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Andrea Dovizioso

C’est impressionnant comme plus personne ne parle d’Andrea Dovizioso en 2026. Alors qu’il a pris sa retraite fin 2022, « Dovi » n’en reste pas moins l’un des pilotes les plus emblématiques du XXIe siècle, triple vice-champion du monde. Sur cet homme, j’ai plus d’une opinion impopulaire : je ne le considère pas comme une légende, premièrement, et je pense que sa meilleure saison n’est pas celle que vous croyez.

En effet, nous avons tous en tête sa campagne 2017, l’explication à Motegi et la finale à Valence. En 2019, personne n’a oublié son effort à Spielberg, lorsqu’il prit le meilleur sur Marc Márquez dans le dernier virage. Mais sa carrière est plus longue que cela ! En effet, l’Italien compte 14 saisons en catégorie reine. Bien avant « Desmodovi », Dovizioso était tout aussi dangereux. En voici l’exemple.

 

Andrea Dovizioso

Pour moi la plus belle Honda du XXIe siècle. Je l’ai dit. Photo : Box Repsol

 

Arrivé en MotoGP en 2008, Andrea se fait rapidement remarquer. Il pilote une Honda RC212V pour le Scot Racing Team, équipe satellite avec laquelle il avait remporté son titre de champion du monde 125cc en 2004. Sa régularité dans la performance saute aux yeux. Il ne commet jamais d’erreurs, et s’offre même un podium en Malaisie. Sur une 800cc moins performante, il arrive à talonner le double champion 250cc en titre, Jorge Lorenzo, alors que ce dernier était au guidon d’une Yamaha officielle. Un bel effort.

Cette campagne réussie lui ouvrit les portes de la plus prestigieuse des institutions : Repsol Honda Team. En lieu et place d’un Nicky Hayden en perte de vitesse, l’Italien prend ses marques aux côtés de Dani Pedrosa, un des futurs cracks de la catégorie. Malgré quelques erreurs qu’il ne commettait pas auparavant, Dovizioso reste parmi les meilleurs. Il s’offre même sa première victoire à Donington ; son profil est très prometteur. Il progresse de nouveau en 2010, et monte sur le podium à sept reprises sans jamais s’imposer.

Pour 2011, Repsol Honda annonce la signature de Casey Stoner, la superstar australienne en provenance de chez Ducati. La firme italienne avait nettement régressé depuis son sacre en 2007, mais voyait en Valentino Rossi l’homme providentiel. Pour ceux qui s’en souviennent, cette signature était vue comme l’une des plus importantes de l’histoire. Honda décide de monter une équipe avec trois machines officielles, sans sacrifier personne. Cela rappelait logiquement le fantastique trio Doohan-Crivillé-Okada du milieu des années 1990. De par son prestige, son statut d’épouvantail et ses moyens colossaux, Honda pouvait se le permettre ; une époque définitivement révolue.

Toujours est-il que la marque ailée disposait de trois top-pilotes, et chacun pouvait jouer le titre avec peut-être une réserve pour Dovizioso. Car oui, s’il affichait une régularité exemplaire, sa vitesse, son génie et son incisivité n’étaient pas au niveau de ses deux coéquipiers. Par le fait, on l’imaginait moins fort. Pourtant, il réalisa une année exceptionnelle, et celle que je considère comme sa meilleure, devant 2017 et 2019.

Au Qatar, Dovi’ termine quatrième, un classement qu’il connaît déjà. C’est sa treizième quatrième place en seulement trois saisons, ce qui reflète assez bien sa place dans la hiérarchie. Pour jouer devant, il faut passer un cap. Malheureusement, un problème de pneus le plombe à Jerez. Puis, le festival commence. Au Mans, soit deux manches plus tard, il effectue une course brillante. Après s’être englué dans le peloton, Dovizioso se réveille et décide de passer la démultipliée. Au freinage du Garage Vert, il enrhume Jorge Lorenzo, mais n’arrive pas à s’en défaire complètement. Valentino Rossi, à l’aise, est aussi dans les parages.

