Moto GP
Publié le 12 octobre 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP : Aprilia écrase Ducati, mais Sterlacchini annonce déjà la fin possible de la liberté des pilotes !

Après le quadruplé historique d'Aprilia à Mandalika, Sterlacchini reconnaît que la liberté de ses pilotes pourrait bientôt cesser.

Sterlacchini

Quatre Aprilia aux quatre premières places en Indonésie : Noale vient de signer une démonstration historique. Pourtant, derrière ce premier quadruplé en MotoGP, Fabiano Sterlacchini reconnaît qu’une question délicate se prépare : jusqu’à quand laisser Jorge Martin, Marco Bezzecchi et les pilotes TrackHouse courir librement alors que Marc Marquez n’accuse que deux points de retard au championnat ?

Aprilia a réussi à Mandalika ce que Ducati avait longtemps érigé en spécialité : transformer la puissance d’un constructeur en domination collective. Marco Bezzecchi vainqueur, Raul Fernandez deuxième, Jorge Martin troisième et Ai Ogura quatrième. Quatre RS-GP devant tout le monde, dont Marc Marquez, sixième.

Le résultat récompense autant les ingénieurs de Noale que leur partenaire TrackHouse. Fernandez, pourtant diminué par deux fractures aux doigts, a mené une grande partie de la course avant de céder face à Bezzecchi à neuf tours de l’arrivée.

Mais ce succès fait naître un problème que Fabiano Sterlacchini, directeur technique d’Aprilia, ne cherche plus à dissimuler.

Quatre motos compétitives, combien de pilotes prioritaires ?

Au championnat, Martin mène avec 355 points, Marquez suit à 353 et Bezzecchi conserve ses chances avec 309 unités. La logique voudrait qu’Aprilia protège rapidement son pilote le mieux placé. Seulement, Bezzecchi vient de gagner et demeure l’un des hommes forts de la saison. Quant à TrackHouse, ses deux pilotes prouvent qu’ils ne sont plus de simples figurants.

Cette profondeur technique constitue une formidable ressource pour le championnat constructeurs. Elle devient plus délicate lorsqu’il faut choisir qui doit prendre des points à qui.

Sterlacchini le reconnaît : « Nos pilotes ont actuellement carte blanche. On commence à discuter entre nous pour définir des règles afin d’éviter les problèmes. » La liberté demeure donc la règle. Mais son avenir est désormais discuté.

Sterlacchini : « Je ne sais pas pour combien de temps »

Le responsable italien ne fixe aucune échéance précise. « D’ici quelques Grands Prix, il sera peut-être temps de discuter avec Massimo et de définir une stratégie d’équipe sans hésitation. » Puis vient cette précision : « Nous souhaitons nous accorder plus de liberté, mais je ne sais pas pour combien de temps. »

Aprilia ne confirme aucune consigne imposée à Mandalika. Elle reconnaît néanmoins qu’une organisation collective pourrait devenir nécessaire. Le Sprint indonésien a rappelé pourquoi : l’accrochage entre Bezzecchi et Fernandez au premier virage a privé deux Aprilia d’une occasion majeure. Sterlacchini révèle d’ailleurs qu’une discussion a été organisée avec Massimo Rivola pour apaiser les tensions entre les deux pilotes. Selon lui, les malentendus expliquent souvent davantage ces situations que de véritables conflits.

TrackHouse, une richesse qui complique les calculs

Le quadruplé démontre aussi la valeur industrielle du partenariat avec TrackHouse. Quatre motos performantes permettent de multiplier les données, de confronter différents styles de pilotage et d’explorer davantage de solutions techniques.

Mais cette richesse sportive ne signifie pas que les pilotes de l’équipe américaine accepteront automatiquement de servir les ambitions de Martin. TrackHouse possède ses propres objectifs et Fernandez comme Ogura ont désormais des résultats à défendre.

Aprilia devra donc distinguer coordination technique, prévention des incidents et éventuelles consignes de course. Trois questions différentes, que la proximité du championnat risque de rendre indissociables.

Sterlacchini refuse de proclamer Aprilia meilleure moto

Malgré la démonstration indonésienne, l’ancien ingénieur Ducati reste prudent. « Nous ne prétendons pas avoir la meilleure moto, mais nous sommes au même niveau, nous sommes dans la course. »

Il rappelle également les points abandonnés durant la saison et les incertitudes qui entourent encore certains circuits, notamment Sepang et le Qatar. Une prudence cohérente : Mandalika convenait particulièrement aux caractéristiques de la RS-GP, sans garantir une domination identique partout. Pour Sterlacchini, la priorité reste donc d’exploiter pleinement le potentiel disponible, sans gaspiller de nouvelles occasions.

Aprilia a désormais quatre motos capables de compliquer la vie de Marc Marquez. Mais tant que Martin ne possède que deux points d’avance, chacune peut aussi compliquer celle de son propre candidat au titre.

Le quadruplé de Mandalika est une victoire industrielle. Sa gestion pourrait devenir le véritable examen politique de Noale. Dans ce contexte, cette remarque de Sterlacchini sur GPOne prend alors une résonance presque prémonitoire.

Interrogé sur le fait qu’une victoire de Martin aurait été préférable, il répond : « Je pense qu’il a essayé de minimiser les risques. » Tout le paradoxe est là : Aprilia a réussi un quadruplé historique, mais son candidat au titre n’a repris que deux points d’avance sur Marquez. À force de laisser chacun gagner pour soi, Noale pourrait bien finir par perdre le championnat pour tous.

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