Moto GP
Publié le 9 octobre 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP, Bastianini « murmure aux pneus » : Melandri révèle le petit secret qui pourrait faire sa force chez Aprilia

Pernat dit que Bastianini « murmure aux pneus ». Melandri explique comment un simple demi-mètre peut transformer ses fins de course.

Enea Bastianini

Enea Bastianini a terminé le Grand Prix du Japon avec un rythme qui faisait de lui l’un des hommes les plus rapides en piste. Pour Carlo Pernat, ce n’est pas un hasard : l’Italien possède cette capacité particulière à préserver son pneu pour devenir redoutable dans les derniers tours. Marco Melandri va plus loin et explique comment quelques dizaines de centimètres au moment de remettre les gaz peuvent produire une différence considérable. Une qualité qui pourrait devenir une arme particulièrement intéressante lorsqu’il rejoindra Aprilia en 2027.

Bastianini ? « Il murmure aux pneus »

Carlo Pernat emploie une expression qui résume assez bien ce que le MotoGP observe chez Enea Bastianini depuis plusieurs saisons. « C’est le genre de pilote qui, entre guillemets, murmure aux pneus. »

À Motegi, l’Italien en a encore fourni une démonstration. Alors que les pneumatiques avaient constitué l’un des sujets majeurs du week-end japonais, Bastianini a progressivement augmenté la menace en fin de Grand Prix.

Pernat estime même qu’avec quelques virages supplémentaires, Marco Bezzecchi aurait eu beaucoup de mal à conserver sa troisième place. « Dans les cinq ou six derniers tours, il parvient toujours à les placer dans la position idéale pour accélérer et réaliser des chronos que les autres ne peuvent plus égaler. »

Bezzecchi lui-même avait compris le danger qui arrivait derrière lui, décrivant Bastianini comme une véritable « bête de course ». Mais pourquoi celui-ci parvient-il si souvent à conserver cette efficacité lorsque les pneus des autres commencent à décliner ?

Melandri parle d’un demi-mètre

Marco Melandri apporte une réponse fascinante parce qu’elle tient à presque rien. Un demi-mètre. « Parfois, lorsque les pneus sont usés, garder son sang-froid et attendre un demi-mètre avant d’accélérer fait toute la différence. »

À première vue, retarder aussi légèrement la remise des gaz paraît insignifiant. À l’échelle d’un pneu MotoGP arrivé dans les derniers tours, cela peut pourtant changer beaucoup de choses.

Remettre les gaz un peu plus tard réduit légèrement le patinage de la roue arrière. Moins de patinage signifie moins d’énergie transformée en chaleur dans le pneu. Et quelques degrés peuvent alors suffire à préserver son efficacité.

« Cela permet de réduire légèrement le patinage des roues, d’éviter la surchauffe de quelques degrés, et cela fait une énorme différence sur la durée », explique Melandri. Voilà ce que Pernat appelle sur GPOne « murmurer aux pneus ».

Accepter de perdre quelques centimètres pour gagner plusieurs tours

La qualité nécessaire n’est donc pas seulement technique. Elle est aussi mentale. Un pilote qui voit son adversaire quelques mètres devant lui est naturellement tenté d’ouvrir les gaz le plus tôt possible pour ne rien lui céder à la sortie du virage.

Bastianini possède cette faculté beaucoup plus rare : accepter de ne pas gagner immédiatement chaque centimètre disponible. La récompense arrive plus tard. Lorsque les autres commencent à lutter contre le patinage, la température ou la dégradation, lui dispose encore d’une moto capable d’accélérer correctement.

Cela explique en partie ces fins de course qui ont régulièrement constitué sa signature. Melandri est catégorique sur Motegi : « Bastianini était le pilote à battre en fin de course ; il avait tout pour gagner s’il était parti plus haut sur la grille. »

Bastianini

Le problème de Bastianini reste donc ce qui se passe avant

Et c’est précisément là que se trouve le paradoxe Bastianini. Posséder un rythme exceptionnel dans les derniers tours ne suffit pas si les qualifications ou le début de course vous obligent auparavant à récupérer plusieurs secondes.

À Motegi, sa remontée a encore montré les deux faces du problème. La vitesse était là. La gestion également. Mais le temps perdu auparavant transformait une éventuelle victoire en chasse au podium.

Pour devenir régulièrement candidat à la victoire, Bastianini devra donc conserver sa grande force sans avoir systématiquement besoin de l’utiliser pour réparer sa course.

Aprilia pourrait récupérer une qualité particulièrement intéressante

Pernat va très loin dans sa projection : « Bastianini sera un atout supplémentaire pour Aprilia l’année prochaine. Et je pense qu’il pourrait même faire mieux que Bagnaia. » La comparaison est évidemment une opinion, et 2027 repartira sur des bases techniques profondément différentes avec les 850 cc et Pirelli. Il serait donc hasardeux d’imaginer que la science actuelle de Bastianini avec les Michelin se transférera automatiquement aux nouveaux pneus.

Mais la compétence fondamentale, elle, ne disparaît pas : comprendre ce qui se passe sous la roue arrière, sentir le glissement et adapter son accélération à ce que le pneu peut réellement accepter.

Melandri relie d’ailleurs cette sensibilité à toute une culture du pilotage où le dosage de l’accélérateur devient déterminant lorsque l’adhérence diminue.

Une arme qui ne se voit pas sur un tour

C’est peut-être pourquoi Bastianini reste un pilote si particulier à évaluer. La télémétrie d’un tour qualificatif peut montrer immédiatement qui freine le plus tard ou passe le plus vite. Sa qualité à lui se révèle parfois seulement vingt tours plus tard.

Un demi-mètre ici. Un peu moins de patinage là. Quelques degrés économisés. Puis, lorsque tout le monde commence à ralentir, une moto qui possède encore quelque chose. Pernat appelle cela murmurer aux pneus.

Melandri vient d’en donner une traduction beaucoup moins poétique mais probablement plus instructive. Enea Bastianini sait parfois perdre un demi-mètre au bon moment pour pouvoir en reprendre cinquante quelques tours plus tard.

Et si Aprilia parvient en 2027 à lui donner une moto avec laquelle il peut exploiter cette qualité sans devoir auparavant remonter tout le peloton, son véritable adversaire ne sera peut-être pas seulement celui que Pernat imagine. Ce sera le chronomètre des derniers tours.

Enea Bastianini

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