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Après l’aspect technique de cette période de pré-saison, Hervé Poncharal a éclairé le travail effectué par l’équipe officielle GASGAS lors du test MotoGP de trois jours à Sepang, tout en abordant au passage certains jugements sévères parus dans la presse cet hiver, y compris ceux reportés dans nos colonnes. 

Puis l’expérimenté boss du team Tech3 a souligné le très bon feeling retrouvé en ce début de saison, nourrissant ainsi une passion allumée il y a un demi-siècle…

Retrouvez la première partie de l’interview ici.


Hervé Poncharal, venons-en maintenant aux derniers tests à Sepang. Vous devez être satisfait des prestations de l’expérimenté Pol Espargaró et du Rookie Augusto Fernández ?
Hervé Poncharal : « Je vais te dire une chose, même si je m’étais promis de ne plus faire de déclarations afin de ne pas enflammer les réseaux sociaux. Mais je te donne mon sentiment vrai : Évidemment que les big boss de Pierer Mobility, Stefan Pierer et Hubert Trunkenpolz, quand ils reçoivent les résultats à la fin des trois jours et que le meilleur de leurs pilotes est Pol Espargaró qui est P13, auraient préféré qu’il soit P1 ou P2 ou P5. Donc aujourd’hui, ce qu’on voit c’est que la situation 2022 perdure et qu’il y a deux constructeurs transalpins qui fonctionnent vraiment très bien. Il faut donc continuer à travailler et à progresser.
Par contre, ce que je peux te dire, c’est qu’on a eu une somme de choses à tester, que ce soit dans le département châssis ou dans le département moteur, électronique, etc., qu’on n’a jamais eues lors des années précédentes. Jamais ! Il y a donc eu un travail incroyable de fait pendant l’inter-saison par tous les gens impliqués dans le MotoGP chez Pierer Mobility. Incroyable !
On a donc passé énormément de choses, même si la météo n’a pas toujours été facile et qu’on a eu moins de temps de piste que ce que l’on avait prévu pour tester des choses. Alors je ne dis pas ça pour trouver des excuses, mais le classement reflète l’attaque sur un tour chrono, c’est-à-dire une situation de qualification. Or, que ce soit pour Jack Miller, Brad Binder ou Pol Espargaró, on s’est davantage focalisé sur essayer de passer en revue tout ce qu’il y avait à tester. Par exemple, rien qu’en ce qui concerne l’aérodynamique, nous avions deux écoles, puisqu’il y avait le travail du Red Bull Technology Center et celui du groupe Pierer Mobility. On a donc pu tester beaucoup beaucoup de choses, avant de croiser les ressentis et d’avoir un avis majoritaire pour les quatre pilotes : par exemple on ne va pas faire quatre aérodynamiques différentes pour les quatre pilotes, ou quatre spécifications moteur différentes. Il y a donc eu beaucoup de travail et on s’est plus focalisé là-dessus pour faire ce dont on a parlé précédemment et pouvoir dire dimanche soir « voilà la moto que l’on pense être le plus performante aujourd’hui », et ça, ça implique beaucoup de tours qui ne sont pas nécessairement des tours à la chasse aux chronos. En fin de dimanche, l’équipe technique de Pol lui a demandé s’il voulait mettre un train de pneus neufs pour tenter un chrono, et il a dit « non, il est 16h30, j’ai fait ce que j’avais à faire et si je sors pour améliorer d’une demi-seconde ou je ne sais pas combien, je vais peut-être détruire la moto. Là, je suis en bonne forme, on a fait ce qu’on a voulu, on a fait le travail qu’on voulait faire avec les ingénieurs, je prends l’avion et je rentre à la maison, et on se voit à Portimão ». C’est une réaction de quelqu’un qui est assez bien dans ses baskets, qui est assez confiant, qui estime qu’il a fait son boulot et qui bien entendu a de l’expérience. »

