À Silverstone, le grand projet d’Aston Martin devait attirer les cerveaux de toute la F1. Ironie du moment : voilà désormais Red Bull qui vient se servir. Tom McCullough, pilier historique de l’équipe depuis l’époque Force India, devrait rejoindre Milton Keynes pour prendre la tête de l’ingénierie de course. Un départ de plus pour Aston Martin, au beau milieu d’une saison 2026 où le navire a déjà largement goûté à l’eau.

McCullough : Nouveau départ symbolique pour Aston Martin
Pendant des années, Lawrence Stroll a recruté comme on remplit un album Panini : Adrian Newey, Enrico Cardile, Andy Cowell, Dan Fallows… À Silverstone, les noms prestigieux ont parfois été plus nombreux que les points inscrits le dimanche.
Cette fois, le sens du mercato s’inverse.
Selon BILD, Tom McCullough doit quitter Aston Martin à la fin de l’année pour rejoindre Red Bull Racing, où il devrait devenir Head of Race Engineering. Il serait alors chargé de coordonner l’activité opérationnelle et le travail des ingénieurs sur les Grands Prix. La date exacte de son arrivée n’est toutefois pas encore connue et Red Bull n’a pas, à ce stade, officialisé le recrutement.
Et quand un concurrent commence à récupérer les hommes d’un projet censé devenir champion du monde, cela donne forcément une légère impression de chaloupe quittant le paquebot.
McCullough, ce n’est pas exactement le stagiaire de la photocopieuse
Le Britannique connaît les murs de Silverstone presque aussi bien que Lawrence Stroll connaît le chemin du paddock.
Après dix années passées chez Williams puis une saison chez Sauber, McCullough avait rejoint Force India en 2014, bien avant les transformations successives en Racing Point puis Aston Martin. Il s’était notamment forgé une réputation de spécialiste de l’exploitation en piste et avait participé aux deux quatrièmes places de Force India au championnat constructeurs en 2016 et 2017.
Lorsque Aston Martin avait réorganisé sa structure début 2025, McCullough avait toutefois déjà été éloigné du fonctionnement quotidien de l’équipe F1. Mike Krack avait repris la responsabilité des opérations piste tandis que McCullough basculait vers Aston Martin Performance Technologies et les autres programmes sportifs du groupe.
À l’époque, Aston Martin insistait pourtant sur son importance :
« Tom a grandement contribué à nos performances en piste. »
Onze ans de maison, neuf podiums sous les couleurs Aston Martin et désormais une valise vraisemblablement prête pour Milton Keynes. La fidélité en Formule 1 reste une magnifique valeur. Surtout jusqu’au prochain contrat.
Red Bull prépare surtout l’après-Lambiase
Le recrutement a une logique très précise.
Gianpiero Lambiase, ingénieur de course historique de Max Verstappen mais également responsable de l’ingénierie de course chez Red Bull, quittera l’écurie à l’issue de son contrat pour rejoindre McLaren en 2028, où il occupera le poste de Chief Racing Officer.
McCullough ne serait donc pas nécessairement le nouvel homme à la radio de Verstappen.
Car Red Bull a déjà confirmé que Tom Hart, actuellement dans sa structure, est destiné à succéder à Lambiase comme ingénieur de course personnel du Néerlandais. McCullough reprendrait plutôt l’autre moitié du travail de « GP » : la supervision globale de l’ingénierie de course.
Une nuance importante, parce que le raccourci « McCullough remplace Lambiase auprès de Verstappen » est un peu trop rapide.
Red Bull ne remplace pas un homme par un homme. Elle découpe plutôt le gigantesque poste de Lambiase en plusieurs responsabilités. Et vu les turbulences internes vécues à Milton Keynes ces dernières années, ce n’est probablement pas du luxe.
Red Bull a perdu ses cadres… maintenant elle recommence à en acheter
Le plus savoureux est d’ailleurs là.
Pendant longtemps, c’était Aston Martin qui venait faire ses courses chez Red Bull. Dan Fallows avait été débauché. Puis Adrian Newey avait effectué le transfert XXL vers Silverstone.
