Le pilote du Championnat du monde WorldSBK Supersport Valentin Debise a marqué les esprit dès les qualifications de la première manche en Australie, en obtenant une première ligne au guidon d la toute récente ZXMOTO 820 R.
Comme chaque année, nous suivons avec intérêt son parcours, non seulement par le biais des intéressantes vidéos qu’il publie sur Youtube, mais aussi grâce à des interviews récurrentes tout au long de la saison.
L’Albigeois nous détaille dans cette interview les étapes du travail effectué sur cette moto chinoise âgée de moins d’un an.
🎤 Valentin, on n’a pas eu de nouvelles officielles de
toi depuis tes premiers essais sur la ZXMOTO, où tu nous avais dit
que la machine était encore globalement de série. Tu peux reprendre
tout l’historique depuis ce moment-là ?
» Quand on
s‘était parlé, c’était en
novembre 2025, et du coup, effectivement, quand on avait testé la
moto, on avait encore les carénages d’origine, on avait juste jeté
les suspensions là-dessus et point barre : on roulait avec une moto
complètement hybride on va dire. Et après, les mécanos ont fait un
travail de fou ! Par exemple pour faire les carénages, ça a été un
gros chantier, pour faire l’embrayage, le faisceau électrique,
enfin tout ce que vous pouvez penser qu’il y a sur une moto de
course : tout a été créé très rapidement par le team et par leurs
partenaires techniques, et aussi avec l’aide de ZXMoto.
Donc ils ont fait vraiment un travail de fou en rien de temps,
parce qu’on a testé le 8 ou 9 janvier avec une moto complète. Donc
quand on voit le timing serré, c’est complètement fou !
Et en plus, ils ont préparé des pièces de secours, sachant que les
premiers tests qu’on a fait, la consigne était « Bon,
tranquille, faut pas tomber ». Parce qu’il y avait peut
être un carénage pour tous les deux en secours. Et du coup, on a
fait le pari de rouler deux fois sur le même circuit à Almeria.
côté Andalusia, sur le nouveau circuit.
On a fait ça un peu en sous-marin, on n’a pas voulu trop
communiquer, rouler tranquille de l’autre côté. La première fois,
on était même tout seul en piste, et la deuxième fois il y a eu
quelques mecs du championnat avec nous. Du coup, on a pu à peu près
se jauger, mais de suite la moto, comment elle est arrivée en
Espagne, elle m’a bien plu et j’ai de suite senti le potentiel. Ce
qui est marrant, c’est qu’au début, les chronos étaient vraiment
lents parce que la piste était sale. Et tout de suite, je leur ai
dit « Putain, la moto elle est top, ça va aller
vite. » Et ils m’ont regardé en rigolant et m’ont dit
« Mais toi t’es un fou complet. »
Et au final, à la fin de la journée, les chronos commençaient à
être corrects, et en fait on n’a fait que progresser sur l’ensemble
des cinq journées.
Alors on a eu une journée ou deux où les conditions n’étaient pas
« ouf » avec beaucoup de vent, une journée où on a eu un
peu de pluie. et c’était pas roulable. Mais du coup, à chaque fois,
ça progressait, ça progressait. Sachant que moi, le dernier test,
c’est mal tombé, car je suis tombé malade et je n’ai pas pu
beaucoup rouler, mais le peu que j’ai roulé, on avait fait un bon
step, notamment avec une nouvelle fourche qu’on a faite avec
Bitubo. Et là, j’ai senti à ce moment-là que j’avais une moto où
j’étais capable de pousser et de la piloter. Donc, j’étais assez
confiant malgré tout pour aller pour aller en
Australie. »
🎤 Donc là, quand tu essayes la moto en Espagne, elle
n’est pas bridée ou elle est bridée ? Comment se passe ce bridage
pour égaliser les chances de tout le monde ?
« Alors, ça c’est facile : oui et
non. Le premier truc, c’est qu’on a envoyé une moto, enfin le team
est allé avec une moto, ou un moteur, je ne sais pas te dire si
c’était un banc à rouleau ou un banc moteur, je crois que
c’était un banc moteur, en Italie, chez, je ne vais pas dire qui
c’est, mais chez la personne qui s’occupe de passer les moteurs au
banc pour la FIM avec la présence d’un mec de la FIM. De toute
façon, le team, ils connaissent les chiffres de puissance, de
couple, etc. qu’il faut avoir pour être dans la norme sans se faire
brider. Nous, en étant ouvert à 100%, on était dans la norme,
plutôt la norme basse, pas la norme haute. Et du coup, on s’est dit
« Bon, normalement la FIM devrait nous homologuer à 100 %
d’ouverture des papillons ». Donc voilà, on a fait les
essais en étant comme ça, parce que même sur la piste, on a vu que
comparé à la R6 ou à la R9, c’était pas déconnant : on était dans
les clous, on n’était pas trop haut ni trop bas. Et après, quand on
est arrivé en Australie, on a eu la surprise d’apprendre qu’on
était bridé à 85% d’ouverture des papillons. Donc on a été assez
surpris.
Mais voilà, ce sont les personnes qui s’occupent de faire la
réglementation qui en ont décidé ainsi. Je pense qu’ils n’ont pas
voulu prendre de risques. Et maintenant qu’ils ont les datas…
De toute façon, on a pu comparer en Australie avec les datas qu’on
a par rapport aux autres motos, mais là forcément on est vraiment
lent dans les lignes droites, parce que la moto est trop bridée par
rapport à ses capacités.«
🎤 Encore une question encore de curiosité : quand vous
envoyez le moteur, c’est un moteur de série ou c’est un moteur
préparé ?