« Ce que je peux dire aussi, et ça c’est super important, c’est qu’on a vécu une année magique en 2020 car on a gagné deux courses, les premières de notre existence en tant qu’écurie MotoGP, et on a été excessivement heureux. 2021 et 2022, ça a été des saisons difficiles et je n’ai même pas envie d’en parler. Je pense que l’équipe a toujours été professionnelle et impliquée à 100 % dans sa mission. Je ne vais pas en dire plus mais j’ai lu beaucoup de choses qui m’ont touché, pas moi personnellement car je suis blindé, mais qui m’ont touché par rapport à des gens qui se sont impliqués à 120 % en donnant tout de leur temps, de leur cœur, de leur âme, de leur motivation et de leur savoir-faire. Mais je n’ai rien dit.
Aujourd’hui, ce qui me fait plaisir, c’est qu’il y a une nouvelle structure qui s’appelle GASGAS Factory Racing Tech3, on a récupéré Pol Espargaró qui arrive de chez Honda et qui, avant, était Factory KTM, avec son chef mécanicien qui s’appelle Paul Trevathan, on a Augusto Fernández qui est Rookie, et alors qu’il y avait beaucoup de travail à Sepang, il y a eu une ambiance incroyable pendant les essais malgré la somme de travail à effectuer. Depuis qu’ils sont revenus, Pol Espargaró et Paul Trevathan m’ont envoyé beaucoup de messages de remerciements vis-à-vis de l’implication et du niveau de travail de l’équipe, et de cette ambiance aussi humaine que possible qu’il y avait. Et ça fait très plaisir ! »

« Je me souviens de l’année 1994 où on n’avait pas marqué un seul point de l’année en 250cc, et où on avait déjà été la cible de certaines critiques. Quelques mois plus tard, avec la même moto qui avait donc un an d’âge et la même équipe, mais avec un nouveau pilote qui s’appelait Olivier Jacque, on était des génies et la meilleure équipe du paddock. Alors aux gens qui venaient me voir pour me dire ça, je leur disais « écoute-moi bien, on n’était pas des mauvais et on n’est pas des héros ». »

« La ligne est très fine entre héros et zéro, et certaines personnes, qu’elles soient journalistes, commentateurs ou même parfois acteurs, feraient bien de réfléchir et de tourner leur langue sept fois dans leur bouche avant de dire des choses, parce qu’il y a des choses qui heurtent et qui blessent. Et des gens qui voient tout blanc et tout noir, et qui tirent sur quelqu’un qui est un peu dans la difficulté en tirant des conclusions hâtives et des jugements précipités sans savoir la moitié de la vérité. C’est un peu le monde moderne, où tu es au sommet de l’Olympe puis cloué au pilori sans vraiment comprendre pourquoi. Il faut l’accepter et je l’accepte, mais certains dictons me reviennent accablement à l’esprit. Alors les compliments qui ont été faits à l’équipe après le test de Sepang me font énormément plaisir, pour toutes les personnes qui s’impliquent à fond dans leur travail en donnant le maximum pour les pilotes.

« Il y a aussi d’autres choses qui me font beaucoup plaisir, comme Pol Espargaró qui est venu nous voir fin janvier à Bormes-les-Mimosas avec Paul Trevathan. Ça ne s’est jamais fait avant la saison, jamais ! C’était juste pour mieux se connaître, passer deux jours ensemble à se parler, et j’ai trouvé ça super. »

 

 

