Le MotoGP vient de recruter quatre nouveaux dirigeants. Pris séparément, il pourrait ne s’agir que d’un remaniement. Mis bout à bout, leurs CV racontent beaucoup mieux ce que Liberty Media prépare pour la discipline : Tottenham, Manchester City, NFL, Warner Bros. Discovery, Manchester United, Formule 1, UFC et TKO. Aucun des quatre nouveaux cadres ne vient du monde de la moto. Commerce, médias, événements et stratégie passent désormais entre les mains de spécialistes de la transformation du sport en produit mondial. La révolution Liberty commence à devenir très concrète.
Liberty Media n’a pas besoin d’annoncer que le MotoGP doit devenir davantage comparable à la Formule 1. Il suffit de regarder qui vient d’être recruté. Quelques semaines après la promotion de Carlos Ezpeleta au poste de directeur général adjoint, quatre postes stratégiques changent de dimension. Et leur provenance est tout sauf neutre.
Tottenham et la NFL pour vendre davantage le MotoGP
Ryan Norys devient directeur commercial. Il arrive de Tottenham Hotspur, où il occupait le poste de Chief Revenue Officer après avoir dirigé les activités commerciales du club depuis 2022. Son CV passe également par l’AS Roma, Manchester City et les Miami Dolphins.
Son périmètre est immense : sponsoring, partenariats, licences, hospitalité, marketing et numérique. Autrement dit, presque tout ce qui permet de transformer la popularité sportive du MotoGP en revenus.
Sameer Pabari prendra parallèlement la direction des médias. Passé notamment par la NFL, Warner Bros. Discovery et Manchester United, il supervisera les retransmissions, les contenus longs, les accords de distribution et le développement commercial du service de streaming direct du MotoGP. Le championnat ne veut donc plus seulement produire des courses. Il veut mieux produire, distribuer et monétiser leur histoire.
Une dirigeante de la F1 pour transformer les Grands Prix MotoGP
Le recrutement de Louise Young est peut-être encore plus révélateur. Elle quitte directement la Formule 1 après plus de huit années dans son organisation, où elle dirigeait dernièrement la promotion des courses.
Pour le MotoGP, elle devient directrice des opérations et prendra notamment en charge les promoteurs, les événements et les relations nécessaires à leur organisation. Son expérience comprend précisément le travail avec les circuits et les pouvoirs publics.
Ce n’est pas anodin. La croissance récente de la F1 ne repose pas uniquement sur ce qui se passe en piste. Elle passe également par la manière dont un Grand Prix devient un événement capable d’intéresser une ville, un gouvernement, des entreprises et un public dépassant celui des passionnés historiques. MotoGP recrute désormais directement cette compétence.

Et l’UFC pour réfléchir au produit mondial
Denitza Batchvarova complète presque parfaitement le dispositif. La nouvelle directrice de la stratégie vient de TKO Group Holdings, structure née du rapprochement entre UFC et WWE, après avoir auparavant dirigé la stratégie de l’UFC. Elle doit désormais élaborer et mettre en œuvre la stratégie de croissance mondiale du MotoGP.
On obtient alors une architecture particulièrement lisible. Norys doit augmenter la valeur commerciale. Pabari doit développer le produit médiatique. Young doit renforcer la valeur et l’organisation des événements. Batchvarova doit donner une direction globale à l’ensemble.
Carlos Ezpeleta constitue le point de jonction
Et au milieu de cette transformation apparaît Carlos Ezpeleta. Promu « Deputy CEO » en août, il demeure officiellement aux côtés de Carmelo Ezpeleta, toujours CEO. Le MotoGP n’a donc pas annoncé formellement une succession père-fils. Mais Carlos occupe désormais une position centrale dans la nouvelle structure dirigeante.
C’est d’ailleurs lui qui présente ces quatre nominations comme une étape destinée à « façonner l’avenir du MotoGP », avec trois objectifs clairement énoncés : renforcer la relation avec les fans, atteindre de nouveaux publics et créer de nouvelles opportunités commerciales. Le vocabulaire compte presque autant que les recrutements.
La méthode Liberty apparaît enfin au grand jour
Il serait encore excessif d’affirmer que le MotoGP va simplement copier la F1. Les deux sports possèdent des publics, des économies et des cultures différentes. Mais les références choisies ne laissent guère de doute sur les domaines dans lesquels MotoGP veut progresser.
Premier League pour la puissance commerciale. NFL et Warner pour les médias. Formule 1 pour les événements. UFC et TKO pour la stratégie et le divertissement.
Liberty Media, qui contrôle désormais MotoGP Sports Entertainment Group, dispose ainsi d’une équipe beaucoup moins issue de la culture traditionnelle du paddock et beaucoup plus familière des grandes propriétés sportives internationales. Et c’est probablement la véritable information de cette annonce.
Les premières transformations de l’ère Liberty ne concernent ni le règlement technique ni les motos. Elles concernent la manière de vendre le MotoGP, de le raconter, d’organiser ses événements et de conquérir de nouveaux publics. La bataille pour le futur de la discipline ne se jouera donc plus seulement le dimanche sur la piste. Elle se jouera aussi sur les écrans, dans les contrats de sponsoring, auprès des promoteurs et dans les bureaux des gouvernements.









