F1 Moto GP
Publié le 6 octobre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1/ MotoGP – Honda change de patron : le moteur, lui, doit encore changer de rythme

Honda annonce le départ de Koji Watanabe et confie HRC à Keiichi Yasuda dès janvier 2027, alors que le moteur Aston Martin doit progresser.

Honda va changer de pilote au sommet de sa branche sportive. Le constructeur japonais a annoncé le départ à la retraite de Koji Watanabe, président-directeur général de Honda Racing Corporation (HRC), à compter du 1ᵉʳ janvier 2027. Keiichi Yasuda, actuel vice-président exécutif, lui succédera à cette date. 

Honda : l’heure de la retraite a sonné pour Koji Watanabe

Une transition importante pour Honda, alors que son retour en Formule 1 avec Aston Martin n’a pas encore produit les résultats espérés. Mais le communiqué officiel insiste sur un point : il s’agit d’une rotation périodique planifiée, et non d’une éviction annoncée à la suite des difficultés sportives.

Le calendrier, lui, n’a rien d’anodin. Honda explique avoir choisi le 1ᵉʳ janvier afin que le nouveau président prenne ses fonctions avant le début de la saison 2027. Keiichi Yasuda héritera donc d’une organisation qui doit poursuivre le développement de son moteur de F1 tout en pilotant les activités de compétition de Honda en deux et quatre roues. La date marque une passation nette : Watanabe quittera ses fonctions au terme de l’année, et son successeur commencera avec une saison entière à préparer

Watanabe dirige HRC depuis 2022. Deux ans plus tôt, il avait pris des responsabilités plus larges dans la communication et la stratégie de marque de Honda, avec le sport automobile dans son périmètre. Il a ensuite contribué à réunir sous HRC les activités de compétition automobile et motocycliste. Dans le communiqué, il rappelle que cette période a notamment vu Honda décider son retour en F1, réorganiser ses activités américaines et créer HRC UK. Il promet de continuer à travailler pour « viser la victoire jusqu’au dernier jour ». La formule est ambitieuse ; le bilan sportif, lui, reste contrasté.

Le programme F1 est le dossier le plus visible de cette succession. Honda est revenu comme motoriste d’Aston Martin en 2026, mais les premiers mois ont été difficiles : des problèmes de fiabilité ont limité le roulage, tandis que l’intégration entre l’unité de puissance et le châssis a compliqué la mise au point de l’AMR26. Dans une interview accordée à AS en mars, Watanabe reconnaissait que Honda « n’était pas au niveau souhaité » avant le début de saison. Il précisait alors que la priorité était de réduire le retard en fiabilité et en performance, puis d’améliorer le comportement du moteur dans la voiture

Le ton de cette interview était lucide, sans promesse de miracle. Interrogé sur le temps nécessaire pour devenir plus compétitif, Watanabe décrivait un travail progressif, course après course. À propos du partenariat avec Aston Martin et Adrian Newey, il se disait convaincu que la collaboration connaîtrait « des succès avec le temps ». Cette confiance reste à transformer en résultats.

Fernando Alonso a marqué des points à Sepang, mais Aston Martin demeure loin des équipes de tête ; le moteur Honda doit encore démontrer qu’il peut soutenir les ambitions affichées autour du projet

Le profil de Yasuda est différent. Il a rejoint Honda en 1990 au sein des ressources humaines, puis a occupé divers postes dans cette fonction au Japon, aux États-Unis, en Inde et en Thaïlande. Il a aussi dirigé des filiales Honda en Malaisie et en Indonésie. Nommé vice-président exécutif de HRC en avril 2026, il n’arrive donc pas de l’extérieur du groupe, mais son parcours n’est pas celui d’un responsable issu du développement des moteurs ou des équipes de course. Honda met plutôt en avant son expérience de gestion et de transformation organisationnelle.

Yasuda mesure l’ampleur de la tâche. Il dit vouloir préserver les bases construites par Watanabe, les faire évoluer et « renforcer l’organisation en vue de la victoire ». Il annonce également vouloir investir dans les équipes et le développement des personnes. Ce discours fixe une orientation, mais ne dit pas encore comment seront réparties les priorités entre la F1, le MotoGP et les autres championnats disputés par HRC. Il faudra notamment observer si la nouvelle direction maintient la même stratégie avec Aston Martin ou ajuste les moyens et les objectifs du programme.

Le chantier ne se limite pas à la F1. Watanabe a également supervisé l’unification des activités automobile et moto sous HRC. Honda n’a plus remporté de Grand Prix MotoGP depuis 2021, tandis que ses résultats en Formule 1 restent en deçà des attentes. Cette situation donne un relief particulier au changement de président, même si Honda présente officiellement la décision comme une rotation planifiée. Yasuda devra faire travailler ensemble des disciplines différentes, des équipes réparties dans plusieurs pays et des ingénieurs soumis à des calendriers serrés.

Watanabe laisse donc derrière lui une organisation plus intégrée et un retour en F1 déjà engagé, mais encore fragile sur la piste. Yasuda héritera d’un projet qui demande à la fois de la continuité et des progrès visibles. Honda lui fixe un cap clair — gagner — sans publier de nouvel objectif chiffré pour Aston Martin. Reste à savoir si ce changement de direction donnera au programme le nouvel élan attendu, ou si le moteur devra d’abord trouver son rythme avant que les ambitions de Honda puissent reprendre de la vitesse.