Il est l’heure de revenir sur le Grand Prix des Amériques, disputé ce week-end. Et un événement en particulier m’a fait sauter de ma chaise : vous l’aurez deviné, la chute de Marc Marquez en Sprint samedi, suite à une tentative de dépassement désespérée sur Fabio Di Giannantonio. Et je crois qu’il est l’heure de dire la vérité qui fâche à propos du pilote espagnol.
Avant de débuter, je voudrais simplement rappeler qu’il s’agit d’une analyse subjective argumentée, qui n’engage que moi, et personne d’autre. Ceci ne veut pas dire que je suis fermé au débat, et je vous encourage à commenter sur Facebook afin d’en discuter ensemble.
Comme à chaque fois
Il y a beaucoup à dire sur le week-end de Marc Marquez ; c’est pour cette raison que j’y consacrerai cet article, avant de revenir plus en détail sur sa situation au championnat un peu plus tard en avril.

Marc Marquez est encore physiquement diminué, ça se voit. Photo : Michelin Motorsport
À Austin, Marc Marquez était en difficulté. Depuis cette FP1 où il a subi une énorme chute, jusqu’au samedi, disons. Même s’il était plutôt bien placé avant le début des qualifications, il a été particulièrement décevant en Q2. Sur la grille, il ne s’élançait qu’en sixième place, derrière les Ducati de Di Giannantonio, en pole position, et celle de Bagnaia, au cinquième rang. Alors, certes, il a été gêné, c’est factuel, et ça peut arriver. Mais sans ces perturbations, un grand Marquez aurait quand même pris la pole position sur l’un de ses circuits préférés, d’autant plus que je ne l’ai jamais senti dominant, proactif dans cette séance cruciale. On ne peut pas vraiment lui en tenir compte, mais ça a conditionné ses deux courses, bien sûr.
Puis vinrent le départ du Sprint, et ce dépassement honteux. Alors qu’il venait de se faire doubler par Di Giannantonio, qui, lui, soigne toujours ses manœuvres, Marquez a tenté de reprendre sa place au bout de l’immense ligne droite, mais de manière tellement maladroite que c’en était gênant. Et là, je suis désolé, mais c’est carton rouge.
Comment un pilote aussi talentueux que Marc Marquez peut-il encore se résoudre à faire ce genre d’erreurs ? Nous parlons ici d’un nonuple champion du monde, reconnu par une majorité de fans comme le meilleur pilote de tous les temps. Et ce qu’il trouve de mieux à faire, en début de Sprint, sur l’un de ses circuits fétiches, est une tentative de blockpass horrible sur Fabio Di Giannantonio – une victoire au compteur en MotoGP. Il n’y avait aucun monde dans lequel ça passait. S’il n’était pas tombé sur ces bosses à l’extérieur, Marquez aurait viré au large, emmenant avec lui « Diggia », c’est un fait reconnu par nul autre que lui-même.
Marc Marquez est indéfendable
Pour moi, Marquez est absolument indéfendable. Je trouve personnellement les gens très cléments avec lui, et je remarque, après avoir dénoncé le fanatisme des pro-Rossi après le Grand Prix de Saint-Marin 2025, que les supporters extrêmes du #93 ne valent guère mieux en ligne. N’avait-on pas reproché, à Rossi, d’ailleurs, une manœuvre similaire – pour ne pas dire aussi irresponsable – à Jerez en 2011 sur Stoner ? Vous vous souvenez, le jour où « son ambition avait dépassé son talent ».
Another look at @marcmarquez93 and @fabiodiggia49's incident 👀#USGP 🇺🇸 pic.twitter.com/LjXMT6ztF9
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) March 28, 2026
Étudions désormais les facteurs aggravants de sa bourde. Premièrement, sa justification. S’il a été extrêmement honnête au moment d’évoquer ce fait – nous y reviendrons en conclusion –, il a affirmé qu’il a été happé par l’aspiration des motos devant lui, en plus de celle de Di Giannantonio. C’est là un motif valable, car ce phénomène est assez répandu depuis l’introduction massive de l’aéro. C’est ce qui cause bon nombre d’accidents au départ depuis plusieurs années, notamment à Barcelone, où l’effet entonnoir du premier virage accentue davantage cet effet. Mais comment se fait-il qu’un pilote comme Marquez, le plus expérimenté sur la grille, se fasse encore avoir ?
On ne parle pas de Takaaki Nakagami, mais bien du meilleur pilote de l’histoire ! Contrairement à ce qui a été affirmé ici et là, personne n’a autant exagéré que lui dans ce virage tout le week-end durant. Le dépassement de Jorge Martin sur Pecco Bagnaia, le samedi, était appuyé, certes, mais le « Martinator » n’a pas été obligé d’aller hors des limites de piste alors que Marquez y était condamné ; et puis, j’attends beaucoup plus d’expérience, de sagesse, de maîtrise de la part de Marquez que de Martin. Même Ogura, sophomore, a réussi une magnifique attaque ici. Peut-être est-ce dû à la moto ? « Diggia » a encore montré qu’il était possible d’éliminer son vis-à-vis proprement au guidon de la Desmosedici GP26.
Deuxième facteur aggravant, la récidive. Si cette erreur était sa première du genre en carrière, je n’en aurais même pas parlé. Ça peut arriver quand on la prend indépendamment du reste. Ce que je vais dire risque de me mettre des fans de Marquez à dos, mais c’est pourtant ce que je pense : quand il est en difficulté (pas à 100 % physiquement ou avec une moto un poil inférieure), l’Espagnol s’emballe et perd le contrôle, c’est récurrent chez lui. Il pousse pour compenser, prend plus de risques et chute, seul, mais parfois avec quelqu’un. Inutile de se mentir, ça fait très longtemps que c’est ainsi, certains de ses rivaux en parlent depuis qu’il est en Moto2. Cela fait quinze ans qu’il force certains dépassements, qu’il est très dur en piste, voire, qu’il met ses concurrents dehors. J’ai le souvenir de Jorge Lorenzo, qui dénonçait sa philosophie dangereuse en 2013, c’est dire. Si vous ne me croyez pas, allez simplement regarder sa saison 2023, lorsqu’il disposait d’une moto très peu performante chez Honda ; c’était un véritable festival. Arrêtons de simuler et de s’étonner de son comportement en 2026, par pitié.

