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Le passage de Toprak Razgatlioglu du Superbike au MotoGP n’a rien d’un simple transfert. C’est un choc de cultures, de pneus, de philosophies techniques. Et si ses premiers tours de roue en catégorie reine ont laissé place au doute, une voix autorisée refuse catégoriquement d’y voir un échec annoncé : celle de Bradley Smith.

Avant même la saison 2026, tout indiquait que le triple champion du monde Superbike franchirait le pas. Trois titres mondiaux, conquis avec Yamaha puis BMW, ont façonné un pilote à part. Son engagement avec Pramac Racing sur une Yamaha Motor Company M1 semblait une évolution naturelle. Pourtant, les essais de présaison et le début de campagne en Thaïlande ont été rudes. Adaptation délicate, sensations absentes, équilibre à trouver. Bref, un baptême du feu.

Mais pour Smith, aucune place pour le pessimisme.

Invité du podcast Racing Back, l’ancien pilote MotoGP — et ex-pilote d’essai BMW — a côtoyé Razgatlioglu de près lors de son aventure en Superbike. Son verdict est limpide : le Turc finira par imposer sa marque.

« J’ai eu beaucoup de chance de travailler avec un pilote comme Toprak ; grâce à sa façon de piloter, il a su surmonter de nombreux problèmes ; il n’a pas besoin d’une moto parfaite. »

Smith insiste sur une qualité rare : l’adaptabilité. Là où certains réclament une machine taillée sur mesure, Razgatlioglu compose, compense, invente.

« Il est très adaptable, et c’est là que BMW a fait un excellent travail : ils lui ont donné ce dont il avait besoin et ce qu’il souhaitait. De plus, les pneus Pirelli lui ont permis de le faire, car ils autorisent un fort ralentissement dans les 50 derniers mètres avant le point de corde. Si j’ai bien compris, c’est encore très difficile à faire avec des Michelin, en raison de la nature de ces pneus. »

Bradley Smith

Bradley Smith : « quand on lui donnera ce dont il a besoin, il commencera à faire des trucs de Toprak Razgatlioglu »

Tout est là. En Superbike, les Pirelli favorisent un style ultra-agressif au freinage. En MotoGP, les Michelin imposent une autre grammaire. Le freinage à la Toprak, spectaculaire et tardif, doit être réécrit. Et cela ne se fait pas en un hiver.

Smith reste catégorique : « je suis certain qu’il trouvera la solution, mais il a besoin des outils nécessaires. Personne n’est magicien. Il travaille avec un nouveau chef d’équipe qui, petit à petit, apprendra à le connaître et à comprendre ses besoins. »

Autrement dit : le talent est intact. La connexion homme-machine doit simplement mûrir.

« Quand on lui donnera ce dont il a besoin, il commencera à faire des trucs de Toprak. Mais pour l’instant, il est comme nous tous, à la recherche de cette sensation dorée qu’il désire tant. »

Cette “sensation dorée”, Razgatlioglu l’a brièvement effleurée en Thaïlande. Lors de sa toute première course sprint MotoGP, il a signé un départ explosif, jaillissant de la 21e place pour pointer 15e dès le premier tour. Opportuniste, incisif, instinctif. Le Toprak que l’on connaît.

Mais l’apprentissage a rappelé sa rudesse : à trois tours de l’arrivée, un problème de frein moteur l’a piégé dans le dernier virage. Chute. Fin prématurée. Pas de drapeau à damier.

Pourtant, au-delà du résultat brut, le signal est là. Il se bat déjà dans le groupe, deuxième Yamaha derrière son coéquipier Jack Miller, capable d’attaquer malgré un package encore imparfait.

Le MotoGP n’offre aucun cadeau. Il exige patience, précision et évolution technique constante. Mais si l’on en croit Bradley Smith, la question n’est pas si Toprak Razgatlioglu réussira. Seulement quand.

Et le jour où la M1 parlera enfin le dialecte de Razgatlioglu, le spectacle pourrait bien changer de dimension.

Toprak Razgatlioglu

 

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