Un pilote possède 1,7 seconde d’avance, mais doit ralentir pour éviter une sanction. Et son adversaire est confronté au même problème. À Mandalika, Marc Marquez et Jorge Martin ont illustré l’un des paradoxes les plus déroutants du MotoGP moderne : pour rester dans les limites réglementaires, il faut parfois renoncer à exploiter sa vitesse. Une situation qui exaspère Neil Hodgson, consultant pour TNT Sports, et pose une question embarrassante au championnat : comment séduire de nouveaux spectateurs lorsqu’il faut leur expliquer pourquoi le pilote le plus rapide doit volontairement perdre du temps ?
Le MotoGP cherche à conquérir de nouveaux publics, multiplie les initiatives promotionnelles et prépare une refonte de son format pour 2027. Mais pour Neil Hodgson, le véritable problème n’est pas là. Il se trouve dans une règle devenue omniprésente : la pression minimale des pneumatiques.
Et le Grand Prix d’Indonésie vient de lui fournir un exemple particulièrement spectaculaire.
Martin avait 1,7 seconde d’avance… et devait ralentir
Lors du Sprint de Mandalika, Jorge Martin semblait maîtriser sa course. Avec 1,7 seconde d’avance, le pilote Aprilia disposait d’une marge confortable. Mais une pression insuffisante de son pneu avant a bouleversé sa stratégie.
Pour faire remonter cette pression, un pilote peut notamment devoir se rapprocher d’autres machines afin d’exposer son pneumatique à davantage de chaleur. Une situation qui conduit parfois à sacrifier volontairement une avance construite sur la piste.
Martin a ainsi perdu le bénéfice de sa position dominante. Marc Marquez a également dû composer avec les contraintes de pression durant le week-end. Pour Hodgson, cette logique devient incompréhensible pour le public. « Personne ne veut voir un pilote qui mène avec 1,7 seconde d’avance, comme Jorge Martin lors du Sprint, devoir ralentir et laisser passer les autres. » Avant de lâcher : « C’est vraiment n’importe quoi ! »
« J’essaie de vendre le MotoGP, mais c’est difficile ! »
L’ancien pilote britannique s’exprimait dans le podcast Gas It Out. Alors que le paddock discutait abondamment du nouveau format des qualifications prévu pour 2027, Hodgson estimait que les priorités étaient ailleurs. « Vous savez ce qui me préoccupe ? Les règles concernant la pression des pneus. »
Il reconnaît ne pas être particulièrement hostile à l’ajout d’une séance de qualifications. En revanche, il ne supporte plus de voir la réglementation pneumatique influencer directement le déroulement des courses.
Et son argument dépasse la simple frustration sportive. « Je travaille pour TNT et j’essaie de vendre ce sport à tous ceux à qui je parle. Mais, bon sang, c’est difficile à vendre ! » La remarque touche un point sensible. Comment expliquer à un nouveau spectateur qu’un dépassement peut être facilité non par une attaque, mais par la nécessité pour un adversaire de réchauffer son pneu ?
Comment valoriser la performance lorsque la gestion d’un seuil technique peut obliger un leader à ralentir ?

Ezpeleta répond : « Sécurité et équité sportive »
Le MotoGP ne considère pourtant pas cette réglementation comme une complication arbitraire. Carlos Ezpeleta rappelle qu’elle répond à un impératif de sécurité. « L’utilisation d’une pression de pneus très basse peut offrir un avantage en termes de performances, mais elle peut également présenter des risques pour la sécurité. »
Le directeur sportif souligne que les dispositions ont été soutenues par Michelin et les constructeurs. Leur objectif est double : empêcher l’exploitation de pressions dangereusement faibles et garantir des conditions de concurrence équitables.
L’argument est solide sur le principe. Une pression insuffisante peut modifier le comportement du pneumatique et augmenter les contraintes qu’il subit. Mais c’est son application en course qui suscite les critiques. Car une règle destinée à protéger les pilotes peut aussi provoquer des situations sportives artificielles.
Pirelli en 2027 : la fin du casse-tête ?
Hodgson reconnaît qu’une solution pourrait arriver avec le changement de fournisseur. Michelin quittera le MotoGP à la fin de 2026, remplacé par Pirelli lors du passage aux motos de 850 cc.
Selon les informations qui lui ont été communiquées, ce changement devrait permettre de résoudre les difficultés actuelles. Mais il convient de rester prudent : l’arrivée de Pirelli ne garantit pas, à elle seule, la disparition de toute réglementation sur les pressions minimales.
Les exigences dépendront des caractéristiques des nouveaux pneumatiques et des règles retenues pour leur utilisation.
Le MotoGP veut davantage de spectacle, mais à quel prix ?
Le championnat prépare des qualifications supplémentaires pour rendre ses week-ends plus attractifs. Dans le même temps, une règle technique peut contraindre ses vedettes à modifier artificiellement leur rythme en pleine bataille. La sécurité ne se négocie pas. Mais la lisibilité sportive mérite, elle aussi, d’être défendue.
Car si le MotoGP doit expliquer pourquoi Marquez ou Martin ne peuvent pas toujours rouler aussi vite qu’ils le souhaitent, le problème n’est plus seulement technique : il touche à la compréhension même de la compétition.





