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Saison

Comme me l’a souligné l’un de mes plus fidèles lecteurs il y a peu, ce début de saison mérite bien un article. Après plusieurs années compliquées du point de vue du spectacle, on retrouve enfin de l’action, des histoires intéressantes, et surtout, des bagarres en piste ! Espérons que ça dure.

 

Un sport qui ne tenait plus son rang

 

Une partie du public MotoGP aime vendre notre championnat plus encore que Liberty Media. Chaque fois que la comparaison avec la F1 revient sur la table, ces gens-là adorent dirent que le « MotoGP est la discipline motorisée la plus spectaculaire », mais je crois que cette opinion trahit en réalité une sorte de complexe d’infériorité.

 

Saison

Quelle est votre course préférée jusqu’à maintenant ? Photo : Michelin Motorsport

 

Non, en 2025, le MotoGP n’était pas plus spectaculaire, disputé, intéressant que la Formule 1, mais pas que. Les championnats du monde d’endurance automobiles et motocyclistes (FIA WEC et FIM EWC) l’étaient davantage, et le Moto3 comme le Moto2 surclassaient confortablement la catégorie reine. Attention à ce lieu commun.

Effectivement, sur ces deux dernières années, c’était moyen, voire, très moyen en 2025. Pas de bagarre, un championnat tantôt disputé jusqu’à la fin, mais sans affrontement direct entre deux protagonistes parfois décevants (2024), tantôt écrasé dès l’été par Marc Marquez (2025). D’après moi, les saisons 2022 et 2023, très sous-cotées, étaient excellentes, et cela se ressentait à travers l’engouement du public, de certains de mes amis plus ou moins impliqués, etc. Récemment, j’ai senti, chez eux, un espèce de désamour pour le sport, et, forcément, ça ne me fait pas plaisir. Mais peut-être était-ce également votre cas ?

De toute évidence, la promesse Liberty Media, qui a tant fait exploser la F1 et qui désire faire de même avec le MotoGP, ne pouvait pas tenir dans ces conditions. On pourrait se demander pourquoi le spectacle a perdu en intérêt en 2024 et 2025. C’était une combinaison de facteurs : il y avait, bien sûr, la domination de Ducati et de Marc Marquez, qui, forcément, biaisait le débat, et l’avancement technologique des motos (je ne parle pas seulement de l’aéro), car elles arrivaient au bout du règlement.

C’est toujours pareil dans l’histoire des sports mécaniques, et ce, depuis le début du XXe siècle. On crée un règlement, certaines marques l’exploitent au maximum, le niveau monte, les chronos baissent, et puis, quand il n’y a plus de compétition, car ceux qui ont le plus d’argent ou acquis la meilleure méthode dominent, on réécrit un règlement plus lent pour rendre les courses plus serrées (avec des arguments du type « il faut réduire les coûts »). Ça se vérifie à chaque fois, et je crois que nous étions au bout de l’une de ces boucles temporelles.

 

Est-ce du passé ?

 

Mais alors que nous entamons la dernière année de la réglementation actuelle, le MotoGP nous surprend. Les trois premières courses de la saison étaient fantastiques, hormis, peut-être, le Grand Prix des Amériques – qui restait très respectable pour Austin, d’une part, et de surcroît par rapport aux purges de 2025. Même à Goiânia, sur un circuit pourtant peu propice aux dépassements, nos héros nous ont offert un beau spectacle. Comment expliquer ce revirement de situation ? Là encore, j’ai identifié plusieurs éléments :

Premièrement, le changement dans la hiérarchie. Sans dire que la Ducati Desmosedici est devenue mauvaise, on peut raisonnablement affirmer que l’Aprilia RS-GP est au moins à son niveau, si ce n’est supérieure – j’attends les premières manches européennes et la première salve d’améliorations pour me prononcer de manière plus définitive. Cela a propulsé les deux officiels Marco Bezzecchi et Jorge Martin devant, mais également les satellites, qui sont en mesure de jouer des podiums. En plus de pimenter les courses cette saison, ça ajoute un facteur à suivre, quelque chose qui nous intéresse : on attaque chaque week-end en se demandant si Ducati va répondre ou non.

 

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Au vu de l’état de la piste au Brésil, on aurait pu avoir bien pire ! Photo : Michelin Motorsport

 

– Deuxièmement, la forme de Marc Marquez. Je n’ai rien contre lui, mais il faut reconnaître que lorsqu’il ne rencontre aucun problème, les saisons qu’il domine sont généralement peu intéressantes. J’ai totalement décroché en 2014, et si 2019 était un poil mieux avec certaines bagarres intenses, je trouve qu’on n’en retient pas beaucoup d’images marquantes (cinq au mieux). Idem pour 2025, comme dit précédemment. Forcément, le voir en difficulté, en chasse comme le dimanche à Austin rend la chose intéressante, et c’est là le pouvoir du nonuple champion du monde. Vu qu’il a une chance de gagner, peu importe sa moto, on va allumer le téléviseur pour le regarder. Plus qu’une superstar, c’est un aimant, c’est l’une des raisons du succès de notre sport ces dernières années.

– Troisièmement, les storylines, que l’on pourrait traduire par « intrigues ». J’utilise ce terme anglophone qui renvoie au cinéma, car aucun mot français n’explique clairement le concept. Cette année, nous avons plein de scénarios, d’intrigues à suivre : est-ce que Quartararo va réussir à gagner en vitesse ? Est-ce que Pedro Acosta va encore marquer le paddock ? Quelle manœuvre Marquez va-t-il encore sortir pour essayer de s’imposer ? Est-ce qu’Aprilia va garder son avantage ? En Somme, nous avons plein d’histoires parallèles à suivre, à chaque course, et c’est très important. C’est exactement ce sur quoi jouent vos concours télévisés préférés, en vous présentant un candidat, vous laissant sur une interrogation, puis passant à un autre, et ainsi de suite. Ce concept était également à la base de la série à succès Drive to Survive, qui a aidé à propulser la Formule 1 dans une autre dimension. Et cette saison, ça joue énormément en MotoGP, car il y a beaucoup de questions en suspens à chaque début de course.

 

Une saison prometteuse

 

Je n’ai même pas parlé de l’outsider surprise, Fabio Di Giannantonio, ou même, des bagarres en piste, qui sont d’évidents facteurs de spectacle. Mais je crois que vous m’avez compris : cette saison part très fort, et je suis content de voir que ces « anciennes » MotoGP peuvent encore se donner le change et nous intéresser.

Qu’avez-vous pensé des trois premières manches du championnat cette saison ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Acosta joue un grand rôle là-dedans, j’en suis persuadé. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport