Des MotoGP 850cc dont les premières performances alimentent déjà les interrogations, des qualifications bouleversées et une sécurité qui revient au centre des débats : la révolution de 2027 ne fait pas l’unanimité. Pourtant, Aleix Espargaró affiche un optimisme presque déconcertant. Ancien pilote Aprilia devenu essayeur Honda, l’Espagnol bénéficie d’un privilège rare : il a déjà piloté l’une des nouvelles machines équipées de pneus Pirelli. Et son verdict contraste avec les inquiétudes ambiantes.
Aleix Espargaró appartient à un cercle très fermé. Celui des pilotes qui connaissent déjà, autrement que sur le papier, le MotoGP de 2027. L’Espagnol participe au développement de la future Honda 850cc et découvre les pneus Pirelli qui remplaceront Michelin. Autant dire que son opinion mérite une attention particulière.
Car tandis que les premières informations sur les performances des 850cc suggèrent que la réduction de cylindrée ne produira pas nécessairement des motos beaucoup moins rapides, le nouveau format des week-ends promet une autre forme d’accélération : celle de la pression exercée sur les pilotes. Et sur ces deux sujets, Espargaró se montre étonnamment serein.
Des 850cc déjà rapides : une révolution moins rassurante que prévu ? Aleix Espargaró répond
La réglementation 2027 prévoit des moteurs ramenés de 1 000 à 850cc, une aérodynamique réduite et la disparition des dispositifs de correction de l’assiette. L’objectif affiché comprend notamment une amélioration de la sécurité.
Mais les performances prêtées aux premières 850cc invitent à la prudence. Les chronos précis et les conditions des essais restent insuffisamment documentés pour conclure que les nouvelles motos seront aussi rapides que les actuelles. Une cylindrée inférieure ne signifie d’ailleurs pas automatiquement une réduction proportionnelle des vitesses de passage en courbe.
Espargaró, lui, ne partage pas les inquiétudes les plus pessimistes. « Les pneus sont extrêmement faciles à manier et les motos sont plus lentes », assure-t-il. Il ajoute sur crash.net une affirmation autrement plus significative : « Grâce au changement de pneus, les pilotes seront moins susceptibles de se blesser. »
Un jugement particulièrement intéressant de la part d’un essayeur qui connaît déjà cette nouvelle combinaison technique. Mais il s’agit encore de son appréciation, pas d’une démonstration statistique.
Qualifications 2027 : quinze minutes pour transformer la grille en loterie ?
La seconde révolution concerne le déroulement des week-ends. Dès le vendredi, une séance de quinze minutes déterminera la grille du Sprint. Samedi, tous les pilotes repartiront en Q1 pour les qualifications du Grand Prix, avec douze places à conquérir pour accéder à la Q2. Le dimanche, le traditionnel warm-up disparaîtra au profit d’une fenêtre permettant plusieurs tours de reconnaissance.
Une réorganisation qui promet davantage d’incertitude, mais aussi des situations potentiellement délicates. Espargaró l’admet : « Ce ne sera pas facile de faire des contre-la-montre de quinze minutes avec 22 pilotes. Avec les drapeaux jaunes, ça va être compliqué. »
Et il anticipe des conséquences spectaculaires. « Vous verrez beaucoup plus de suspense, avec de nombreux pilotes de haut niveau qui débuteront en quinzième, voire en vingtième position. »
Autrement dit, davantage de favoris mal placés, donc potentiellement davantage de dépassements à effectuer. Pour le spectacle, l’idée peut séduire. Pour la gestion des risques, elle soulève des questions.

Aleix Espargaró : « Pour les pilotes, ce sera très stressant »
L’ancien pilote Aprilia reconnaît lui-même la contradiction. « Pour le championnat, pour le spectacle, ce sera mieux. Pour les pilotes, ce sera très stressant, c’est certain. » Il rappelle avoir vivement critiqué l’introduction des Sprints en 2023 avant d’en reconnaître les bénéfices pour le public.
Cette expérience explique sa prudence actuelle : il préfère attendre de juger le nouveau format en conditions réelles. Les organisateurs avancent toutefois un argument : la limitation à un seul train de pneus neufs par séance devrait réduire le nombre de véritables tentatives chronométrées à haut risque. Une réponse qui ne dissipe pas nécessairement les interrogations sur la densité du trafic ou les départs depuis le milieu du peloton.
Plus de sécurité mécanique, mais davantage de pression humaine ?
Aleix Espargaró estime que les nouvelles motos et les Pirelli amélioreront la sécurité. Mais il reconnaît simultanément que les qualifications courtes et les Sprints maintiendront un niveau de risque élevé.
Son propre retour contrarié à Mandalika, après ses graves blessures au dos, rappelle combien les conséquences d’une chute peuvent être lourdes. Le MotoGP de 2027 pourrait donc être techniquement plus sûr tout en devenant sportivement plus stressant.
Et c’est précisément ce qui rend l’optimisme d’Aleix Espargaró aussi intéressant : le pilote qui connaît déjà la future moto semble davantage rassuré par la machine que par le spectacle qu’on lui demandera de produire.