Aujourd’hui, Red Bull tente elle-même de reconstruire une structure qui a perdu une partie impressionnante de ses cadres : Newey, Jonathan Wheatley, Rob Marshall, Christian Horner, Helmut Marko, auxquels viendra s’ajouter Lambiase.
Et Milton Keynes a visiblement décidé que la meilleure défense était désormais la carte bancaire.
Après avoir recruté Gwen Lagrue, figure du programme jeunes pilotes de Mercedes, pour prendre les commandes de sa filière à partir de 2027, Red Bull s’apprêterait donc à attirer McCullough.
Autrement dit, après avoir longtemps regardé ses meubles partir dans les camions de déménagement des autres équipes, Red Bull vient elle-même de louer une camionnette.
Direction Silverstone.
Chez Aston Martin, le problème dépasse largement McCullough
Ce serait toutefois trop facile d’expliquer les difficultés d’Aston Martin par ce seul départ.
McCullough n’était déjà plus directement impliqué dans le programme F1 depuis la restructuration de 2025. Son départ est donc davantage le symbole d’une organisation perpétuellement remaniée qu’un trou soudain dans l’organigramme technique de l’AMR26.
Et cet organigramme a beaucoup vécu.
Dan Fallows a quitté ses responsabilités techniques, Eric Blandin est également parti, Andy Cowell a changé de fonction et Adrian Newey s’est retrouvé au centre d’une architecture managériale remodelée à plusieurs reprises. Aston Martin dispose pourtant d’un nouveau campus, de Honda comme motoriste d’usine, d’Aramco, de moyens considérables et de Fernando Alonso.
Sur le papier, c’est Avengers.
Sur la piste, le premier semestre ressemblait davantage aux scènes coupées du générique.
La F1 elle-même classe les difficultés d’Aston Martin parmi les histoires marquantes de cette première moitié de saison : AMR26 arrivée tardivement lors du shakedown de Barcelone, vibrations chroniques du groupe propulseur Honda, roulage limité en début d’année et déficit de performances conséquent.
Attention quand même : le bateau ne coule pas complètement
Parce qu’il faut être critique sans transformer la marina en cimetière naval, Aston Martin vient justement de montrer quelques signes encourageants.
L’équipe a volontairement attendu le Grand Prix de Hongrie pour introduire un important package d’évolutions. Les premiers résultats ont été suffisamment positifs pour que Fernando Alonso parle d’un :
« nouveau départ du championnat ».
D’autres évolutions du châssis sont prévues, tandis qu’une version améliorée du groupe propulseur doit arriver à Zandvoort.
Le bateau prend donc de l’eau, certes. Mais Newey est encore dans la salle des machines avec une caisse à outils. Cela peut aider.
Aston Martin voulait piller Red Bull, Red Bull lui renvoie le compliment
Le transfert potentiel de McCullough raconte finalement assez bien l’étrange évolution de ces deux équipes.
Aston Martin a dépensé des années et beaucoup d’argent à attirer des ingénieurs capables de reproduire les succès de Red Bull. Désormais, Red Bull vient chercher à Silverstone un homme qui connaît intimement le fonctionnement d’une équipe de course et qui a passé plus d’une décennie dans cette structure.
Il serait excessif d’y voir la preuve qu’Aston Martin est en train de sombrer. McCullough avait déjà été repositionné et la nouvelle organisation technique tourne essentiellement autour de Newey, Cardile et des nouvelles structures du campus.
Mais le timing reste délicieux.
Une équipe censée bâtir le futur vient de traverser six mois compliqués, multiplie depuis plusieurs saisons les restructurations et voit maintenant un de ses vétérans rejoindre un rival qui cherche précisément à se reconstruire.
Lawrence Stroll voulait transformer Aston Martin en destination incontournable pour les meilleurs cerveaux de la F1.
Il faudrait simplement éviter que Silverstone ne devienne également leur excellente aire de transit.










