L’accident spectaculaire de Johann Zarco à Barcelone n’aura pas seulement marqué les esprits. Il pourrait aussi marquer un tournant dans l’histoire récente du MotoGP. Depuis la collision qui a transformé le premier virage du Grand Prix de Catalogne en véritable chaos, les responsables du championnat travaillent dans l’urgence pour tenter de réduire les risques lors des départs, considérés comme l’un des moments les plus dangereux d’un week-end de course.
Après plusieurs réunions entre MotoGP Sports Entertainment Group (MotoGP SEG), les constructeurs de la MSMA et les équipes (IRTA), un premier plan d’action vient d’être validé. Et il pourrait modifier sensiblement le visage des départs dès cet été.
Première mesure : augmenter la distance entre les rangées de la grille. À partir du Grand Prix d’Allemagne au Sachsenring, l’écart entre chaque ligne passera de neuf à douze mètres. Trois mètres supplémentaires. Cela peut sembler insignifiant sur le papier. Mais lorsque vingt-deux prototypes de plus de 300 chevaux plongent ensemble vers le premier virage, quelques mètres peuvent faire toute la différence.
L’objectif est simple : réduire l’effet d’accordéon qui se produit régulièrement dans les premiers hectomètres et offrir davantage de marge de manœuvre aux pilotes. Une décision directement inspirée des analyses réalisées après l’accident de Barcelone.
La deuxième mesure pourrait être encore plus significative. À partir de Silverstone, premier rendez-vous après la pause estivale, l’utilisation des systèmes de réglage de l’assiette devrait être interdite… au départ uniquement.
Les fameux « ride height devices », devenus omniprésents ces dernières années, permettent aux motos de s’abaisser fortement lors des accélérations afin d’améliorer la motricité et de limiter les wheelings. Résultat : les départs sont devenus extrêmement efficaces. Peut-être même trop. Car lorsque toutes les motos accélèrent désormais comme des dragsters, les écarts se resserrent et les risques augmentent mécaniquement à l’approche du premier freinage.
L’idée est donc de supprimer temporairement cet avantage technologique lors du départ tout en conservant l’utilisation du système pendant le reste du week-end.

Le MotoGP prévoit un premier test prévu à Brno
Avant toute validation définitive, selon Motorsport, les équipes effectueront un essai grandeur nature lors du prochain Grand Prix de République tchèque à Brno. Si les résultats sont jugés satisfaisants, la proposition sera transmise à la Commission des Grands Prix.
Une simple formalité selon plusieurs sources du paddock, puisqu’un consensus semble désormais exister entre les principaux acteurs du championnat.
Cette décision possède également une dimension symbolique. Les systèmes d’abaissement sont déjà condamnés à disparaître avec le règlement technique 2027. L’accident de Barcelone n’a fait qu’accélérer le calendrier.
Carlos Ezpeleta l’avait d’ailleurs reconnu dès le Mugello :
« La proposition d’interdire les systèmes de réglage de la hauteur de la moto s’appliquera à tous les circuits. Il appartient désormais aux constructeurs de l’examiner. C’est une discussion qui a une date d’expiration, car ces systèmes disparaîtront de toute façon en 2027. »
Autrement dit, le MotoGP ne remet plus réellement en question leur avenir. Il s’interroge simplement sur la vitesse à laquelle il faut les faire disparaître.
Ce qui est frappant dans cette affaire, c’est qu’il aura fallu un accident spectaculaire impliquant Johann Zarco, Pecco Bagnaia et Luca Marini pour accélérer des discussions qui traînaient depuis plusieurs saisons. Car les critiques envers les dispositifs d’abaissement et l’agressivité croissante des départs existaient déjà. Mais comme souvent en sport mécanique, il faut parfois un choc pour provoquer un changement.
Barcelone a joué ce rôle. Et le MotoGP semble désormais décidé à agir rapidement. Reste à savoir si ces mesures suffiront réellement à éviter qu’un scénario similaire ne se reproduise lors des prochains départs en Grand Prix.































