A l’heure où Tech3 baisse pavillon français, la reprise du team Fantic Racing Moto2 par Éric de Seynes permet aux passionnés hexagonaux de continuer à exprimer leur soutien à une équipe de haut niveau en Championnat du monde MotoGP, mais, on vous l’a dit, le projet ne s’arrête pas là et c’est loin d’être tout…
Le communiqué de presse est très factuel sur la reprise de ce team jusque là italien, mais le propos global d’Éric de Seynes, extrêmement ambitieux mais fascinant, s’étend bien au-delà d’un simple rachat d’équipe, comme il nous l’a gentiment confié en avant-première le jour de Noël (un beau cadeau !), et comme vous pouvez le découvrir maintenant en exclusivité…
Éric de Seynes : « La reprise du team, c’est conclu depuis quelques jours. Mais je suis dans l’attente de la validation finale par la DORNA, en accord avec l’IRTA, de leur acceptation du transfert de propriété du team. C’est pour cela, que malgré certaines rumeurs, je préfère rester discret sur l’opération, à ce stade. Après, j’aurais toute liberté de m’exprimer.
La manière dont ça s’est fait mérite une explication plus large, puisqu’en fait, l’objectif de l’opération n’est pas juste pour moi, de devenir propriétaire d’un team Moto2. J’intègre cette acquisition dans une stratégie beaucoup plus globale qui intègre le fait de contrôler un team de premier plan, à ce niveau de la compétition moto, pour soutenir un projet qui regroupe des objectifs culturels et d’image, éducatifs et sportifs au bénéfice de la moto en France.. La portée du projet explique d’ailleurs le nom du team : REDS qui veut dire Racing for Education, Development and Sport.
En fait, au cours de ces derniers mois, il y a eu le concours de circonstances de deux choses :
La première c’est que Fantic est actuellement en difficulté financière, après avoir été lourdement impacté par la crise du vélo électrique, qui a suivi l’explosion des ventes pendant le Covid. Ils doivent se libérer de leurs centres de coûts, et ils recherchaient une solution pour déléguer leur représentation en Moto2 sur un team indépendant.
La deuxième, repose sur le fait d’avoir trouvé un lieu unique et incroyable en France, qui va me permettre de réunir dans un même lieu les activités d’un musée, d’une école de formation technique, et d’une équipe sportive dédiés à l’excellence de la compétition de haut niveau.
En fait, j’ai une profonde motivation pour déployer une stratégie globale qui me permette de redonner à la moto, ce que la moto m’a permis de vivre tout au long de mon existence. Ça veut dire qu’aujourd’hui j’ai un projet qui est peut-être un peu trop vaste, mais à un moment il faut bien partir d’une ambition. Si tu veux arriver à un résultat qui touche, il faut partir d’une grande ambition. Ainsi, si tu ne l’as réalise qu’ à 80% cela reste tout de même impactant.
Donc, si on poursuit sur les deux ingrédients de départ, on a un Team professionnel de haut niveau (Champion du monde Moto 2 2025) et un lieu.
Le projet est de développer un lieu unique en France, situé à environ 140 km de Paris et 100 km du Mans, qui sera dédié à la moto de compétition avec un musée vivant de la moto de compétition, un centre de documentation, un centre de congrès, une école de formation d’excellence pour des mécaniciens et des ingénieurs qui se destinent à travailler dans l’univers de la compétition internationale, et un, ou des teams partenaires qui viendront s’inscrire dans une filière de soutien de jeunes pilotes français et étrangers.
Pour le musée, l’idée est de m’appuyer sur les motos que j’ai déjà réunies, mais aussi sur celles d’autres collectionneurs. Par contre l’esprit du musée est que toutes les motos soient opérationnelles, en état de fonctionnement et qu’elles permettent de retracer l’histoire de la compétition moto sous toutes ses formes, depuis le début du XXème siècle jusqu’à aujourd’hui. Le contenu sera très complet mais aussi très pédagogique. Il n’est pas question de présenter des centaines de motos en alignement et de façon simplement chronologique. J’ai pour cela beaucoup d’idées et il y a aura de nombreux « tableaux » ou « thèmes » qui mettront les technologies (châssis, freins, pneumatiques, suspensions, carburant, sécurité, etc..), les concepteurs (Chevallier, Offenstadt, Elf, Fior, Nougier, JBB, etc..), les constructeurs, les champions, les hommes, les lieux cultes , etc… en valeur. Le parcours du visiteur sera interactif avec de nombreuses images d’archives et films, mais aussi deux démonstrations en « live » les week-ends, sur des pistes, asphalte et TT, de présentation exclusivement dédiée pour cela.
Donc ce que je voudrais, c’est qu’à partir de ce lieu de culture qui soit totalement accessible, on puisse y associer la construction de l’avenir, l’émergence des talents de demain. C’est la raison pour laquelle, j’ai en projet d’associer à ce lieu une école de formation pour des ingénieurs et des mécaniciens qui se destinent à la compétition de haut niveau. Les étudiants ( au nombre d’une douzaine par promotion) auraient un cursus de deux ans. La première année serait consacrée à la maintenance des motos de compétition du musée qui doivent toutes rester en état de fonctionnement réel. Sachant que cela peut nécessiter la refabrication de pièces, et que la période de production des machines va de 1923 jusqu’à 2025, puisque j’ai des MotoGP, des Moto2, des Moto3, des Superbike, des Supersport , des motos d’endurance, des MX et motos de rallyes récentes. Donc, les étudiants pourront intervenir sur le dernier cri de la technologie, mais aussi comprendre d’où cette technologie provient, en ayant pu intervenir sur les plus belles victorieuses par décennies. C’est bien l’idée « cœur » : il faut qu’à l’issue de cette première année, les étudiants aient pu nourrir une solide compréhension sur l’évolution de la technologie depuis un siècle. Ainsi, ils auront construit une bonne compréhension de comment ça fonctionne, comment ça a été fait avant eux, et surtout comment d’autres ont essayé d’améliorer les technologies à leur époque.
Après cette première année, riche en apprentissage, la deuxième année sera plus tournée sur l’exploitation. Chacun sera assigné à un team de course engagé en championnat du monde, et repartira son temps entre cours théoriques et pratiques et mise en application sur le terrain. L’objectif étant que tous les étudiants soient placés dans un équipe professionnelle à l’issue des deux années.
Enfin, sur le plan sportif, je voudrais contribuer à la mise en œuvre d’une filière sérieuse de pilotes, qui puisse permettre à de jeunes pilotes français , mais aussi d’autres nations de pouvoir accéder au plus haut niveau de notre sport. Depuis près de vingt ans, j’ai pu voir où étaient un certain nombre d’obstacles et de freins qui venaient entraver la progression des pilotes. En vrac, on a une base de la pyramide trop éclatée et le nombre de pilotes par catégorie est parfois trop limité pour faire une sélection suffisante. Ensuite, le financement de notre sport est difficile et il y a une sélection qui s’opère parfois plus en fonction des moyens financiers des parents que du talent de l’enfant, et ceux-ci font parfois des sacrifices énormes pour que leur enfant accède à une catégorie internationale supérieure alors qu’il n’aura jamais le niveau de passer la marche d’après… Aujourd’hui, il manque des ponts entre les différents championnats mondiaux alors que la participation de jeunes à certains championnats moins coûteux pourrait permettre d’augmenter le nombre pilotes considérés dans la filière. On aurait beaucoup à gagner en considérant les meilleurs aiguillages possibles entre le Motosport et le futur Moto3, le Motosport et le Supersport, le Supersport et le Moto2, le Moto3 et le Moto2… Il me semble qu’avec un vrai guidon, des sélections sérieuses basées sur le talent et les capacités des jeunes, et un encadrement de grande proximité pour essayer de les faire travailler en profondeur, on pourrait construire un avenir plus solide pour les futures générations de pilotes. Ils doivent tous comprendre la marche si haute qu’il y a entre les championnats nationaux et les championnats du monde, où actuellement une grande partie de chaque génération se fracasse par manque de préparation, par manque d’exigence, par manque de travail souvent, par manque de roulage, et en n’appréhendant pas correctement les exigences du niveau sur lequel ils cherchent à se positionner.
Évidemment, je vais essayer de rassembler autour de ce projet qui doit devenir une dynamique collective vertueuse et ambitieuse pour notre sport. Chaque acteur de bonne volonté, prêt à investir dans cette cause devra pouvoir y trouver sa place. Mais pour le moment, en ayant acquis le Team REDS Fantic Racing, Champion du monde en titre, cela permet d’avoir un team de destination finale qui permet de crédibiliser et légitimer toute la filière. Il nous reste à travailler et à fédérer… »
Ouch !!!
Après cette déclaration qui résonne comme une
déflagration dans le panorama de la compétition de vitesse en
France, le lecteur doit déjà être un peu abasourdi devant l’ampleur
de la tâche à accomplir par Éric de Seynes.
Mais l’atypique homme d’entreprise aux talents aussi fournis que
son carnet d’adresse n’a pas encore révélé tous les détails de son
projet extrêmement ambitieux, et nous avons de bonnes raisons de
croire que cela sera le cas la semaine prochaine.
Si tout se confirme, vous verrez alors que l’on n’aura plus
grand-chose à envier aux Italiens ou aux Espagnols…
Restez à l’écoute ici de cette initiative fascinante !

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