« On envoie
un moteur conforme au moteur à ceux avec lesquels on va rouler.
Après, voilà, il y a des mecs qui peuvent envoyer un moteur qui est
lent et ensuite arriver en course avec un moteur de fou. Mais en
faisant ça, tu te mets tout le monde à dos. Nous, de toute façon,
le team, en un mois et demi, tu te doutes bien qu’ils ont eu le
temps de rien faire (rire). Et de toute façon, on doit rouler, vu
que c’est une moto Next Génération, une 820, on doit rouler avec un
moteur qui est le même que celui d’origine. Donc pour l’instant, on
roule avec un moteur qui est d’origine, et de toute façon, on n’a
rien homologué comme pièces « kit » entre guillemets. Et
le team a fait une métrologie standard, et point barre. Ils ont
réglé les arbres à cames, le calage d’arbre à cames, voilà, ils ont
fait des trucs vraiment standards quoi.«
🎤 OK, donc ça veut dire que tu roules avec une moto de
série bridée à 85%…
« Ouais voilà, de toute façon les Next Generation,
c’est comme ça : quelles que soient les marques de motos qui ne
sont pas des 600cc, elles ont toutes des moteurs d’origine, mis à
part, de mémoire, la MV qui a un vilebrequin homologué, et la R9
qui a à peu près tout le kit moteur homologué, parce que d’origine
elle ne fait vraiment pas de puissance, alors que nous la nôtre, vu
qu’elle fait de la puissance d’origine, on n’a pas besoin
d’homologuer un kit moteur. »
🎤 D’accord. Alors à ce point de l’interview, j’en
profite pour passer un petit message à nos amis de la FIM pour leur
dire que, non, la presse n’est toujours pas au courant de ces
bridages par marque, malgré ce qu’ils nous disent. On en a déjà
parlé l’autre fois, à cause du logiciel propriétaire qu’il faut
avoir pour accéder aux fichiers. Donc on compte sur toi pour nous
informer de ce que tu sais, même si tu ne sais pas tout. Seuls les
teams seront au courant des différents bridages successifs ou des
débridages qui auront lieu cette année. Parce que suivre des
courses sans savoir pourquoi untel va plus vite là, ou untel va
moins vite là. Bon, c’est un peu chiant quoi, un peu
stérile…
« Après c’est
vrai que moi je ne peux pas non plus trop trop en dire, dans le
sens où je n’ai pas envie de me mettre des trucs des personnes à
dos (rires). Mais après oui, c’est vrai que c’est frustrant : enfin
moi, de mon point de vue, c’est frustrant dans le sens où, par
exemple en Australie, à la qualif où j’ai bien marché, avec une
moto normale, j’aurais fait la pole. Et là, avec la moto comme ça,
je fais le troisième temps. Donc c’est frustrant. Et c’est
frustrant dans le sens où j’ai l’impression que le bridage peut
gâcher ou pas ma saison. Et après, pareil pour le public. Le
public, il regarde, il dit « Ouais, super, la R9 elle
marche ». Sauf que la R9, ce qu’il faut savoir, c’est
qu’il n’y a plus rien d’origine dessus. Je ne pense pas qu’il y ait
un boulon qui soit d’origine. Il y a un kit pièces à un million
d’euros qui est homologué (rire), alors que nous, notre moto est
toute d’origine ! »
🎤 Monsieur Debise, vous êtes un sudiste, vous exagérez
tout : la Sardine dans le port de Marseille, on connaît ! Un
million d’euros, pas un boulon… Non non non, on ne peut pas vous
laisser dire ça !
« (Rires) De toute façon c’est facile : le kit pièces,
il vaut 40 000€ hors taxes, donc à 40 000€ hors taxes, il y a deux
ou trois trucs qui sont pas d’origine. Il n’y a pas besoin d’avoir
fait Saint-Cyr pour savoir que que tout n’est pas d’origine
(rires). Après, les kits pièces, ils sont disponibles sur le site
de la FIM. Tout est homologué avec des références. Donc là,
n’importe qui peut y aller et télécharger le fichier Excel pour
savoir qui a homologué quoi.
🎤 Oui, oui, oui, pour les kits c’est vrai. Mais par
contre, désolé de revenir sur le sujet, les bridages ne sont
toujours pas accessibles au public, ni à la presse…
« Ça c’est vrai et c’est dommage.
C’est dommage parce que pour le public, moi j’aimerais bien qu’il
se rende compte un peu plus des potentiels des motos. Parce
qu’après, c’est vrai qu’avant, quand il n’y avait que les 600,
voilà la moto qui gagnait, c’était la meilleure, entre guillemets.
Aujourd’hui, j’ai l’impression que le public a un peu plus de
difficultés pour comprendre quelle moto est vraiment puissante ou
pas. Parce que les mecs font des trackdays, mais ils vont rouler
souvent avec les boîtiers d’origine. Donc moi j’ai vu beaucoup de
mecs acheter des motos, je ne vais pas reciter la marque, puis être
assez déçu parce que la moto se traîne la **** alors qu’elle gagne
en course. Et par contre, à l’inverse, voir des mecs avec des moto
qui roulent d’origine et dire en fait « C’est un
avion », alors qu’en course elle n’avance pas. Ça dépend
en fait effectivement du bridage, s’il est sévère ou
pas. »
🎤 Revenons à ton week-end en Australie. Quand tu arrives à Phillip Island, tu es dans quel état d’esprit?
A suivre…


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