1989 : une saison pour l’éternité (partie I)

par | 26 novembre 2019

Des grandes saisons, il y en a eu dans l’histoire des Grands-Prix. Mais les affrontements comme 1989 se comptent sur les doigts d’une main. Trois titans qui s’affrontent, sur une année. Trois légendes absolues qui se livrent une guerre parfois à distance, parfois rapprochée.

Tout part d’une décision imprévue. Une décision qui peut changer une destinée. Eddie Lawson, champion du monde à trois reprises sur Yamaha, décide de quitter la marque. Cette annonce fracassante s’explique de différentes manières ; Lawson se sent trahi par Giacomo Agostini, directeur du Yamaha Marlboro Team. Ce dernier mettait la pression à son pilote, et menaçait de ne pas le payer autant qu’en 1988 alors que « Steady Eddie » lui avait apporté le titre.

Lawson ne voulait plus évoluer dans cet environnement, et par ailleurs prouver à son rival Wayne Gardner qu’il pouvait le battre sur la même moto. C’est tout naturellement qu’une rencontre avec la légende Erv Kanemoto s’organise afin d’essayer de se trouver un compromis chez Honda. Résultat, il accepte d’être moins payé que chez les rouges et blanc pour un guidon en or sur une redoutable NSR500.

 

Poleman surprise à Suzuka ! C’est le local Tadahiko Taira qui est le plus rapide sur un tour, devant tous les ténors. Il avait déjà réalisé l’exploit l’année précédente et remet le couvert en 1989. Sur Yamaha/Tech-21, il termine 8e. Photo : Rikita

 

Autant dire qu’Honda ne blague pas. Avec Lawson dans l’équipe Kanemoto–Rothmans, et la paire Wayne Gardner – Mick Doohan au sein du HRC–Rothmans, les intentions sont claires. Chez Yamaha, la perte de Lawson est compensée par le retour d’un Freddie Spencer vieillissant et l’arrivée de Niall Mackenzie. Yamaha mise sur son team Roberts, composé du diamant brut Wayne Rainey et de Kevin Magee. Avec John Kocinski et Christian Sarron en second rideau, la firme au diapason peut se targuer d’un effectif fourni.

Un troisième prétendant au titre se montre dangereux sur le papier : le talent Kevin Schwantz (encore très irrégulier), accompagné de Ron Haslam sur des Suzuki RGV500. Ajoutez un fond de rivalité, une poignée de trois marques différentes et des noms légendaires, et vous obtenez une saison d’anthologie.

Pas d’échauffement. Pas de montée en puissance. Le premier Grand-Prix de la saison est une des plus belles batailles que notre sport ait connu. À Suzuka, la joute fait rage. Rainey et Schwantz se passent, se repassent et mettent un boulevard à Lawson, à plus de 30 secondes.

Les deux sont comme sur une autre planète, le temps est suspendu. Mais Rainey a déclaré ne pas avoir vu le décompte des tours, et fulmina lorsqu’il vit Schwantz célébrer alors qu’il pensait qu’il en restait encore un.

Une deuxième rivalité se mêle à cette saison. Gardner n’était pas le plus heureux quand il a vu Lawson (troisème) lui coller cinq secondes à motos égales, alors que ce n’était que sa première course chez Honda. La deuxième manche en Australie, sur les terres du « Crocodile », est également un classique.

Rainey et Schwantz sont très bien partis, mais la Suzuki n°34 part en highside et laisse Rainey tranquille. Du moins, pas pour longtemps. Gardner est en transe. La bataille les opposant est exceptionnelle, rare, à la limite des règles. Wayne Gardner manque de chuter, mordant le bas-côté des deux roues, mais le « Wild One » (le sauvage) n’est pas fait de la même matière que nous. Avec sang froid, il parvient à passer Rainey dans le premier virage, considéré comme l’un des plus dangereux au monde. Sous les yeux des spectateurs ébahis se frottent des tueurs nés, des chirurgiens qui agissent avec une précision hors normes. Les pilotes se touchent, mais s’excusent d’un simple signe de la main.

 

Wayne Gardner s’impose en patron en Australie. Ici, en action à Suzuka. Photo : Rikita

 

Notre Christian Sarron national se mêle à la bataille, mais le local est trop fort. Rainey se fait battre sur la ligne pour la deuxième fois de suite mais n’a pas à rougir. Ce dernier se plaindra malgré tout du comportement limite de l’Australien, qui n’a pas hésité à tasser dans des endroits dangereux.

Tout ne se passe pas comme prévu pour Wayne Gardner. Cette belle victoire est vite effacée par une vilaine chute à Laguna Seca, un Grand Prix plus tard. Ce volume lui inflige une grave blessure à la jambe, qui lui fera manquer cinq manches. Un grand prétendant au titre vient de quitter la ronde. D’autant plus que Rainey confirme sa forme incroyable, et prend sa première victoire de l’année, la deuxième de sa jeune carrière.

Sous tension, ce début de saison est marqué par des rivalités à tous les niveaux, ainsi que le niveau exceptionnel de Wayne Rainey. Ce dernier bien que battu deux fois semble être le favori pour prendre la couronne mondiale après trois courses. Mais ne faut pas vendre la peau des ours américains avant de les avoir tué…