Deuxième annonce, deuxième article ! Hier, Ducati a annoncé se séparer de son double champion du monde Pecco Bagnaia, qui rejoindra Aprilia en MotoGP à partir de l’année prochaine. C’était attendu, bien sûr, mais cela soulève des questions assez intéressantes.
Une fin de saison décisive pour la relation entre Bagnaia et Ducati
Les deux parties entretiennent une relation un peu étrange. Débarqué chez Pramac Racing en 2019, Pecco Bagnaia a été signé en tant que pilote officiel en 2021, succédant, en tête de gondole, à Andrea Dovizioso. Depuis, il a fait les beaux jours de la firme de Borgo Panigale, certes, avec ces deux titres mondiaux en 2022 puis 2023… mais a aussi connu des heures moins heureuses.

Une image qui représente bien les deux dernières années. Photo : Michelin Motorsport
En 2021, ses nombreuses erreurs lui ont empêché de rivaliser avec Fabio Quartararo, puis, en 2024, même chose, cette fois face au privé Ducati Jorge Martin qui était pourtant largement à sa portée. S’en est suivi une saison 2025 cataclysmique aux côtés de Marc Marquez, qui, rapidement, est devenu la coqueluche des décisionnaires chez Ducati.
C’est quelque chose que j’ai remarqué dès le début de saison 2025, et qui a sans doute eu son importance dans la décision mutuelle. Dès que Marquez a commencé à gagner, j’ai vu Davide Tardozzi, et dans une moindre mesure Gigi Dall’Igna, devenir totalement amoureux du pilote espagnol. Leur langage corporel était particulièrement révélateur : comparez leurs réactions après certaines victoires du n°93 l’an dernier aux rares de Bagnaia, et vous constaterez immédiatement la différence. J’ai comme l’impression que Pecco, premier champion du monde Ducati depuis Casey Stoner et pilote le plus prolifique pour les rouges, n’a jamais vraiment été considéré comme la première option depuis qu’il partage le box avec Marc Marquez.
Le torchon a définitivement brûlé en 2025, année de la discorde d’après Bagnaia lui-même. Des sources disent que Ducati a tout tenté pour faire revenir Pecco à son meilleur niveau – car je maintiens que le problème était avant tout technique –, mais d’autres affirment que des décisions peu compréhensibles ont été prises à son égard. D’ailleurs, en interview, Bagnaia ne manquait pas de rappeler qu’il se sentait parfois incompris dans ses retours. Je pense qu’après la fin de saison 2025, abyssale pour Bagnaia, la décision était prise des deux côtés.
Mais, alors, comment l’histoire va-t-elle se terminer ? La fin de cette campagne 2026 peut tout changer. Si Bagnaia part sans briller de nouveau, alors, quoi qu’on en dise, on se souviendra d’un pilote relativement oubliable chez Ducati. Il a pris deux titres, d’accord, mais il avait le matériel pour en prendre au moins trois, si ce n’est quatre. Deux années consécutives au fond du trou donneraient raison à ses détracteurs, et à Ducati. En revanche, s’il continue sur sa lancée actuelle et fait parfois mieux que Marc Marquez, on se dira que Ducati a peut-être fait une erreur. Bon ils héritent de Pedro Acosta, un crack, qui, a priori, ne devrait pas décevoir. Mais tout de même, c’était un pilote important dans l’histoire de la formation… et peut-être le plus important.

Je reste persuadé qu’un Bagnaia à son meilleur niveau peut rivaliser et battre Marc Marquez en duel. Il l’a déjà fait. Photo : Michelin Motorsport
Le plus grand pilote Ducati
D’ailleurs, où se situe Pecco Bagnaia dans la hiérarchie chez Ducati ? Pour moi, c’est clair : tout en haut. Qu’on s’entende : je parle bien de grandeur, et non pas de talent. Il n’est peut-être pas le meilleur pilote à être passé par là, car Stoner, Lorenzo, et Marc Marquez sont au-dessus de lui de ce point de vue. Mais si l’on évoque les accomplissements, alors c’est beaucoup plus clair. En attendant d’autres titres de Marquez, Bagnaia reste le n°1. C’est sur lui que s’est basé la domination Ducati ; il restera, d’après moi, le visage de cette ère quand on se la remémorera dans une dizaine d’années. Stoner discute, bien entendu, car il a été le premier couronné sur une Desmosedici. Mais de deux choses l’une : premièrement, Stoner a aussi écrit une partie de sa carrière chez Honda, et pas des moindres, à savoir une excellente année rookie et une saison historique en 2011. Deuxièmement, que vous le vouliez ou non, la différence en termes de densité dans le palmarès est juste énorme. Pour Ducati, Stoner compte 23 victoires, 20 poles, pour un titre de champion du monde et une deuxième place au classement. Bagnaia, de son côté, a 31 victoires, 28 poles, deux titres de champion et deux deuxièmes places au général.
Oui, la Ducati de Bagnaia était meilleure que celle de Stoner en comparaison avec le reste du plateau. Mais c’est comme ça que s’écrit l’histoire des sports mécaniques : on ne peut pas reprocher à Bagnaia d’avoir eu du succès avec sa moto. Par exemple, si on fait le même classement chez Honda, nul doute que Mick Doohan sera placé très haut, loin devant Wayne Gardner. Mais donnez une NSR500 aussi dominante au « Crocodile » Gardner dans les années 1980 et les cartes seraient redistribuées. C’est injuste en un sens, oui, mais ça n’enlève rien à la légende de Bagnaia.
Notez que je n’évoque même pas Andrea Dovizioso, qui, pour moi, est largement en dessous de Bagnaia. Oui, c’était l’architecte du projet Dall’Igna, mais en piste, je suis désolé : ça n’était pas du tout du même niveau. Dovizioso a frôlé un titre, Bagnaia, avec quelques résultats différents, aurait pu en avoir quatre. Ils n’ont rien en commun, et j’irais même jusqu’à dire que Dovizioso rivalise davantage avec Jorge Martin dans l’histoire de Ducati. J’ai déjà fait un article sur le sujet, que vous pouvez retrouver en cliquant ici.
Conclusion
Cette séparation attendue entre Bagnaia, que l’on peut légitimement qualifier de plus grand pilote Ducati de tous les temps, et la firme de Borgo Panigale, était logique. J’en reparlerai dans un autre papier sur le futur de Pecco chez Aprilia, mais je suis sûr que les deux parties peuvent sortir grandies de cette affaire.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de la décision du triple champion du monde. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Bagnaia aura laissé sa trace chez Ducati, et dans l’histoire. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport































