En Thaïlande, j’ai été plutôt surpris du rythme de Toprak Razgatlioglu. De ce que j’ai pu entendre avant le début de saison, beaucoup n’attendent rien du turc, ce qui est également mon cas. Mais force est de constater qu’il m’a surpris à Buriram, et pourtant, malheureusement, ses efforts n’ont servi à rien.
La surprise Toprak Razgatlioglu
Ceux qui suivent cette chronique savent que je n’ai pas été clément avec le triple champion du monde superbike dans mes previews. En effet, je le vois pointer parmi les derniers à l’issue de la saison, et j’ai assez surpris de voir que vous étiez beaucoup à être d’accord avec cette analyse. Ce que l’on a vu de la Yamaha YZR-M1 version 2026 ne laisse guère plus d’espoir, même si cette dernière peut s’améliorer.

Il faut reconnaître qu’il est dans une situation très délicate, et qu’il n’y peut rien. Photo : Michelin Motorsport
Eh bien, honnêtement, Toprak n’a pas été ridicule pour sa première manche en mondial. Lui qui disait galérer à suivre Jack Miller sur deux virages (!) lors des tests a honnêtement roulé sur les trois jours. En qualifications, il s’élançait dernier des titulaires, certes, mais n’était pas si loin que ça de pilotes beaucoup plus expérimentés : Alex Rins, son collègue, n’a fait mieux que d’un centième. Puis, pendant le Sprint, quelle surprise ! Toprak pointait carrément devant Fabio Quartararo quelques instants, puis est tombé.
Je ne crois pas qu’une chute, dans son cas, soit particulièrement dommageable. Il a lui-même avoué qu’il devait peut-être partir à la faute afin de trouver les limites de son package, et n’avait toujours pas connu le goût des graviers depuis ses premiers tours de roue en catégorie reine. Il a pu reprendre la piste et finir, ce qui est aussi un bon point. Dans une année rookie, rien n’est pire qu’une énorme blessure.
Le dimanche, on l’a vu un peu plus à l’écran. Là encore, c’était convaincant, puisqu’il parvenait à rester dans le groupe des pilotes Yamaha mené par Fabio Quartararo. À l’arrivée, il était 17e, devant Jack Miller, et non loin d’un Maverick Vinales en difficulté. Dans l’absolu, c’est loin d’être exceptionnel, mais quand l’on connaît le contexte de son arrivée en MotoGP, c’est respectable. Je lui tire mon chapeau.
Une marge de progression limitée

Franchement, sur cette photo, il est loin d’être ridicule ! Photo : Michelin Motorsport
Si ce premier week-end était résolument positif pour lui, je crois malheureusement qu’il lui sera difficile de passer à l’étape supérieure, c’est-à-dire, celle de finir premier pilote Yamaha et de viser les points. Premièrement, j’ai vu plusieurs anomalies qui ont contribué à le faire remonter au classement. Les pilotes Tech3 étaient tous deux en perdition à Buriram, et au vu de leur potentiel, je crois évidemment qu’ils peuvent faire beaucoup mieux. Ça m’étonnerait franchement que Bastianini, par exemple, se batte pour des 16e places toute la saison durant. Ensuite, Fermin Aldeguer était encore absent, remplacé par un très lent Michele Pirro. Je ne sais pas s’il testait des pièces différentes, mais l’Italien, d’habitude assez rapide pour son âge avancé, était totalement largué en Thaïlande : il a pris plus d’une minute le dimanche. Ce sont donc trois facteurs qui vont contribuer à la stagnation de Toprak au classement, voire, à sa régression. Mais cela vaut finalement pour tous les pilotes Yamaha, il n’est donc pas à blâmer.
Deuxièmement, si la Yamaha progresse, je doute qu’il soit celui qui en profite le plus. Les autres, qui ont une excellente expérience des MotoGP 1000cc, sont tous déjà passés par des périodes difficiles. Rins, par exemple, a déjà gagné avec du matériel objectivement moins performant que les machines de référence. Miller aussi a beaucoup développé dans sa vie. Toprak Razgatlioglu, qui ne maîtrise pas encore totalement ces modèles d’après ses propres dires, aura sans doute plus de mal à dicter une direction claire par rapport aux vieux briscards que sont Rins et Miller. Quartararo, si je l’imagine un peu moins porté sur le développement – Yamaha n’a fait que régresser depuis qu’il est à la tête de l’équipe d’usine – peut compter sur son talent hors norme pour sauver les meubles.
De ce fait, j’espère que Toprak ne subira pas les changements constants et les choix des autres, qui sont plus légitimes. La confiance en soi et en son matériel, une dimension trop souvent oubliée au plus haut niveau, est essentielle. Je doute qu’une telle dynamique l’aide à comprendre l’essence de ces motos, et, du coup, à avoir pleine confiance en elles. « El Turco » peut également progresser de manière linéaire, mais l’histoire nous montre que c’est rarement comme ça que les rookies fonctionnent en réalité.
Que pensez-vous de la situation de Toprak Razgatlioglu ? Partagez-vous mon analyse ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

En tout cas, le Turc a assuré le spectacle lors de la course de tuk-tuk et a beaucoup de fans. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport
























