Dominique Méliand n’est pas le roi de l’endurance. Dominique Méliand n’est pas la bible de l’endurance. Dominique Méliand EST l’endurance.

Après avoir participé au Bol d’or en 1970 en tant que pilote sur une Triumph, en 1980 Dominique remporte son premier Bol en tant que team manager avec une Suzuki pilotée par Pierre-Étienne Samin et Frank Gross au Castellet. Sous sa direction, le Suzuki Endurance Racing Team va remporter 15 titres mondiaux et 67 victoires.

Dominique, la Suzuki a perdu cette année le titre à 3 minutes de la fin des 8 H de Suzuka. Est-ce que dans ce cas-là on est content de partir car très déçu, ou est-ce qu’on aurait bien aimé refaire une saison de plus pour récupérer un titre injustement perdu ?

« C’est un petit peu le mélange des deux. La réponse irait dans les deux sens, or il faut rester sur les décisions qu’on a prises, à savoir que moi j’avais décidé d’arrêter et qu’il s’était mis en place beaucoup de choses afin que justement cette décision devienne concrète, et que quelqu’un – en l’occurrence Damien (Saulnier) – reprenne le flambeau. Dans ce cas-là, tu ne fais jamais marche arrière. C’est parfaitement clair. »

« Que tu aies cette sensation d’inachevé, c’est possible, mais j’ai appris en une quarantaine d’années de compétition que la course restait maîtresse de la situation, et que de toute façon tu ne pouvais pas aller contre. »

« Bien sûr, j’aurais préféré finir sur un beau résultat, mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai envie de “remettre le couvert” et de recommencer parce que je veux à tout prix finir sur une victoire. »

« Il ne faut pas avoir un égo démesuré. Il faut rester les pieds sur terre. J’ai eu des années de bonheur, des périodes fabuleuses, et ma carrière s’est terminée comme elle s’est terminée. C’est comme ça. Il ne faut pas chercher autre chose. »

Quel est désormais ton rôle au sein du SERT ? Iras-tu sur toutes les courses ?

« Réellement, je n’ai plus de rôle. C’est très clair, et ce pour de nombreuses raisons. La première est que tu ne peux pas avoir deux chefs dans un team. Le patron c’est Damien, et je n’ai aucune envie d’être derrière lui pour lui dire ce qu’il a à faire. C’est absolument hors de question. »

« Je n’ai donc plus de rôle précis, mais je peux aller sur un circuit parce que ce n’est pas parce que j’ai pris ma retraite que j’ai renié la compétition moto qui m’a tenu en haleine pendant une quarantaine d’années. »

« Deux choses sont bien distinctes : le rôle, et l’envie d’aller traîner mes guêtres sur un circuit. Le rôle est celui d’observateur, mais cette envie est toujours en moi. »

Que penses-tu de la nouvelle équipe du SERT, emmenée par Damien Saulnier ?

« Je n’en pense que du bien. J’ai connu Damien presque “gamin” parce que ça fait presque vingt ans qu’on se côtoie. Je n’ai pas formé Damien, parce qu’on ne forme pas quelqu’un à l’endurance. Je lui ai montré ce que moi je faisais, de bien, et peut-être aussi de moins bien. »

« Je lui ai fait découvrir l’endurance et ce qu’était le management d’une équipe. Je considère que Damien est compétent pour gérer cette équipe. Il a des connaissances suffisantes, même si c’est toujours une remise en question. »

« Je considère que Damien est sur la bonne marche, qu’il faut maintenant qu’il gravisse progressivement les escaliers. Il a derrière lui une vraie, belle et bonne équipe, et avec tous ces ingrédients il est capable de gérer la course. »

« Je fais confiance à Damien pour qu’il travaille dur et fasse que la course penche du bon côté, car de toute façon si tu ne travailles pas, tu n’obtiens pas de résultats. Damien est un travailleur, son équipe aussi, alors vogue… Vogue comme il faut et les résultats viendront. »

A la suite de l’abandon de ses trois principaux adversaires Honda, Yamaha et Kawasaki lors du dernier Bol d’Or, le SERT est désormais solide leader du Championnat du Monde à l’aube des 8 Heures de Sepang. Comment se gère ensuite ce genre de situation ?

« Déjà, ce n’est pas une excuse. Les incidents (heureusement pas trop graves) qui ont eu lieu lors du Bol d’Or ont fait que la Suzuki était où il fallait et elle se retrouve en tête. »

« Moi, quand j’ai eu le moteur cassé à Suzuka, ça a profité bien sûr à d’autres, parce que ces autres étaient là au bon moment, comme il fallait et en place, pour exploiter cet incident qui était le mien. »

« Pour Sepang, ce ne sera pas facile parce que justement on attend la Suzuki, on attend Damien au coin du virage, et donc, il faut aborder cette course qui va être dure, car tous les concurrents doivent se qualifier à Sepang pour faire les 8 Heures de Suzuka. Cette course va être dure et il n’y aura pas de cadeau. »

« Donc à Damien de tirer son épingle du jeu, et de calculer car il va y avoir deux courses dans la même épreuve : une course à gagner, et une course pour ramener de gros points pour consolider la position de la Suzuki au Championnat du Monde. »

« C’est ça que Damien a à faire : ramener ces points, afin qu’au retour de Sepang il ait conforté son avance. »

Que penses-tu de l’évolution du Championnat du Monde d’endurance, avec de nouvelles épreuves comme les 8 H de Sepang ?

« C’est une question qui demanderait un livre comme réponse… » (rire)

Peut-être pas…

« On m’a dit, il y a très longtemps, que nous allions avoir comme partenaire du Championnat du Monde d’endurance Eurosport Events. J’ai pensé : pourquoi pas ? Oui, un tel support pouvait nous amener des choses. Mais à la condition impérative que chacun reste bien à sa place. »

« Pour moi à l’époque, la gestion de l’endurance et la direction de la compétition devaient rester la responsabilité de la FIM. Eurosport Events amenait du sang neuf et de l’événementiel, mais il ne fallait pas que l’un envahisse le rôle de l’autre. »

« J’ai peut-être des idées arriérées – je dis bien : peut-être – mais il ne faut pas qu’Eurosport Events vienne empiéter sur le rôle de la FIM. Et il ne faut pas que la FIM se dégage de certaines de ses responsabilités en disant “ce n’est pas nous, c’est l’autre”. »

« J’aimerais que l’on continue de considérer l’endurance comme le sport moto, et non pas comme uniquement un événementiel destiné à fournir des revenus financiers. Je voudrais que l’endurance reste ce sport qui m’a tant plu pendant quarante ans, et qu’Eurosport Events vienne renforcer son image et la propager dans le monde entier. Mais qu’ils ne viennent pas sur un terrain qui n’est pas le leur. »

« Loin de moi l’idée de supprimer la présence d’Eurosport Events, mais ils empiètent parfois un petit peu trop, à mon avis, sur un terrain qui n’est pas le leur. La FIM se doit de gérer sportivement le Championnat du Monde, et Eurosport Events doit l’utiliser pour faire de l’événementiel, les deux étant complémentaires, chacun dans son rôle. »

Vincent Philippe, Gregg Black, Étienne Masson et Dominique Méliand

Vidéo : « 24H Motos / Dernières 24h pour Dominique Méliand »

Photos © Suzuki Racing



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