Cet article est une suite. En effet, après le Grand Prix du Japon marqué par la désobéissance de Marc Marquez, j’avais pris la parole concernant le rôle que l’Espagnol devait adopter face à la pression grandissante de Liberty Media. Interrogé sur le nouveau format de qualifications et les mesures récentes, Marquez prit la parole en Indonésie, affirmant qu’il fallait « se taire et faire avec ». Je ne suis pas d’accord.
La responsabilité d’un champion
J’ai beaucoup de mal avec son propos. Marquez, comme Acosta d’ailleurs, ont ouvertement dit qu’il fallait juste subir, sans autre forme d’analyse. C’est problématique. Voyez-vous, pour moi, les champions ont certaine responsabilité. Marquez, par son talent, a déjà décroché neuf titres mondiaux dans les trois catégories ; on pourrait dire qu’il a fait beaucoup pour le sport, qu’il a le droit de penser ce qu’il veut. Mais cela va dans les deux sens. Il a hérité d’une discipline avec ses propres codes, sa propre histoire, et, en tant que face du MotoGP, il hérite également d’une grande responsabilité, qu’il le veuille ou non.

Après tout, c’est cette histoire qui a fait de lui un multi-millionnaire, qui l’a rendu célèbre, qui lui a permis d’inscrire son noms dans les livres. C’est en regardant Valentino Rossi et consort qu’il est devenu passionné, qu’il a donné un sens à sa vie. Il doit donc ne pas faire n’importe quoi avec ce qu’il a reçu, et c’est précisément ce qu’il se passe. Vu qu’il est aujourd’hui plus connu que le MotoGP – demandez, dans la rue, le nom d’un pilote moto à part Rossi et Marquez, et vous verrez que nous sommes dans une bulle –, il doit monter au créneau, se défendre, défendre l’âme du sport, son histoire, afin qu’elle continue et qu’elle récompense, dans les décennies à venir, des dizaines de jeunes affamés comme lui en 2010.
S’il était à quelques mois de la retraite, complètement détaché du MotoGP, je le comprendrais davantage – un peu comme Stoner en 2012, par exemple. Mais là, Marquez devrait rester jusqu’en 2028, premièrement, et, ensuite, couvera des grands talents comme David Alonso, qui s’entraîne avec lui, ou la pépite Maximo Quiles, tout juste titré en Moto3. Pour eux, aussi, il devrait se battre. C’est en tout cas mon point de vue.
Marquez, se taire ? Mais pourquoi ?

Marquez peut parler, il en a le droit, et, d’après moi, le devoir. Mais, il dit qu’il ne faut pas le faire, qu’il faut subir. Pourquoi ? C’est précisément ce que je peine à saisir. Lui, ses enfants et ses petits enfants seront à l’abri financièrement pour le reste de leurs jours. Il n’a plus rien à prouver sportivement, et serait largement considéré comme l’un des meilleurs pilotes de tous les temps même s’il venait à perdre cette course au titre. D’ailleurs, il disait qu’il donnait moins d’importance aux sacres mondiaux depuis son comeback miraculeux en 2025. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’a pas les moyens de s’opposer à une entreprise en place depuis même pas trois ans ? S’il le voulait, Marquez pourrait mettre fin à toute cette mascarade en menaçant de boycotter une course, peut-être sur un circuit jugé trop dangereux, le jour où la nouvelle direction dépassera vraiment les bornes.
Boycotter ? C’est possible ? Et oui, Kenny Roberts, à la fin des années 1970, a aussi révolutionné le sport de cette manière, en s’opposant, parfois, à l’organisation douteuse de certaines courses. Et je peux vous assurer que les salaires n’étaient pas les mêmes ! Peut-être est-ce une question de « courage », comme l’ont très bien dit mes confrères de GPOne dans leur papier sur le sujet. Je partage en tout cas cet avis. Et puis, Roberts n’était pas le seul ; à la fin des années 1980, donc hier à l’échelle de l’histoire, les meilleurs pilotes du monde n’hésitaient pas à prendre position. Maintenant, Marquez ou Quartararo nous disent qu’ils n’ont pas le temps d’aller en commission de sécurité discuter de l’avenir du sport. Ah. Et, du coup, pourquoi Bagnaia, Miller et Marini, les trois plus assidus, trouvent ce temps-là ? À ce que je sache, eux aussi ont des obligations contractuelles, et, qui plus est, sont tous pères. Je ne sais pas vous, mais voir Marquez ou d’autres dire qu’ils ne peuvent pas s’y rendre sonne comme un manque de respect envers ceux qui y sont en permanence.
Conclusion
Dans le précédent article sur le sujet, j’affirmais que l’époque appelait Marc Marquez. Il devait faire un choix : répondre, ou se taire, et donc, donner encore plus de liberté à Liberty Media. Pour l’instant, il a choisi la deuxième option. Donc, à la limite, je n’ai plus vraiment envie d’entendre le n°93 ou Acosta se plaindre en interview, en disant que les carrières seront raccourcies ou que sais-je, car leurs statuts peuvent faire changer les choses, mais ils décident, dans leur propre intérêt, de ne pas dépasser le cadre des simples conférences de presse pour s’exprimer.
Je suis curieux de savoir si vous partagez mon avis sur ce sujet. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport




