pub

Il fut un temps où la Formule 1 sentait l’essence, la sueur… et la transgression. Aujourd’hui, elle sent surtout le carton de fast-food tiède. La comparaison est cruelle, mais elle s’impose d’elle-même : entre James Hunt et Lando Norris, ce n’est pas seulement une génération qui s’est écoulée, c’est tout un ADN qui s’est évaporé.

Dans les années 1970, James Hunt ne pilotait pas seulement une F1 : il incarnait un mode de vie. Son slogan devenu mythique, « Sex : The Breakfast of Champions », n’était pas une provocation gratuite. C’était une profession de foi. Avec Hesketh, puis McLaren, Hunt symbolisait une F1 libre, excessive, sans filtres, où l’on gagnait le dimanche… et où l’on ne s’excusait jamais du lundi au samedi. Champion du monde en 1976, séducteur assumé, fêtard notoire, il roulait vite et vivait encore plus vite.

Avance rapide jusqu’en 2025. Lando Norris est champion du monde. Talentueux, populaire, souriant, parfaitement calibré pour l’ère des réseaux sociaux. Et pourtant, le contraste est saisissant. Interrogé par le Telegraph après les célébrations de son titre à Abu Dhabi, Norris ne raconte ni excès ni débauche. Il parle… de McDonald’s.

Après avoir dansé jusqu’à l’aube à l’hôtel W de Yas Island, le nouveau roi de la F1 n’a qu’une obsession : des nuggets de poulet. Problème ? Il est trop tôt. « Je voulais des McNuggets, mais ils n’étaient pas disponibles parce qu’il était le matin », confesse-t-il.

« J’ai pris quelque chose comme de la saucisse, des œufs, et peut-être du poulet… et je l’ai regretté. »

Voilà donc le petit-déjeuner du champion du monde 2025. Pas une punchline provocante, pas une anecdote sulfureuse. Juste une frustration liée aux horaires du menu.

James Hunt – One Man And His Mustang

Une F1 aseptisée, propre… et prudente avec Lando Norris en champion du monde

Ce décalage n’est pas anecdotique, il est culturel. La Formule 1 moderne a troqué l’excès contre la maîtrise, l’instinct contre la communication, le chaos contre le contrôle. Les pilotes sont désormais des marques, des ambassadeurs, des produits globaux sous surveillance permanente. Chaque mot est pesé, chaque image calibrée, chaque écart potentiellement sanctionné.

Là où James Hunt assumait l’excès comme moteur de liberté, Lando Norris incarne une génération qui gagne en restant acceptable. Plus saine, plus responsable sans doute… mais aussi beaucoup plus lisse.

La question n’est pas de savoir si c’était “mieux avant”. Elle est assurément plus dérangeante. Et qu’a perdu la F1 en devenant irréprochable ?

Le danger ? Que le sport le plus extrême du monde finisse par produire des champions qui vivent leurs titres comme un problème de logistique alimentaire.

La F1 d’aujourd’hui est plus rapide, plus mondiale, plus rentable que jamais. Mais elle est aussi plus prudente, plus policée, moins imprévisible hors de la piste. Le glamour existe encore, en façade. L’instinct, lui, a été rangé dans un tiroir avec les cendriers et les combinaisons ouvertes jusqu’au nombril.

Entre les nuits blanches de James Hunt et les nuggets manqués de Lando Norris, la Formule 1 raconte finalement la même histoire que le monde qui l’entoure : celle d’un sport devenu adulte… peut-être trop.

Une chose est sûre : le petit-déjeuner des champions a changé. Et avec lui, une part du mythe. Reste à savoir si un jour, la F1 osera à nouveau mordre autre chose qu’un menu du matin.

Norris

 

 

 

Tous les articles sur les Pilotes : Lando Norris

Tous les articles sur les Teams : McLaren