Les chutes changent la donne. L’accrochage entre Marco Simoncelli et Dani Pedrosa, comme la chute de Crutchlow ponctuent cette édition mémorable du Grand Prix de France. Stoner, seul en tête, est irrattrapable. Dovi, quatrième, repasse de nouveau Rossi puis Lorenzo, en perdition. Au bout de l’effort, il termine deuxième. Une superbe performance, qui, une fois de plus, n’est pas récompensée par la victoire.

Finalement, cette dernière phrase pourrait bien résumer sa saison 2011. Malgré six autres podiums, dont trois deuxièmes places, Dovi n’entendit pas l’hymne italien retentir cette année. Mais l’on ne peut que féliciter sa constance exemplaire, alors que les 800cc, dont c’étaient la dernière année d’exploitation, ne facilitaient pas la tâche. Plus d’un pilote s’est fait piéger, et parfois avec de graves conséquences. L’accrochage entre « Super Sic » et Pedrosa au Chemin aux Bœufs eut raison de la clavicule de l’Espagnol ; ce terrible fait de course l’écarta des circuits pour plusieurs semaines. Jorge Lorenzo, pourtant assez sage, perdit un bout de doigt lors d’une chute aux essais à Phillip Island, attribuant donc le titre de champion à Casey Stoner.

 

Et cette superbe déco à Aragon ! Franchement, on dira ce qu’on voudra, mais les MotoGP du passé étaient plus belles que celles de maintenant. Photo : Box Repsol

 

Dovizioso profita grandement de ces mésaventures. Comme Casey, il n’enregistra qu’un seul abandon, à Aragon. Cela le propulsa en troisième place du classement général, devant Pedrosa. Rendez-vous compte : hormis son problème pneumatique à Jerez, Andrea n’a jamais quitté le top 5 lorsqu’il voyait l’arrivée (15 fois en 16 courses) !

Certes, l’époque était différente, et les pilotes d’usine étaient grandement avantagés par rapport aux privés, c’est un fait. De plus, la grille était relativement pauvre en engagements. Mais Dovizioso réussit à se démarquer de la sorte dans ce qui était, sans doute, la période la plus difficile pour s’imposer de toute l’histoire moderne (soit depuis 1980). C’est un autre débat, et je suis curieux de voir ce que vous en pensez.

Andrea Dovizioso, à mes yeux, n’est pas une légende ; nous serons sans doute d’accord là-dessus. Mais lors de cette saison 2011 et ce Grand Prix de France en particulier, l’Italien avait le cœur d’un champion du monde. A posteriori, l’on pourrait critiquer cette approche trop conservatrice. D’ailleurs, lors de la conférence de presse post Le Mans, il confiait (déjà) penser au championnat. S’il avait plus osé, peut-être que l’histoire aurait été différente, mais il aurait potentiellement manqué des courses pour blessure ; ceci reste de la science-fiction.

Toujours est-il que Honda préféra le pur produit espagnol Pedrosa, et bien sûr Stoner, champion en titre, pour la saison 2012. Cela n’empêcha pas Dovizioso de rebondir chez Tech3 puis Ducati, pour avoir la carrière qu’on lui connaît. À bien des égards, j’ai préféré cette version de Dovizioso (qui s’est prolongée en 2012) plutôt que celle que nous avons vu de 2017 à 2019 avec Ducati, où, face à un Marc Marquez sur une moins bonne machine (dès 2018, je pense), il a gâché pas mal d’occasions et a trop souvent payé son manque d’agressivité. En ce sens, malgré ses classements impressionnants, il était plus décevant que surprenant, et me laissait souvent ce goût d’inachevé en bouche.

Vous rappelez-vous de sa saison 2011 ? Dites-le-moi en commentaires !

 

Dovizioso avait tout d’un futur très bon pilote, et il a été à la hauteur des attentes, en vérité. Photo : Box Repsol

 

Photo de couverture : Box Repsol

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