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échec

Il est assez rare que le MotoGP m’énerve. Au cours de ma vie, il m’a plutôt bien rendu ma passion, je n’ai pas à me plaindre. Mais je ne peux pas me taire au vu du plus grand échec de ces dernières années. Le cas Manuel Gonzalez me met en rogne, et je dois en faire un article.

 

Snobé

 

Pour ceux qui ne suivent pas les catégories inférieures, Manuel Gonzalez est un pilote Moto2 pour l’équipe Intact GP au parcours particulier. Après seulement une saison de MotoGP Red Bull Rookies Cup, il a décidé d’emprunter la voie du Supersport (300cc puis 600cc au niveau mondial), pour ensuite revenir en Moto2 début 2021. Là, il a pas mal galéré pendant un an, ce qui reste très normal, puis est monté en puissance jusqu’à jouer le titre mondial l’année dernière, après avoir fini troisième en 2024. Actuellement, il pointe en première position du général, et a d’ailleurs remporté le Grand Prix de Catalogne dans sa classe.

 

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Gonzalez reste un pilote magnifique. Pourquoi ne génère-t-il aucun engouement ? Photo : Intact GP

 

Et pourtant, il n’intéresse aucune équipe MotoGP. Comment un pilote sept fois vainqueur en Moto2, vice-champion du monde, et actuellement en tête en pleine période de mercato, n’est dans les petits papiers d’aucun team en catégorie reine ? Eh bien, je n’ai pas la réponse, et croyez bien que ça me désole.

La situation est particulièrement grave, car cela fait maintenant deux ans et quelques mois qu’il performe à un niveau très respectable. Mais aucune opportunité ne s’est présentée à lui. D’autres ont eu plus de chance à ce niveau-là ; dans sa promotion, en 2024, le champion du monde Ai Ogura est monté, tout comme Somkiat Chantra, 12e du général. Bon, passe encore ; Gonzalez n’était « que » troisième du classement avec une victoire, et Honda avait besoin d’un Asiatique, en la personne de Chantra, pour remplacer Takaaki Nakagami. Et puis, il y avait Fermin Aldeguer, cinquième, directement embauché par Ducati sur la base de quelques belles courses fin 2023. Ça pique.

En 2025, quelles excuses avaient les équipes MotoGP ? Diogo Moreira, pilote brésilien prometteur, a été signé par Honda pour remplacer Chantra, justement, quand il était derrière Manuel Gonzalez au classement ! Moreira a fini champion, bon, d’accord, mais c’était suspect. D’ailleurs, Gonzalez et son manager n’avaient pas dissimulé leur amertume quant à ce snobisme du MotoGP.

En 2026, alors qu’il revient encore plus fort qu’en 2025, il n’y a plus de raison. Et pourtant, alors qu’il est premier, qu’il gagne, qu’il est régulier, Pramac Yamaha serait sur le point d’officialiser Izan Guevara, deuxième du championnat ! C’est la goutte d’eau. En Catalogne, il était révélé que Manuel Gonzalez irait sûrement rejoindre les rangs de Honda… mais en Superbike, abandonnant – au vu des exemples passés – son rêve de MotoGP.

 

La question qui tue, ou l’échec du MotoGP

 

Une seule question me vient. Qu’est-ce que Manuel Gonzalez pourrait faire de plus pour accéder au MotoGP ? Rien. Le truc, c’est que je ne suis pas forcément fan de Gonzalez, et je l’ai même trouvé assez fébrile fin 2025, lorsqu’il a perdu le titre à Sepang. Mais il a fait le job, l’effort nécessaire pour rejoindre le MotoGP a été réalisé. Comme avec Aron Canet, qui n’a jamais été concerné par la rumeur, je vois ça comme une injustice.

Je sais pertinemment que la méritocratie n’est qu’une utopie, qu’il ne faut pas seulement être bon sur la piste pour faire partie des 22 heureux élus. Mais à chaque fois que cela se produit, je ne peux m’empêcher de m’énerver contre un système qui, de fait, ne valorise pas seulement l’excellence, mais aussi d’autres paramètres extrinsèques, comme la nationalité – désolé, mais c’est une vérité. Oui, je crois que le passeport espagnol de Gonzalez joue contre lui, je n’ai pas peur des mots. S’il avait été porteur d’un immense marché comme Miller avec l’Australie, Moreira avec le Brésil ou Chantra avec la Thaïlande, il aurait forcément intéressé au moins une ou deux équipes.

 

Les académies nuisent au sport

 

Mais, me direz-vous, Izan Guevara, pressenti chez Pramac Yamaha, n’est-il pas espagnol lui aussi ? C’est juste, mais ce n’est pas tout. Depuis plusieurs années, des sortes « d’académies » naissent en catégories inférieures, et c’est sans doute, dans le cas de KTM, le meilleur moyen d’accéder au MotoGP. Du temps où il n’y avait que KTM qui usait beaucoup de ce principe, ça allait. Un pilote de la firme de Mattighofen un peu moins bien classé ou non titré pouvait conserver des chances d’accéder à la catégorie supérieure (comme Raul Fernandez). Mais Honda a fait pareil avec le Team Asia, qui, finalement, ne porte pas vraiment ses fruits. Puis, plus récemment, c’est Yamaha qui les imite, avec l’association avec Pramac en Moto2. Guevara, justement, est un pilote Pramac en catégorie intermédiaire, et cela facilitera grandement son accession si les rumeurs se confirment. Des équipes privées comme Gresini ou VR46 avaient un temps l’occasion de faire de même, et l’implication de CFMoto auprès d’Aspar tend en ce sens également, en attendant l’arrivée d’un constructeur chinois en MotoGP. Mais pour l’instant, ça reste heureusement maigre comparé aux championnats de monoplaces.

 

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David Alonso va sûrement monter. Oui, c’est un talent générationnel. Daniel Holgado aussi va monter. Mais ces pilotes, en l’état, sont moins bons que Gonzalez en Moto2 ! Photo : Intact GP

 

C’est un problème, car, bientôt, les talents seront intégrés aux académies en Moto3, puis dans les formules de promotion, et ainsi de suite. Les coûts de formation vont exploser, et ceux qui ne peuvent pas suivre financièrement vont se retrouver sur le carreau (parce qu’il faudra passer par certaines équipes pour arriver un jour au top, donc autant rendre les places payantes), même s’ils sont meilleurs en Moto2, qui est tout de même la dernière étape avant d’accéder au MotoGP. Ce schéma vous dit quelque chose ? Bienvenue en Formule 2 !

 

Conclusion

 

On ne peut pas obliger une équipe à signer un homme, nous serons d’accord là-dessus. Mais dans ce contexte précis, je peux citer au moins cinq pilotes qui ont des pistes pour 2026 et qui ont grandement déçu en MotoGP, donc, qui méritent moins qu’un Gonzalez qui, lui, a tout bien fait. Voir un champion Moto2 passer en Superbike, que c’est triste.

Étiez-vous au courant de ce non-sens ? Dites-le-moi en commentaires !

 

On m’avait sorti l’argument de l’âge pour Aron Canet, mais que Gonzalez n’a que 23 ans ! Photo : Intact GP

 

Photo de couverture : Intact GP

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