Moto GP
Publié le 21 octobre 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP : Gigi Dall’Igna face à Aprilia, « ma marque passée, mes anciens pilotes »… Ducati peut-elle échapper à son histoire ?

Gigi Dall'Igna se bat chez Ducati contre son ancienne marque et deux de ses anciens pilotes. Un combat qui prend une dimension personnelle.

Gigi Dall'Igna

À cinq Grands Prix du dénouement, Ducati et Aprilia se livrent une bataille pour le titre mondial 2026 qui possède une saveur toute particulière pour Gigi Dall’Igna. Le directeur général de Ducati retrouve face à lui la marque qu’il a contribué à développer, mais aussi Jorge Martin et Marco Bezzecchi, deux pilotes passés par l’univers Ducati. Une confrontation presque familiale dont l’issue pourrait consacrer l’une des décisions les plus audacieuses de sa carrière… ou lui en présenter la facture.

Il y a des adversaires que l’on connaît trop bien. Et puis il y a ceux dont on a contribué à écrire l’histoire. Pour Gigi Dall’Igna, Aprilia appartient désormais aux deux catégories. À cinq manches de la fin de la saison, Jorge Martin mène le championnat avec seulement deux points d’avance sur Marc Marquez. Marco Bezzecchi, troisième à 46 longueurs, reste, lui aussi, dans la course.

Ducati possède son champion. Aprilia dispose de deux prétendants. Et Dall’Igna contemple cette situation avec une lucidité teintée d’ironie.

Aprilia : le premier fantôme du passé de Gigi

Avant de devenir l’architecte des succès modernes de Ducati, Gigi Dall’Igna a longtemps travaillé chez Aprilia. Il y a forgé sa réputation d’ingénieur et de dirigeant technique, notamment dans les catégories inférieures et en Superbike.

Son arrivée à Borgo Panigale en 2013 a ensuite profondément transformé Ducati. Sous sa direction, la Desmosedici est devenue une référence technologique, puis une machine à gagner.

Mais l’Aprilia actuelle n’est évidemment plus celle qu’il a quittée. Le constructeur de Noale a développé sa propre trajectoire, jusqu’à devenir l’adversaire le plus dangereux de Ducati. « C’est vrai. Au final, c’est mon passé à cause de la marque », reconnaît Dall’Igna, interrogé en Indonésie.

Une première partie de son histoire qui lui revient donc sous la forme d’une RS-GP particulièrement compétitive.

Martín et Bezzecchi : les deux autres fantômes de Gigi

Mais le véritable paradoxe se trouve peut-être au guidon des Aprilia. Jorge Martin a remporté le championnat 2024 avec Pramac Ducati. Pourtant, lorsque Ducati a dû choisir son pilote d’usine pour 2025, la préférence s’est portée sur Marc Marquez.

Martin a alors quitté l’univers Ducati pour rejoindre Aprilia. Marco Bezzecchi a suivi un autre parcours. Longtemps intégré à l’écosystème Ducati avec VR46, l’Italien a finalement choisi Aprilia pour poursuivre sa carrière avec le statut de pilote officiel.

Deux trajectoires différentes, mais une conséquence identique : les deux pilotes qui menacent aujourd’hui Marquez connaissent parfaitement la philosophie Ducati. « C’est mon passé à cause des pilotes, car les deux pilotes Aprilia étaient mes pilotes auparavant », souligne Dall’Igna.

La formule résume presque à elle seule l’affrontement de 2026. Ducati n’a pas seulement trouvé un rival chez Aprilia. Elle y retrouve une partie de son ancienne famille.

Gigi Dall'Igna

Le choix Marquez face à ses conséquences

La décision de recruter Marc Marquez avait une logique sportive évidente. Ducati voulait réunir son potentiel technique et l’un des plus grands talents de l’histoire du MotoGP. Le titre 2025 a validé ce pari.

Mais toute décision de cette ampleur entraîne des conséquences. En privilégiant Marquez, Ducati a laissé partir Martin. Et en ne pouvant offrir une perspective d’usine à Bezzecchi, elle a également vu l’Italien poursuivre son ascension ailleurs.

Aprilia a su transformer ces deux opportunités en un duo capable de lutter pour le championnat. Cela ne signifie pas que Ducati a commis une erreur : Marquez reste pleinement engagé dans la défense de son titre.

Mais la réussite des deux anciens pilotes Ducati donne à la bataille une dimension supplémentaire.

« Si quelqu’un doit nous battre… »

Dall’Igna refuse néanmoins de transformer cette rivalité en règlement de comptes. « J’ai beaucoup d’amis chez Aprilia. Et, bien sûr, si quelqu’un doit nous battre, je pense qu’il vaut mieux que ce soit un de nos amis. »

Une déclaration élégante, mais qui ne masque pas la réalité du classement. Aprilia possède deux pilotes parmi les trois premiers. Ducati, de son côté, dépend principalement de Marquez pour conserver sa couronne.

Et cette situation ne satisfait pas totalement son directeur général. « Je pense que plus il y a de pilotes devant, mieux c’est. Donc, j’aimerais en avoir plus d’un. » Une manière discrète de rappeler qu’une domination technique se mesure aussi à la capacité de plusieurs pilotes à exploiter la même machine.

Une bataille contre son propre héritage

À l’approche du dénouement, Dall’Igna se retrouve donc dans une position singulière. Son présent s’appelle Ducati. Son passé porte le nom d’Aprilia. Et ses anciens pilotes pourraient décider de l’avenir du championnat.

L’Italien affirme ne pas avoir particulièrement réfléchi à cette dimension personnelle. « Je n’y ai pas trop réfléchi, mais c’est assurément une question intéressante. » Elle l’est d’autant plus que le titre 2026 pourrait se jouer entre trois hommes dont les carrières ont, chacune à leur manière, croisé les décisions de Gigi Dall’Igna. En MotoGP, on dit souvent qu’il faut battre ses adversaires pour devenir champion. Cette année, Gigi Dall’Igna doit aussi battre une partie de son propre passé.

Carlo Pernat

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