C’était choquant. Le Grand Prix de Thaïlande était aussi le premier du V4 Yamaha pour les pilotes d’usine. Et il s’agit là d’un changement de philosophie majeur pour l’un des constructeurs les plus mythiques de l’histoire du championnat. Il faut donc en parler, car le résultat était (très) inquiétant.
Bilan catastrophique pour Yamaha
Je sais que nous n’avons vu qu’une seule course, et qu’il est trop tôt pour tirer quelconque conclusion quant à la hiérarchie des marques engagées en catégorie reine. Mais il faut quand même passer par une douloureuse étape, celle qui consiste à rappeler les résultats des pilotes Yamaha le week-end passé.

Quand je pense que Yamaha s’était excusé au Grand Prix d’Autriche 2018 pour une pauvre qualification en 2018… Photo : Michelin Motorsport
Et autant dire que c’était terrifiant. Bien sûr, aucun des quatre pilotes ne s’est directement qualifié en Q2. Fabio Quartararo, le samedi matin, était le mieux placé, avec le 16e temps sur la grille. Derrière se trouvaient Jack Miller, en 18e position, Rins, 19e, et Toprak Razgatlioglu, le rookie, en 21e place. Côté chrono, pour vous faire une idée, Quartararo pointait à environ une seconde pleine de la pole position alors qu’il est l’un des meilleurs de l’histoire moderne dans cet exercice.
En Sprint, ce n’était guère mieux. Miller était premier pilote Yamaha à la 15e place, devant Quartararo, puis Rins, puis Toprak. Et enfin, en Grand Prix, « El Diablo » a retrouvé sa place de meilleur pilote de la marque, à la 14e place. Ces deux points glanés sont à relativiser, car Quarta’ a gagné deux rangs grâce à deux rares coups du sort subis par Marc Marquez et Joan Mir, ce qui ne devrait pas se reproduire de sitôt. Côté chrono, « El Diablo » termine à environ 31 secondes du vainqueur Marco Bezzecchi, ce qui ne relève même plus du boulevard, mais de l’autoroute.
Au micro, les pilotes se plaignent de tout un tas de choses, mais ce qui me frappe le plus, c’est que les problèmes sont sensiblement les mêmes depuis la mi-saison passée. C’est comme si le projet, en tout ce temps (huit mois sont une éternité au plus haut niveau), n’avait pas avancé d’un iota. Comme si cela ne suffisait pas, tout ceci a été effectué devant le n°2 de la firme aux diapasons Motofumi Shitara, qui n’a pas dû être déçu du voyage.
Si l’on fait le total de tout ça, Yamaha a glané deux points sur le week-end. C’est, tout simplement, le pire bilan après une course de la firme d’Iwata depuis la création de Yamaha Racing sous sa forme actuelle en 1999. Et aucun n’a abandonné ou chuté.
Une situation intenable
D’après le très sérieux journaliste Oriol Puidgemont, Quartararo était furieux à l’arrivée du Grand Prix. Pour éviter une nouvelle sortie rocambolesque de sa star, Yamaha a interdit aux pilotes de se présenter aux journalistes suite à cette débâcle. Seul Paolo Pavesio s’exprima, et un communiqué de presse très léger en contenu fut publié le soir. Franchement, je ne comprends pas cette décision.
D’un côté, j’ai l’impression que Yamaha veut limiter la casse, en ne salissant pas davantage l’image de marque. C’est compréhensible. Mais lorsqu’un constructeur en vient à museler ses pilotes, c’est que la situation est vraiment critique, et essayez d’imaginer tout ce qu’on ne sait pas des coulisses. Imaginez seulement que le prototype 2027 ne donne pas satisfaction sur le banc d’essai. Imaginez seulement que l’avenir tout entier de Yamaha en MotoGP soit compromis. Franchement, ça n’est plus tenable. Mais puisque Iwata tient apparemment à son image, peut-être fallait-il briefer les pilotes en avouant clairement les intentions derrière ce passage au V4, soit gâcher un à deux ans pour construire le futur – la théorie de Jorge Lorenzo, plutôt que les interdire de parler quand ils désirent simplement s’exprimer sur le réel état du projet ! C’est plus un problème de communication interne que de performance à ce niveau.

Le pire, c’est que Yamaha avait pu tester à Buriram. Mais comment cela se passera-t-il aux USA ou au Brésil ? Photo : Michelin Motorsport
Ça peut s’améliorer… ou pas
Certains observateurs restent optimistes quant à Yamaha. Oui, effectivement, c’est vrai, le V4 peut s’améliorer au fil de la saison, surtout que la firme aux diapasons dispose de concessions très avantageuses pour le développer. Mais elle peut aussi ne pas s’améliorer du tout. À travers l’histoire des sports mécaniques, des dizaines d’exemples illustrent parfaitement ce phénomène. Et Yamaha en est la preuve. Cela fait maintenant des années qu’ils jouissent de concessions favorables et qu’ils ont un énorme budget, mais si vous dézoomez, depuis 2022, diriez-vous que Yamaha a progressé ou régressé ? En 2023, on croyait que Honda avait touché le fond. Et puis, finalement, sans Marc Marquez, en 2024, c’était encore pire. Et, rappelez-vous ; entre le début 2024 et la fin, ça n’était pas le jour et la nuit, loin de là ! Ça peut toujours être mieux, mais ça peut toujours être pire, aussi. Yamaha a la capacité de progresser, mais pas de faire un miracle.
Puisqu’on est dans le pessimisme, allons-y jusqu’au bout. Côté positions, les pilotes en bleu n’ont devancé que Maverick Vinales, Enea Bastianini et Michele Pirro sur l’intégralité du week-end. Mais nous serons tous d’accord pour dire que « Top Gun » et « Bestia » ont une marge de progression bien supérieure, sur l’année, à Miller et Rins. Et puis, lorsque Fermin Aldeguer reviendra, les chances qu’il finisse dernier sont infimes. Cela signifie donc que les quatre pilotes Yamaha pourraient parfaitement terminer aux quatre dernières places lors des manches à venir. Après tout, Quartararo avouait qu’aucun nouveau moteur ne serait apporté avant Le Mans, mi-mai !
Conclusion
Il faut encore attendre avant de se faire une idée précise, mais l’ordre donné par Yamaha à ses pilotes dimanche est une alerte rouge. Je ferai sans doute un article sur Toprak, car, dans ce marasme, il m’a relativement impressionné.
Qu’avez-vous pensé de la décision de Yamaha concernant les prises de parole de ses pilotes dimanche ? Dites-le-nous en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Affaire à suivre. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport
























