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Luca Marini MotoGP

Personne n’en parle, et c’est triste. Il y a 15 ans, l’annonce d’un nouveau pilote chez Honda Repsol aurait fait la une de tous les journaux spécialisés. Aujourd’hui, Alberto Puig et ses hommes durent attendre le dernier week-end de la saison pour trouver un pilote daignant monter la Honda RC213V. Finalement, c’est Luca Marini qui s’en chargera durant la saison MotoGP 2024 ; on le pressentait depuis quelques manches en raison de déclarations en faveur de la firme. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est l’Italien qui était motivé à refaire de Honda Repsol la meilleure équipe du monde. Il est l’heure d’analyser cette signature.

 

La tâche s’annonce rude

 

D’abord, du point de vue de Luca Marini. En choisissant Honda Repsol, il s’arrache à l’image « familiale italienne » et proche de la VR46 Academy qui lui était attribuée, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Il est sans doute payé plus, et devient pilote officiel. Enfin, il vole de ses propres ailes, en quelque sorte.

Partant de ce principe, c’est un bon coup. Il connut une saison mitigée avec des points forts pas assez forts pour contrebalancer les moments difficile, dirons-nous. Seul pilote Ducati sans victoire en Sprint ou lors d’un Grand Prix, il n’a pas brillé au premier sens du terme. Cela ne veut pas dire qu’il fut ridicule, car son style conservateur assez anachronique lui assure toujours une place correcte au championnat, la 8e en l’occurrence. Forcément, la comparaison avec son coéquipier Marco Bezzecchi est flagrante, mais cela ne veut pas dire qu’il est mauvais pour autant.

 

Luca Marini MotoGP

Nouvelles couleurs. Photo : Michelin Motorsport

 

De ce point de vue, s’en aller essayer un autre challenge est une bonne option, car qu’aurait-il pu faire de plus chez Ducati Mooney VR46 ? Encore subir la domination de son coéquipier en 2024, jusqu’à ne plus intéresser personne au prochain mercato ? La situation chez Honda l’avantage de ce point de vue, surtout que contrairement à Johann Zarco, c’est le guidon d’usine qui lui est proposé.

Cependant, tout ce que j’avais dit concernant la signature du Français chez LCR n’est pas à jeter à la poubelle. La tâche s’annonce extrêmement rude, plus qu’on ne peut l’imaginer. Il faut composer avec une moto qui ne marche pas, mais c’est loin d’être le plus grave. Surtout, il faut essayer de performer au sein d’une équipe perdue, qui ne met plus un pied devant l’autre sur tous les plans. Et qui vient de perdre l’un de ses pilotes les plus légendaires au profit de la plus petite équipe privée de la grille.

 

 

Luca Marini va essayer, je n’en doute pas, mais va-t-il arriver à passer outre l’incompétence latente d’Honda Repsol qui dure et s’empire depuis quatre ans ? Pour répondre à cette question, analysons la situation de l’autre côté, c’est à dire du point de vue de la marque ailée.

 

S’il vous plaît, venez chez nous

 

C’est inédit. À deux courses de la fin, personne ne voulait rejoindre Honda Repsol pour la saison suivante, alors que les pilotes se seraient battus il y a 10 ans à peine. C’est à qui le désirait. De toute évidence, beaucoup ont été approchés, mais dans le même temps, Alberto Puig niait certains de ces contacts.

Puig, parlons-en. Alors qu’un départ est dans les tuyaux depuis quelques temps, il doit prier pour que ce recrutement fonctionne. Car depuis son arrivée au poste de team manager en 2018, non seulement l’équipe n’a fait que régresser peu après, mais aussi et surtout, il a multiplié les erreurs flagrantes sur le choix des coéquipiers de Marc Márquez. Un Jorge Lorenzo vieillissant en 2019, alors que tout le monde pouvait sentir qu’il ne reviendrait plus de la même manière après ses chutes fin 2018. Puis, Álex Márquez en 2020, un choix plutôt cohérent mais qui n’a pas été étincelant non plus. Pol Espargaró pour deux ans en 2021 et 2022. Oui, deux ans, et on ne se souvient de rien. Et finalement, le bouquet, la cerise sur le gâteau, Joan Mir en 2023, alors que beaucoup d’observateurs (dont votre humble serviteur) avaient prévu la catastrophe au vu de sa pauvre saison 2022.

 

Luca Marini MotoGP

Partir au bon moment. Photo : Michelin Motorsport

 

Donc forcément, comprenez que le recrutement de Luca Marini après tant d’échecs ne me mette pas en confiance. Et pourtant. Je pense qu’Honda a beaucoup de chance que le demi-frère de Valentino Rossi se soit autant intéressé à l’équipe, car c’était l’une des meilleures options sur le plateau. J’en parlais il y a peu, quand je détaillais les candidats potentiels à ce guidon. Il fallait un pilote posé, calme, patient, intelligent, qui pouvait et avait envie de construire quelque chose. Je continue de penser que l’expérience d’un officiel aurait aidé, et c’est pourquoi, selon moi, Honda aurait dû mettre le paquet sur Miguel Oliveira, un temps disponible.

Mais Luca Marini a le profil qui répond aux critères précédemment détaillés. Cela paraît incroyable de dire ça, mais je pense que Marini et Honda font une bonne affaire, ce qui en fait un transfert dont je suis totalement satisfait dans les deux sens. De plus, il casse un peu l’hégémonie chez Repsol ; pour rappel, il est le premier pilote non espagnol sélectionné depuis Casey Stoner en 2011.

 

Conclusion

 

Luca Marini sentait le vent tourner, et pas besoin d’attendre de se faire battre à plate couture par Marco Bezzecchi et les deux pilotes Gresini l’an prochain pour trouver une porte de sortie. Même si la gestion globale de Puig – et ses hommes, mais il reste la tête de file, et par conséquent, le responsable – fait se questionner sur la pertinence d’un tel choix, Luca reste un candidat légitime à ce guidon. Après tout, il est un très bon pilote, et Honda Repsol, une très grande équipe. Les deux peuvent se nourrir, et pourquoi pas grandir ensemble même si le plafond reste relativement bas, toujours plus bas qu’avec Marc Márquez. Mais soyons clairs. Hormis Pecco Bagnaia et Jorge Martín, tous les autres choix constituaient un déclassement.

Que pensez-vous de cette signature ? Dites-le nous en commentaires !

 

Un challenge, un vrai. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Honda Repsol

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