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Pol Espargaro

Pol Espargaro, comme c’est à chaque fois le cas depuis qu’il a pris sa retraite fin 2023, a fait quelques piges la saison passée. Et c’était assez impressionnant, si bien qu’en interview, il disait pouvoir prétendre à un guidon en catégorie reine, ou bien une très bonne place en Superbike. Malheureusement, je ne pense pas que ce soit le cas, et je vais vous expliquer pourquoi.

 

Des paramètres dont on ne tient pas compte

 

Voyez-vous, cela faisait longtemps que je désirais écrire cet article. Souvent, on voit un pilote faire une très belle pige, et tout le monde s’en étonne. Bien sûr, un compétiteur de la trempe de Pol Espargaro, champion du monde Moto2 2013, essaye de capitaliser sur ses bons résultats pour choper une place si elle se présente.

 

Pol Espargaro

Attention, ce que je vais dire dans cet article n’enlève rien à son mérite. Photo : Michelin Motorsport

 

En 2025, il a, de fait, été très impressionnant. Sur les cinq Grands Prix qu’il a disputés, il a réussi à accrocher six tops 10 Sprints et courses dominicales confondues, ce qui est assez énorme, surtout au vu de la performance erratique de la KTM RC16. C’était déjà un peu pareil en 2024, avec un très beau GP d’Autriche et une dixième place à Misano. Alors, il mérite bien un guidon en tant que titulaire, non ? C’est plus compliqué que ça.

Trop souvent, je vois des commentaires qui se basent uniquement sur les résultats précédemment évoqués pour légitimer une place parmi l’élite. Mais ça ne peut pas suffire. Depuis très longtemps, d’ailleurs, le statut de wild-card (ou de pilote remplaçant) donne des avantages énormes et non négligeables, que je vais vous énumérer.

Tout d’abord, dans le cas d’une wild-card d’un pilote test, Pol Espargaro connaît bien la moto, autant qu’un titulaire. L’Espagnol, peut-être doté de meilleures pièces que les officiels, peut librement s’appuyer sur son entraînement pour performer. Étant pilote KTM depuis 2023 – sans parler de son premier passage au sein de la firme de Mattighofen, de 2017 à 2020 –, il compose parfaitement avec la méthode de l’équipe, le matériel, l’avancée des recherches et ce que la moto peut lui donner de mieux.

Bon, vous me direz peut-être que ça ne compense pas l’écart de niveau entre un Acosta et un Pol Espargaro, ni la différence d’âge. Oui, je suis d’accord, mais ce n’était là que le paramètre le moins important de ceux que je vais vous présenter.

Deuxièmement, la pression. Alors qu’un pilote titulaire doit œuvrer avec la constante pression du résultat et penser à sa régularité, une wild-card n’a même pas à se poser la question. Il doit développer et rapporter les bonnes informations, certes, mais tout de même aller vite – c’est pourquoi beaucoup de pilotes d’essai essuient des chutes au cours de l’année, preuve qu’ils poussent. Pol Espargaro, l’esprit léger, peut donc attaquer à son plein potentiel sans risquer de perdre un contrat et sans penser à son classement. C’est un avantage oublié par beaucoup, mais ô combien décisif.

Troisièmement, et d’après moi le plus déterminant, la fraîcheur. Pour le corps, il y a une différence énorme entre disputer dix courses dans l’année et quarante-quatre pour les titulaires. La fatigue s’accumule, sans parler des blessures qui peuvent forcer à réduire le niveau d’engagement. Les wild-cards ne sont donc pas soumis aux mêmes contraintes, c’est évident, et des exemples le prouvent.

 

Pol Espargaro

Il n’en reste pas moins un pilote doté d’une vitesse foudroyante, et ce malgré son âge. Photo : Michelin Motorsport

 

Pol Espargaro n’est pas le seul dans ce cas

 

De nombreux observateurs, à la lecture des résultats d’un Pol Espargaro, oublient qu’il a aussi, par le passé, été titulaire en MotoGP. Et on a tous pu constater, fin 2023, qu’il n’y arrivait plus. Suite à une énorme chute subie lors du tout premier GP au Portugal, « Pollycio » avait été contraint de manquer la moitié de saison. Il était revenu timidement, avait fait une belle performance en Autriche lors du Sprint, mais ne se classait jamais mieux que 12e le dimanche. Comment, après avoir vu ça, affirmer qu’il pourrait encore être indiscutable trois ans plus tard ?

Ma théorie est appuyée par d’autres exemples, et l’un d’entre eux me paraît assez irréfutable : celui de Dani Pedrosa. De 2021 à 2024, l’Espagnol s’est présenté au départ de quelques courses pour KTM, qui, plus que les autres constructeurs, doit proposer du matériel très compétitif à ses pilotes d’essai lorsqu’ils courent.

Pedrosa était bluffant sur ces manche ? et s’est même permis d’accrocher un top 3 en Sprint à Jerez en 2024, à 39 ans ! Oui, mais alors, pourquoi personne ne l’avait signé ? Car on savait ce que donnait Pedrosa sur la fin de sa carrière, en 2018, lorsqu’il devait subir la contrainte physique d’une saison au plus haut niveau en plus de la pression. Pour rappel, il avait terminé 11e de son dernier exercice en tant que titulaire sans jamais monter sur le podium.

 

Conclusion

 

D’autres exemples à travers l’histoire nous le confirment : ne vous fiez pas aux résultats des wild-cards pour déterminer leur forme potentielle en tant que titulaire, et rappelez-vous plutôt de ce qu’ils faisaient lorsqu’ils avaient la chance de s’exprimer à l’année.

Que pensez-vous de ma théorie ? Dites-le-moi en commentaires !

 

Ceci dit, je pense qu’il aurait encore le potentiel pour aller en WSBK. Je me servais de lui comme un exemple, mais mon article n’était pas dirigé contre lui en particulier.

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

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