Heureusement, il n’est pas encore largué au général grâce aux deux grosses chutes de Bezzecchi. Photo : Michelin Motorsport
C’est précisément pour cette ultime raison que j’ai trouvé la sanction légère. L’action méritait un long lap de pénalité, oui, mais c’est déjà la deuxième fois en trois courses que Marquez exagère sur un concurrent cette saison après la Thaïlande. Et cette fois, contrairement à Buriram, c’était unanime : consultants, pilotes, et commissaires sportifs l’ont chargé.
Conclusion
Sur la course dominicale, je n’ai rien à redire. Il ne s’est pas imposé grâce à un miracle, certes, mais il faut tenir compte de sa forme du moment. Je l’ai trouvé beaucoup plus propre lors du Grand Prix. Cette cinquième place décrochée au bout de l’effort était magnifique, largement méritée. Malheureusement, je n’arrive pas à occulter cette tâche, ce point noir. Et finalement, quand je fais le bilan de son week-end, la déception prend le dessus, notamment lorsque je me souviens qu’il n’a plus gagné sur « son » circuit depuis 2021 – hors Sprint.
Pour conclure sur une note positive, je voudrais féliciter son fair-play après l’erreur. En grand champion, il s’est excusé, n’a pas contesté sa pénalité. Ça n’excuse pas ce qu’il fait en piste, bien sûr, mais ça compte beaucoup. J’aimerais que certains de ses fans, qui représentent, malheureusement, la « minorité bruyante », s’inspirent de sa grandeur. Le fait de vouloir absolument défendre un pilote, peu importe sa part de responsabilité dans une affaire comme celle-ci décrédibilise totalement ledit discours.
Partagez-vous mon avis sur cet incident ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

« Nous sommes les meilleurs pilotes du monde, pourquoi cela ne pourrait-il pas mieux se passer ? » Fabio Di Giannantonio, Buriram 2025
Photo de couverture : Michelin Motorsport



























