Il est possible, en parlant des Grands Prix, de diviser l’histoire en ères différentes. Nous avons, par exemple l’ère Agostini durant les années 1960 et 1970, l’ère Doohan au milieu des années 1990 et l’ère Rossi, durant la première décennie du XXIe siècle. Mais entre les époques, il est fréquent que certains champions passent inaperçus. Kenny Roberts Jr, champion 500cc 2000, en est le parfait exemple.
Bien entendu, la carrière de Roberts Jr n’aurait pas été la même sans l’appui et l’expertise de son père. Pour rappel, ce dernier est un triple champion du monde 500cc, considéré à juste titre comme l’un des inventeurs du style de pilotage moderne, en faisant glisser la moto abondamment. Pourtant, Roberts fils possédait un réel talent et le mérite lui revient tout entier.

Ici à Donington en 1999. À l’époque, les décorations claquaient vraiment !
Né en 1973, il débuta les courses moto par le motocross, comme c’est de coutume outre-Atlantique. Très rapidement, il se mit à la piste à la fin des années 1980, concourant sur des pistes locales avant d’être recruté par son père en Grand Prix, catégorie 250cc. Roberts père était en effet l’un des acteurs les plus influents du championnat, et ce, depuis un moment. Peu de temps après sa retraite, son leadership et son sens du développement l’ont propulsé à la tête de l’écurie Yamaha usine.
Wayne Rainey remporta trois titres sous ses ordres, et c’est ainsi qu’il décida d’engager son fils. Qu’on se le dise : ce n’est pas Yamaha qui allait refuser quoi que ce soit à ‘King Kenny’. Mais immédiatement, le bonhomme était rapide. Après quelques manches effectuées en 1993 et 1994, il réalisa sa première saison complète en 1995.
Il se trouvait alors dans une situation assez compliquée. Il disposait d’un talent naturel évident qui lui permit de terminer huitième du championnat, mais n’apparaissait pas non plus comme un crack aux yeux du monde. Cette zone se situe entre la vitesse pure (des frères Márquez, par exemple, qui sont nés rapides, et performent peu importe les circonstances) et le travail acharné lié à un déclic (le cas de Johann Zarco illustre bien le fait). Deux zones poreuses, hein, vous m’avez compris.
Le travail. À partir de la, c’est le maître mot pour passer dans la catégorie des favoris, ceux qui sont installés. Après cette saison, son père lui fait franchir un cap en le faisant accéder à la 500cc, toujours chez lui. Résultat : des chutes, des abandons et une treizième place au championnat. Il lui a fallu se doter d’un mental d’acier, afin de ne pas succomber aux critiques, lui rappelant qu’il ne serait rien sans son père.
Une spirale négative débuta. En plus de devoir, en un sens, supporter l’ombre de son paternel, il évoluait sur une Modenas KR3, construite en partie avec Roberts en personne. Peut-être que le trois cylindres en V (?) n’était pas la bonne architecture, s’opposant à peu près à toutes les solutions efficaces utilisées en Grands Prix à cette époque. Voyant le potentiel du garçon malgré ces deux années de galère, c’est Suzuki qui décida d’offrir une RGV500 à l’Américain pour 1999.
Métamorphosé, il remporta les deux premières courses de l’exercice devant Mick Doohan, et fut un danger pour Álex Crivillé tout au long de la saison. Personne ne le voyait venir, mais il était là. Tant d’années de travail lui permirent d’atteindre un énorme niveau. Une deuxième place au championnat et un statut de favori pour l’année suivante à la clé.
En 2000, il changea à nouveau de dimension. Pour rappel, il y a deux ans à peine, il pointait à la 16e place du général. Respect. Le duel concernera sa personne et un rookie du nom de Valentino Rossi, version teinture blonde et numéro noir. Mais rapidement, le destin choisit son camp. En franchissant la ligne d’arrivée du GP du Brésil en sixième place, Roberts Jr devint le premier champion fils d’un champion et rentrait ainsi dans l’histoire. Un moment émouvant, vécu en famille à l’arrivée de ladite manche sud-américaine.

Cette moto était juste magnifique.
Malheureusement, le passage aux 990cc quatre temps en 2002 et aux 800cc en 2007 eurent raison d’un pilote « à l’ancienne » comme Roberts Jr. L’adaptation n’était pas son point fort et il ne réussit pas à défendre son titre en 2001, opposé à Rossi et son coéquipier Sete Gibernau. D’ailleurs, fait assez marquant pour être souligné : il ne remporta plus aucune course après son exceptionnelle saison 2000. Son meilleur résultat après l’exploit ? Une sixième place au championnat, fait exceptionnel et que l’on a plus revu depuis, sans compter le cas Jorge Martin, blessé en 2025.
Manque de chance, sa retraite fait partie des plus tristes que l’on observa, avec, peut-être, celle d’Andrea Dovizioso. Ce dernier retourna dans le team de son père en 2006 – courant sur des Honda RC211V revisitées, les KR211V – et ceci porta ses fruits dans un premier temps. Signé pour 2007, les résultats catastrophiques de la nouvelle machine lui firent claquer la porte au milieu de saison. Sa dernière apparition en mondial est donc une 16e place en Catalogne, ce qui n’est pas la plus belle sortie possible pour un champion de ce calibre, vous en conviendrez.
Si Roberts Jr n’était peut-être pas le meilleur de sa génération, il eut sa place parmi les grands, et le prouva en 1999 et 2000. Personne ne pourra lui enlever ses titres, pas même ses nombreux détracteurs qui préféraient les personnalités de Barros, Biaggi ou Rossi.

Ici, Roberts Jr à Suzuka en 2003.































