Nouveau team manager du légendaire et mythique Suzuki Endurance Racing Team, Damien Saulnier a magnifiquement remporté avec Gregg Black, Étienne Masson, Vincent Philippe et toute son équipe (dont Dominique Méliand) une splendide victoire pour sa tentative inaugurale à ce niveau.

Bien sûr, le vainqueur a été aidé par l’abandon le dimanche matin des trois Honda, Yamaha et Kawasaki officielles, mais avec un peu de recul, on évitera de qualifier de « chanceuse » une équipe qui a cassé son moteur à cinq minutes de la fin des dernières 8H de Suzuka, perdant ainsi le titre mondial.

Damien, comment as-tu réussi à organiser et à rendre efficace l’équipe du SERT modifiée depuis le départ de Dominique Méliand en tant que patron, et à obtenir un excellent fonctionnement qui s’est traduit par une victoire pour ta première course en tant que responsable de l’équipe ?

« Tout s’est mis en place au mois d’août, bien que le changement ait été anticipé auparavant. On a alors monté le nouveau SERT où le plus difficile a été de matcher les différentes personnes avec leurs expériences et de placer chacun à son meilleur poste. Et ça n’a pas été simple. »

« Heureusement que le Junior Team Suzuki Lycée Le Mans Sud existe car il y a ainsi pas loin un réservoir de personnes déjà connues, et ça m’a bien aidé. Après, chacun de son côté avait envie que ça fonctionne : Paulo au châssis a des connaissances, Yann au moteur également, et on se met autour d’une table pour savoir qui connait quelqu’un dans tel ou tel domaine. »

« Moi j’en connais aussi, des amis, j’en ai, et il y a toujours des gens qui sont prêts à te donner un coup de main sans aucun problème. Quand tu pioches un peu, tu trouves toujours des gens passionnants et passionnés qui ont envie de donner un vrai avenir au SERT. C’est là qu’on a réussi à matcher tout le monde. »

Quand dimanche matin les Honda, Yamaha et Kawasaki officielles ont soudain été éliminées, tu t’es retrouvé face au vaillant et sympathique Wójcik Racing Team polonais (avec Gino Rea, Axel Maurin et Christoffer Bergman), une équipe privée de qualité, mais loin d’avoir le niveau du SERT. Quelle a été alors ta stratégie ?

« De ne surtout pas se déconcentrer. J’ai même dit gentiment aux gars à un moment « on reste dans la course ! ». C’est sûr qu’un tel évènement est une bouffée d’oxygène. Nous ça nous est arrivés à Suzuka. »

« Sur le moment, je n’y croyais pas. J’étais même attristé pour les équipes des trois motos. Tu te dis que c’est irréel. Je suis assez pragmatique par rapport à ça, parce que ce qu’il leur arrive, ça te soulage évidemment, mais la course je ne la vois pas comme ça. »

« Et quand ça arrive aux autres, je me dis toujours « ne te réjouis pas, parce que ça te pends au nez ». Effectivement n’importe quand quelqu’un peut casser un moteur devant ta roue avant. Sur le moment, ça t’allège les épaules, mais tu ne sais pas ce qui va se passer dans un quart d’heure. C’est comme quand la 111 se retire du Championnat*. Les Japonais peuvent prendre n’importe quelle décision. »

*La 111 était ces dernières années la Honda officielle.

« Ensuite on s’est retrouvés face à la Yamaha n°77 du Wójcik Racing Team. Bien sûr ce n’est pas le même niveau par rapport à la moto du SERT, avec les pilotes qu’il y a dessus. Malgré tout, la moindre faute de déconcentration, parce que tu es soulagé, peut te faire faire une énorme bêtise. Cette 77, je la prenais comme une vraie moto. Elle était peut-être sportivement un petit peu en dessous, mais il fallait absolument rester concentré. Une erreur due à la distraction peut se payer cash. »

Il a semblé que le Dunlop pluie longue durée (200/55R17 KR 393 L) était performant, tout comme ensuite le nouveau slick arrière (200/70R17 KR108) sur piste séchante. Le Wójcik Racing Team disposait des mêmes. Ces pneus ont-ils constitué un avantage dans ces circonstances météo délicates ?

