C’est l’heure des pronostics ! Chaque début de saison, cette rubrique tente de deviner ce qu’il va se produire lors des prochains mois, en se focalisant sur tous les pilotes de la catégorie. Puis, à la fin de chaque article, l’auteur se mouillera avec une prédiction, mais attendra également la vôtre en commentaires ! Aujourd’hui, c’est l’heure de traiter le cas Franco Morbidelli, un gros morceau s’il en est.
Morbidelli contre lui-même
La saison 2026 représente la dernière du contrat de Morbidelli, ce qui explique l’urgence exprimée dans le titre de cet article. Pour l’Italien, les dernières années n’ont pas été faciles : après avoir échoué au sein de l’équipe d’usine Yamaha, il n’a pas réussi à rebondir chez Pramac, aux côtés d’un Jorge Martin champion du monde, et, en fait, aurait peut-être dû quitter la catégorie à ce moment-là. Heureusement pour lui, Ducati VR46 lui a sauvé la mise, et c’est compréhensible. Rossi et ses hommes ont le sens de la famille, et il est vrai que Morbidelli a été le premier pilote à faire briller l’académie en devenant champion du monde Moto2 en 2017. C’était une juste rétribution.

Franco Morbidelli a conservé sa place en 2026, oui, mais parce que son équipe n’a pas eu l’opportunité de trouver quelqu’un d’autre. C’est ma conviction. Photo : Michelin Motorsport
Le problème, c’est qu’en 2025, il n’a pas franchement été à la hauteur de cette chance octroyée par Uccio Salucci. Morbidelli était assez rapide, oui, mais pas plus qu’un autre pilote Ducati. Et il a connu pas mal de moments gênants dont il était seul responsable.
Le comportement : c’est clairement ce sur quoi il devra travailler cette saison. L’année dernière, il a commis énormément de bourdes de différentes envergures ; d’un mauvais placement sur la trajectoire en Practice jusqu’à la percussion pure et simple d’un concurrent. Morbidelli en a fait beaucoup et ne s’est jamais bien défendu face à la presse.
Je ne veux pas tirer sur l’ambulance. D’après moi, ce n’est pas un mauvais pilote, mais simplement un homme trop pressé, trop à cran, qui veut prouver son talent. La trajectoire de sa carrière explique peut-être ces écarts de comportement – sans les excuser, car il est passé de vice-champion du monde MotoGP en 2020 à risée du monde en 2023, après une terrible blessure au genou. Depuis, il doit tout le temps prouver, prouver, sans jamais pouvoir se reposer.
C’est sans doute pourquoi il a été si maladroit contre son coéquipier Fabio Di Giannantonio à Assen et en Hongrie, parce qu’il doit se sentir scruté et sous pression, en permanence. Une sorte de cercle vicieux. Au moment où j’écris ces lignes, je me rends compte que ce sera un paramètre difficile à changer en un an seulement, d’autant qu’il n’a jamais été autant au pied du mur.
Il doit faire l’exploit
Sa motivation doit être simple : rester en MotoGP l’année suivante. Même si VR46 est sa famille, je pense qu’Uccio n’est pas aveugle non plus, d’autant que d’autres talents issus du Moto2 poussent très fort. Mais d’après moi, ça sera très difficile, sans doute trop difficile de conserver ce guidon.
Beaucoup d’éléments me font dire qu’il n’y arrivera pas, et, croyez-moi, ça ne me fait pas plaisir d’écrire ces lignes. Tout d’abord, son matériel. Chez Ducati, depuis deux ans, il est devenu impossible de déterminer la moto qu’a chaque pilote précisément. En effet, la GP24 était une base stable, mais les restrictions liées aux concessions, d’une part, et au moteur de l’autre – la règle qui favorisait de facto les Japonais en attendant 2027 – ont créé une sorte de flou concernant le développement ultérieur de la Desmosedici. D’après les sources, Morbidelli aura une GP24 en 2026. Mais ne serait-ce pas une GP24 « spec 2025 » avec des éléments de 2026 ? En effet, les GP24, GP25 et GP26 sont très proches de nature, mais peuvent, selon les réglages, avoir des performances radicalement différentes, en témoignent les résultats erratiques de Bagnaia et « Diggia » en 2025.

J’ai l’impression de voir quelqu’un qui passe à côté de sa carrière. Et ça me fait mal. Photo : Michelin Motorsport
Le truc, c’est que Morbidelli n’a pas été transcendant sur GP24 2024, et n’a pas excellé sur GP24 en 2025 non plus (a contrario d’Alex Marquez). Donc, l’un dans l’autre, peu importe son matériel, je doute qu’il s’en sorte. L’année dernière, il a plutôt bien réussi son début de saison, car il était le seul à avoir eu une GP24 en 2024 et en 2025, mais quand les autres ont trouvé le truc, il a disparu.
Autre argument partiellement évoqué plus haut, la dynamique. Morbidelli, victime de deux énormes blessures (en 2021 et à l’hiver 2024), 31 ans, dans sa neuvième année en MotoGP après quatre saisons extrêmement mitigées, peut-il encore créer la surprise ?
L’heure du pronostic
Prédire le résultat de Franco Morbidelli était assez difficile, car à la lecture de cet article, vous pensez peut-être qu’il fait partie des moins bons pilotes du plateau. Mais ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, même, je pense qu’intrinsèquement, il n’a pas beaucoup de défauts. C’est un pilote régulier, mais qui peut aussi être rapide sur un tour dans un bon jour. Ses duels roue contre roue pourraient être meilleurs, bien sûr, mais il est loin d’être le plus mauvais dans cet exercice. S’il parvient à gommer ses erreurs de comportement, s’il parvient à s’appliquer, à se remettre dedans mentalement, je pense qu’il peut légitimement prétendre au podium sur quelques Grands Prix, et pourquoi pas à la victoire.
D’ailleurs, au général, il progresse depuis 2022. Après avoir terminé 19e, puis 13e , puis 9e, il se classait 7e l’année dernière. Malheureusement pour lui, je l’imagine un poil moins bien cette année, mais pas parce qu’il sera moins bon, simplement parce que les autres seront meilleurs. Sa marge de progression est infiniment moins élevée que celle d’un Fermin Aldeguer ou d’un Jorge Martin par exemple. Du coup, je vais le placer 10e, ou, disons, entre la 9e et la 11e place du classement. Cela lui permettra-t-il de conserver sa place ? J’en doute, mais j’ai déjà été surpris par le passé.
Où voyez-vous finir Franco Morbidelli à la fin de l’année 2026 ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Il n’était pas si loin que ça de Di Giannantonio, mais je crois qu’il y a une grande différence entre les deux. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport































