Ce week-end, le MotoGP remet le couvert à Austin, Texas. Après une représentation polémique au Brésil – c’est le moins que l’on puisse dire, notre championnat favori va faire escale au pays de l’Oncle Sam sur le COTA, comme c’est le cas depuis 2013. Et si je sais que certains l’apprécient, je commence à croire qu’il faut abandonner ce tracé. Explications.
Aucun spectacle
Introduit au calendrier 2013 pour la première fois, le Circuit Of The Americas incarnait une promesse : celle de rendre grandiose le Grand Prix des États-Unis. Avant cela, nous avions d’autres circuits plus petits, plus modestes : le formidable Laguna Seca, mais aussi l’horrible infield d’Indianapolis. Avec le COTA est arrivé une pitlane immense, des infrastructures colossales, une ligne droite interminable, et un circuit, il faut le dire, assez impressionnant sur le papier, aussi bien taillé pour les Formule 1 que pour les MotoGP. Après tout, « au Texas, tout est plus grand ».

Ce Turn 1, la signature du COTA. Photo : Michelin Motorsport
Ça, c’était la théorie. Mais dans les faits, la réalité est bien loin de ce doux rêve. Bon, le tracé est ce qu’il est. Certains pilotes l’apprécient, d’autres ne l’aiment pas du tout. Personnellement, j’ai du mal avec cette énième « Tilkedrome ». Il est bien trop large à mon goût, et le cadre est loin d’être magnifique. Plus objectivement, par contre, je ne vois pas comment on peut y apprécier l’action en piste.
À l’exception d’une édition, tous les Grands Prix disputés sur le COTA ont été ennuyeux au possible. Certes, vous me direz peut-être que la domination de Marc Marquez n’a pas aidé, mais de deux choses l’une. Premièrement, Marquez a eu pas mal d’absences de 2020 à 2023, et, sans qu’il ne s’y impose, les courses étaient toujours aussi soporifiques. Vous rappelez-vous de la victoire de Bastianini en 2022 ? De celle d’Alex Rins en 2023, si ce n’est pour le fait, justement, que Rins s’est imposé ? Moi non plus. Et puis, au Sachsenring, Marquez est encore plus dominant historiquement ; ça n’empêche pas le fait que le circuit offre souvent de l’action lorsqu’il n’est pas là. On a eu l’occasion d’assister à de grandes joutes sur le tourniquet allemand, dans les années 2000 comme dans les années 2020. Deuxièmement, les batailles pour la deuxième place sont tout aussi inexistantes, ou presque, à Austin.
Au total, il y a eu 13 Grands Prix des Amériques disputés depuis 2013, pour, d’après moi, un seul bon week-end, à savoir cette formidable empoignade en 2024. À l’heure où Liberty Media et le tout nouveau MotoGP Sports Entertainment Group désirent faire passer le MotoGP dans une autre dimension, ce ratio est bien trop faible, pour ne pas dire ridicule. Seul Portimao offre des événements plus mornes, mais il est au calendrier depuis 2020 seulement et au moins, le cadre est plus sympathique.
Il y a mieux à faire
Si le COTA était situé en Hongrie, je serais sans doute plus clément avec lui. Mais dans un pays de sports mécaniques comme les États-Unis, n’y a-t-il pas mieux à faire ? Il ne faut pas oublier que les USA occupent une place majeure dans l’histoire des Grands Prix motos. Ils ont fourni certains des meilleurs pilotes de tous les temps, de Kenny Roberts à Wayne Rainey en passant par Eddie Lawson. Avec un tel pedigree et une telle histoire – aussi incarnée par le Daytona 200, on voudrait nous faire croire qu’il n’y a aucune meilleure option dans tout le pays ?
J’ai une liste d’une dizaine de tracés que j’estime supérieurs en tête. Parmi ceux-ci, pourquoi ne pas évoquer Road America, Road Atlanta, ou encore, Laguna Seca ! Bien sûr, tous mériteraient des travaux pour les adapter aux MotoGP modernes. Mais on parle bien des États-Unis, l’une des principales puissances économiques mondiales ; si l’on a réussi à faire du Balaton Park ou de Goiânia une manche au calendrier, alors, remodeler Road America devrait être une formalité.

Chaque fois, des écarts immenses, des courses bien trop longues… Photo : Michelin Motorsport
Le MotoGP doit viser plus haut
De plus, j’ai remarqué que le COTA ne suscitait aucun engouement de la part des Texans. Certes, le Texas est un état majeur, l’un des moteurs de l’économie nationale. Et, oui, il y a beaucoup de monde dans les grandes villes que sont Austin, San Antonio, Dallas, ou Houston. Alors que ce même Grand Prix fait salle comble en Formule 1, le MotoGP n’attire pas foule : un peu plus de 120 000 personnes ont franchi les portes du COTA à l’occasion du GP moto 2025, soit à peine plus qu’à Aragon. Je veux bien que l’Espagne soit une terre de motos, mais, en comparaison, les États-Unis devraient tout de même fédérer bien plus qu’un énième tracé espagnol situé en plein désert !
Depuis l’acquisition de la Formule 1 par Liberty Media, le championnat de monoplace a une forte exposition américaine. Désormais, le pays de l’Oncle Sam ne compte pas moins de trois Grands Prix sur son territoire : un à Miami, un à Las Vegas, et un à Austin. D’un point de vue démographique, c’est bien l’énorme marché américain qui a envoyé la F1 sur une autre planète suite au documentaire Drive to Survive. Si le MotoGP Sports Entertainment Group veut lui aussi faire évoluer la discipline, je suis convaincu qu’il faudra se séparer de ce circuit qui ne représente pas « l’image MotoGP », à savoir, des batailles en piste, des dépassements fous, des accrochages, etc.
Je n’ai même pas évoqué l’état de l’asphalte, qui avait failli conduire à une grève des pilotes en 2021 ; je crois que vous avez compris.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez du COTA, après toutes ces années. Faut-il le conserver au calendrier ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

En 2024, c’était vraiment dingue, avec la victoire de Maverick Vinales sur Aprilia le dimanche. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport



