« Après, on verra ce qu’on fera sur la piste, mais notre métier, c’est aussi vivre ensemble, travailler tous ensemble et donner le maximum qu’on peut, en sachant que le pilote fait le maximum qu’il peut en étant assuré que son équipe technique croit en lui, le supporte et lui offre le meilleur matériel possible pour qu’il fasse du mieux qu’il puisse faire. Et on verra bien ce que ça donnera. Il ne faut pas non plus oublier qu’avec les patrons du groupe Pierer Mobility, on a quand même des gens qui sont des entrepreneurs qui investissent en pourcentage de leur chiffre d’affaires des sommes très importantes dans la course, parce que justement ils aiment la course. Et ça, et même si peut-être leur machine ne sera pas la meilleure, ça doit être reconnu et apprécié dans ce que l’on fait, parce qu’ils ne sont pas obligés et pourraient aussi faire des opérations marketing différentes comme ce que vont faire Suzuki ou d’autres marques. Ils nous donnent ainsi la possibilité de vivre notre passion tout en étant de vrais acteurs, et pas simplement des monteurs de pièces. Donc quand j’entends comment on parle parfois d’eux, ça me fait de la peine, même si dans les divorces il n’y a jamais un côté noir et un côté blanc. Dans notre monde, les pilotes sont des héros, et ça je suis d’accord, mais ils ont le droit de tout dire et leur répondre serait mal perçu. C’est comme ça. »

« A l’inverse, je suis content parce qu’aujourd’hui je sens quelque chose que j’aime. En revenant de Sepang, j’ai réuni toute l’équipe pour leur dire ce que m’avait dit Pit Beirer et ce que m’avaient dit Pol et Paul qui avaient fait de très grands compliments à la suite des essais en Malaisie. J’aime mon équipe et eux aussi ont lu ce que telle ou telle personne avait déclaré dans la presse ici ou là. Donc là, ça leur a fait vraiment plaisir et j’aime cette ambiance où quand tu rentres dans le box du monde sourit, quand le pilote qui arrive le matin tape dans la main de tout le monde et sort une ou deux conneries, et que le soir il mange avec son équipe en disant en rigolant « demain, on va tous les niquer ! ». Pol a déjà proposé de rester ensemble pendant les weekends des Grands Prix outre-mer, et tout ça c’est cool. Si le Continental Circus n’existe plus vraiment, garder une certaine forme d’esprit de cette époque là, c’est génial. Le fait que Nicolas Goyon commence à rentrer dans les chaussures de team manager, c’est bien parce que ça m’aide à prendre du recul et à être plus disponible pour les relations humaines avec les pilotes et l’équipe. J’ai un bon feeling, ça me plaît, tout comme le fait qu’on soit GASGAS Factory Racing et qu’on ait quelqu’un de l’usine dans le box qui voit comment ça se passe chez nous, et qui crédibilise auprès de l’usine la qualité et la somme du travail qui est fait chez Tech3. Les gars le méritent largement. »

 

Hervé Poncharal, on vous sent particulièrement passionné et impatient que la saison commence : Jusqu’à présent, c’est votre combientième saison complète en tant que team manager ?
« Putain ! C’est une bonne question ! Je ne sais pas. Je suis dans la compétition depuis 1979, au début en tant que pote de pilotes, en particulier avec Marc Fontan. J’ai commencé à travailler chez Honda France en 1983 mais j’avais déjà suivi pas mal de Grands Prix avec Marc Fontan avant. En 1984, les deux disciplines majeures restaient l’endurance et le Dakar chez Honda, mais j’ai suivi Raymond Roche sur pas mal d’épreuves quand il avait la trois cylindres. HRC a sorti la RS 250cc Compé-Client en 1985 et j’ai fait la quasi-totalité de la saison, mais je suis devenu responsable des Grands Prix seulement en 1986 chez Honda France, où on a eu une NSR suite au titre de champion du monde de Freddie Spencer en 1985. Il n’y avait alors qu’une seule moto officielle quand il a fait le double titre en 1985, mais l’année d’après Honda a décidé de faire des motos d’usine qu’ils louaient à des teams privés. C’était les premiers à faire ça, et Honda France en a loué une et a créé le département Grand Prix dont je suis devenu le responsable. Donc ma première saison complète en tant que Team Manager, c’était en 1986, et depuis je n’ai jamais arrêté, ni manqué un seul Grand Prix ! Cela fait donc 37 saisons complètes, sans compter le reste. Putain, ça fait quand même beaucoup ! (rires) »

Et cela fera partie des éléments à savoir pour calculer la réponse à notre prochain Jeu-Concours… Merci !

 

 

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