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héros

Nous avons pour habitude de qualifier les pilotes MotoGP de héros. Mais pourquoi ? Personnellement, si je leur attribue ce terme, ce n’est pas parce qu’ils réalisent des prouesses au freinage, qu’ils prennent des angles impossibles, ou qu’ils font d’incroyables remontées au fil des courses. Pedro Acosta, à Barcelone, incarnait une parfaite définition.

 

Un héros

 

Si l’on ouvre le dictionnaire à la page du mot « héros », voici ce qu’on y trouve. « Celui qui se distingue par ses exploits ou un courage extraordinaire ». Cela vaut initialement pour le domaine des armes, mais on peut raisonnablement l’appliquer à d’autres.

 

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Encore une fois, il est un peu court. Mais qu’on donne une Aprilia à ce mec… Photo : Michelin Motorsport

 

Sur la piste, Acosta n’a pas vraiment fait d’exploit en Catalogne. En revanche, oui, je trouve qu’il s’est démarqué par son courage extraordinaire, auquel j’ajouterais volontiers sa force de caractère, son calme, sa discipline.

L’officiel KTM s’élançait depuis la pole position pour la deuxième fois de sa carrière au plus haut niveau seulement. Forcément, avec la pole vient une pression, surtout pour un pilote qui n’y est pas nécessairement habitué. On sait qu’en Catalogne, être dans les premières lignes est assez intéressant, afin d’éviter, notamment, les accrochages dans l’entonnoir que représente le premier virage. Il a plutôt bien négocié son entame, et s’est retrouvé en tête, non sans être menacé par un très rapide Alex Marquez.

Puis, en pleine ligne droite, sa RC16 coupa. Immédiatement, il leva le bras, pour signaler une panne sur sa moto. C’était déjà trop tard. Alex Marquez, juste derrière, eut le bon réflexe et n’embrocha pas totalement Acosta, mais il le percuta assez violemment tout de même, avant de s’exploser sur la droite de la piste, là où le mur est très proche.

Acosta a tout vu. Il a vu la Ducati Desmosedici GP26 le dépasser, puis se désintégrer, Alex Marquez heurter le sol, et y rester inanimé. Puis, plus tard, Di Giannantonio tomba à son tour sur les débris de la moto exploitée par le Gresini Racing. Ma question est la suivante : comment un homme peut-il rester autant de marbre après un tel accident causé par sa propre moto ? Acosta aurait légitimement pu sentir une once de culpabilité, car, après tout, c’est la coupure de sa monture qui a provoqué la chute d’Alex Marquez. Je vois déjà des commentaires me dire qu’ils ont l’habitude, que c’est normal pour eux. Ce n’est juste pas vrai, et j’ai un exemple qui le prouve : Scott Redding n’y était pour rien dans l’accident mortel de Shoya Tomizawa au Grand Prix de Saint-Marin Moto2 2010, et pourtant, c’est une blessure mentale qui ne l’a jamais quitté. Il est même allé jusqu’à faire un tatouage pour se remémorer ce drame, et l’importance qu’il a eu dans sa vie.

Là, nous étions dans une situation similaire trois secondes après l’impact ; Acosta n’avait aucune responsabilité dans l’accident, mais il aurait clairement pu se sentir coupable, au plus bas, désarçonné. Et pourtant. De retour aux stands, je m’empressais d’analyser son langage corporel, pour savoir si, oui ou non, il allait reprendre le départ. Ce que j’ai vu m’a choqué.

 

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Il a trouvé la force de dire que le dépassement raté d’Ai Ogura était « une chose qui peut arriver ». Mais de quel philosophe stoïcien s’inspire-t-il ? Photo : Michelin Motorsport

 

Acosta n’a absolument rien laissé transparaître. Stoïque, il affichait un calme olympien une fois le casque tombé, alors qu’il n’en pensait pas moins, en témoignait sa déclaration d’après course. Le niveau de détachement dont font preuve les pilotes MotoGP est justement héroïque, pour reprendre le thème de cet article, et c’est exactement ce qui me fait les respecter autant. Acosta n’a que 21 ans, rendez-vous compte, mais il est absolument sûr de lui, ne laisse pas, même dans les moments les plus critiques et où l’adrénaline est la plus vicieuse, la chaleur de l’instant l’étouffer. C’est un héros.

J’ai immédiatement pensé à ce fameux Grand Prix d’Autriche 2020, lorsque Johann Zarco et Franco Morbidelli s’étaient percutés à très haute vitesse. Valentino Rossi et Maverick Vinales étaient passés à deux doigts du drame. Mais je n’oublierai jamais la réaction de « Top Gun ». Il s’est retourné après le virage n°3, a constaté l’ampleur des dégâts, les débris, la scène d’horreur, puis, sans sourciller, a remis la tête dans la bulle, et a ouvert en grand en attendant le prochain virage. Voilà un autre comportement héroïque au premier sens du terme.

 

Un troisième départ qui l’honore

 

Dans le cas d’Acosta, ça ne s’arrête pas là, puisqu’il fallait encore reprendre deux départs après la frayeur. À chaque fois, il était bien placé, et, comme si les dieux du MotoGP le haïssaient pour la journée, il dut disputer l’ultime course avec un capital pneumatique complètement épuisé dans les derniers tours. Il défendit sa place comme un lion, mais, face à des gommes plus fraîches, il n’y avait rien à faire. Il tenait la quatrième place jusqu’au tout dernier virage, où Ai Ogura sonna le glas de son dimanche à oublier.

Dans le bac, Acosta avait tout perdu. Malgré tout, il eut la force d’aller entendre ce qu’avait à dire l’inexcusable japonais après l’épreuve. Il n’a que 21 ans, mais une telle force de caractère est inspirante à tout âge.

Je tire donc mon chapeau à ces héros, capables de l’incroyable, amis du danger.

Qu’avez-vous pensé du comportement de Pedro Acosta dimanche dernier ? Vous êtes-vous imaginés à sa place, ne serait-ce qu’un instant ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Même s’il ne gagne pas (j’ai du mal à compter sa victoire en Sprint en Thaïlande), j’ai vraiment l’impression qu’il est un talent générationnel. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : KTM

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