d’accès à Phillip Island, l’offre hôtelière limitée de l’île et les caprices de la météo ont pesé dans la balance. La décision a suscité l’incompréhension de plusieurs anciens champions australiens, à commencer par Casey Stoner et Wayne Gardner, qui ont publiquement regretté la perte d’un tracé considéré comme l’un des plus beaux et des plus exigeants du monde.

Pourtant, Phillip Island n’a pas dit son dernier mot. Le circuit continuera d’accueillir du sport automobile de haut niveau : les Supercars ont confirmé leur retour sur l’île dès 2027, avec un contrat de cinq ans jusqu’en 2031, et une place de choix dans le calendrier, puisqu’il accueillera une manche « Finals » décisive pour le titre. Le World Superbike y disputera également sa dernière manche en février 2027 avant de migrer vers The Bend Motorsport Park.

Ainsi s’achève un chapitre majeur de l’histoire de la MotoGP australienne, d’autant plus cher aux passionnés français qu’ils y ont applaudi les victoires de Johann Zarco en 2023, Mike Di Meglio en 2008 et Olivier Jacque en 2000.

Phillip Island restera ce lieu à part, façonné par les embruns et les bourrasques, maintenus à bout de bras par la passion de bénévoles et de passionnés, plusieurs fois au bord du gouffre, et sauvé à chaque fois par la vitesse, où des générations de pilotes et de spectateurs ont écrit quelques-unes des plus belles pages du sport moto.

Mais l’histoire continue, qu’on le déplore ou pas, c’est désormais dans les rues d’Adélaïde que résonnera, à partir de 2027, le rugissement des MotoGP…

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