« Franchement, chez Dunlop ils ont beaucoup travaillé. En pneus intermédiaires, on est un peu mieux qu’avant, mais on est surtout beaucoup mieux avec les slicks. En slicks, il y a un package avant-arrière où ils ont vraiment fait un bond en avant. »

« L’électronique a évolué, les pneus ont progressé également et l’ensemble des deux fait que ça fonctionne vraiment bien. Les pilotes disent que la constance des pneus est excellente. »

« Le pneu pour la grosse pluie ne crée pas de souci. Le 200/55R17 KR 393 L dont tu parles a permis à Vincent (Philippe) d’aller vite avec. Vincent c’est la grosse expérience, c’est la force tranquille. On le connait dans ce genre de situation, il un tel vécu qu’il se sort avec maestria de ce genre de circonstance. Gregg (Black) et Étienne (Masson) sont peut-être un petit peu plus rapides, mais par contre quand Vincent est sur la moto dans ces conditions-là, tu fais « ouf ! » (rire). Attention, les deux autres vont vite aussi, et avec Vincent, ça fait un bon ensemble. »

Au classement provisoire du Championnat du Monde, le SERT a 47 points d’avance sur ses adversaires directs FCC TSR Honda France et le YART, 49 sur Webike SRC Kawasaki France, et 18 sur la BMW usine. Il reste quatre courses. Quelle tactique souhaites-tu adopter pour la suite du Championnat ?

« Dans tous les cas, tu penses toujours à faire l’épicier, mais on a quand même envie d’être dans le paquet de devant. Moi je ne veux pas jouer de la calculette pendant toutes les courses. Il faut que nous fassions nos propres courses et que les pilotes continuent à jouer et à s’amuser, sans pour autant prendre de risques inutiles. »

« Maintenant 47 points d’avance, c’est confortable, mais tu as vu ce qui s’est passé au Castellet, et tu te dis qu’il peut se passer la même chose à Sepang ou au Mans, et alors tu repars dans la roue des autres ! »

« Il faut rester super concentré car tu ne sais pas ce qu’il peut se passer, il faut rester vigilant. Les points sont durs à gagner, mais faciles à perdre. Quand tu as de l’avance, tu essaies de la conserver le plus longtemps possible. Mais il ne faut pas se réjouir d’avoir beaucoup d’avance parce que tu peux tout perdre dans le virage d’après. »

Vincent Philippe a annoncé son départ à la fin de l’année. As-tu déjà pris des contacts pour son remplacement ?

« Il y a deux ou trois discussions qui sont en cours, mais pour le moment c’est encore un peu tôt pour en parler plus précisément. On va attendre la fin des 8 Heures de Sepang (le 7 décembre) pour voir ce qui pourra aboutir, mais oui, il y a deux ou trois contacts. On a parlé avec Gregg (Black) et Étienne (Masson) des pilotes avec qui ils s’entendent bien, et je pense que ça pourrait être sympa. »

Quelles sont les plus importantes conclusions que tu as tirées de ce Bol d’Or ?

« Moi, j’ai eu une grosse boule au ventre pendant toute la semaine ! On m’a dit que j’avais pris du galon. Oui, mais je peux te dire que ce galon sur les épaules, il faisait un mètre carré sur chacune des deux épaules et était d’une lourdeur… Parce que c’est la moto officielle, parce qu’avant c’était Dominique Méliand, parce qu’il y a tout un passé derrière et que tu te retrouves dans une équipe qui a une expérience gigantesque, avec Jean-François et Bruno qui sont à la stratégie, il y a une pression de malade. »

« Les Japonais de l’usine étaient là aussi, Yoshimura également, qui s’implique de façon admirable et qui nous a aidés toute la semaine et même avant lors des essais pré-Bol. »

« Tu sens qu’il y a l’usine derrière. C’est lourd, mais j’attendais avec impatience que la course commence et qu’on se mette à rouler, à ravitailler, que tout se mette en place et prenne forme. J’avais vraiment envie que ça parte ! J’aime la course et j’ai pris énormément de plaisir à me retrouver dans cette situation. »

 

Photos © Suzuki et un merci particulier à Marvin Fritz (pilote YART)

 


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