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Kenny Foray a remporté en 2025 le championnat de France FSBK Superbike pour la 5e fois, et il remettra sont titre en jeu en 2026.

A travers cette longue interview, il nous éclaire le métier de pilote professionnel en France, avec ses différentes facettes, mais aussi ce qu’il prépare pour le futur…


🎤 Kenny, peux-tu retracer à la fois ton parcours, ton environnement familial aussi, puisqu’il est important quand même, pour te présenter aux passionnés du MotoGP, même si tu y as fait une petite incursion dans le paddock ?
“Alors écoute, déjà, mon père est un ancien pilote de Grand Prix à une époque où faire les Grands Prix ne voulait pas forcément dire que tu étais professionnel. C’est un petit peu le paradoxe par rapport à ce qu’on a aujourd’hui, et moi j’ai eu la chance de grandir sur les paddocks en étant jeune, On a fait pas mal de petites catégories et puis après on a vite compris qu’aujourd’hui en France, alors je dis avec “on” parce que j’ai un frère jumeau, Freddy, qui a aussi roulé beaucoup avec moi, et on a vite compris que l’endurance allait être notre terrain de jeu, quoi. Alors l’endurance et je dirais le Championnat de France Superbike parce que souvent les deux sont liés. Et puis voilà, c’est comme ça que c’est parti. On a eu quelques occasions d’aller plus haut, mais soit on n’était pas assez bons ou soit on n’avait pas assez d’argent. Donc après, on est restés sur ce qu’on savait faire de mieux, et aujourd’hui, c’est ce qui m’a permis de faire une belle carrière.” 

🎤 Oui, oui, une belle carrière puisqu’aujourd’hui en France on peut être pilote professionnel, principalement grâce à l’endurance mais on y reviendra.
Dans une carrière assez claire, tu as quand même fait un passage dans le paddock MotoGP avec une année en MotoE chez Tech3. Comment tu l’as vécue ?
« En fait, je me suis fait clairement surprendre parce que je pensais qu’on allait avoir des motos très lourdes, et c’était le cas, mais je pensais avoir une gestion du pilotage d’une moto lourde mais comme on a un peu en endurance. Donc je me suis dit “ça va être parfait pour nous”, sauf qu’en fait c’était tellement lourd que la puissance était limitée. Et de ce fait, on s’est retrouvé avec des motos  qui se pilotaient comme des Moto3 ou des Moto2. Donc, pour moi qui n’ai jamais connu vraiment ces motos là, c’était ingérable. En fait, je me suis vraiment amusé, c’était vraiment cool, j’étais à la limite de passer un cap, entre guillemets, et je m’en suis pris une très grosse à Misano. Et à partir de là, j’ai compris que c’était fini pour moi le MotoE : ce n’était pas le chemin que j’avais envie de prendre.  

🎤 J’avais envie d’essayer, j’avais envie d’y participer, malgré le fait que je n’étais pas le meilleur, ça c’est clair, c’est indéniable. C’est juste que voilà, ça ne m’a pas plu plus que ça. J’ai apprécié de rouler, j’ai apprécié de découvrir Tech3, j’ai apprécié de découvrir Hervé (Poncharal), etc., tous ces trucs-là, j’ai aimé le paddock, mais assez rapidement, j’ai compris qu’en fait, là où j’étais le mieux, c’était là où j’étais depuis toujours. 
Alors, est-ce que si j’aurais été super bon, ça aurait été différent ? Je suppose. Mais assez rapidement, j’ai compris qu’en fait le MotoE ne m’apportait pas ce que je recherchais vraiment. 

Je savais que ce n’était pas pour moi, mais c’était une super expérience et je n’en garde vraiment pas du tout un mauvais souvenir. Au contraire.” 

🎤 Bon, de toute façon, ça s’est arrêté, donc il ne valait mieux pas se spécialiser là-dedans (rire)….
“Non, c’était sûr. Je vais dire ce que je m’étais dit à l’époque. Je me suis dit “dans ce genre de championnat, il vaut mieux faire la première année, parce que c’est celle qui va être le plus médiatisée. Et généralement après, on va croire pendant 4 ou 5 ans que tu l’as fait”. Et ça a été exactement ça : pendant 3 ou 4 ans, on pensait que je faisais encore le MotoE, alors que je ne le faisais plus. Donc non, c’était rigolo.” 

🎤 Alors fermons cette parenthèse et revenons au championnat de France Superbike, où on ne va pas citer tout ton palmarès, mais tu en es quand même à ton 5e titre Superbike, c’est ça ? 
“En Superbike oui,, et 7e en tout, parce que j’ai été champion en Supersport et aussi en Superstock 1000, à l’époque où il y avait les Superstock 1000.” 

🎤 On va revenir sur ta saison là passée. Mais avant tout, tu as quel âge ?
« J’ai 41 ans. »

🎤 D’accord, et cette année, tu fais quoi ?
« Je continue (rire). » 

🎤 Mais qu’est-ce qui fait marcher Kenny Foray, comme dans la pub Wonder avec Bernard Tapie ?
“Non, écoute, tu sais, moi, j’ai l’impression de maîtriser, comment dire, de prendre un plaisir pas possible. J’ai la chance que ce soit mon métier, donc j’ai la chance de gagner de l’argent avec ça. J’ai la chance de gagner des courses. Donc aujourd’hui, en fait, je ne vois pas l’intérêt d’arrêter. J’arrêterai le moment où il y aura un des deux ou trois curseurs qui sont importants pour moi qui ne seront plus là. Et à partir de là, il faudra peut-être penser à voir autrement.  

Mais par contre, attention, je suis assez conscient qu’à chaque fois que je commence une année, pour moi, ça peut être la dernière. Parce que peut-être que pendant l’année, je ne vais pas performer, peut-être que j’en aurai marre, peut-être que si, peut-être que ça. Mais je vis vraiment année par année. Mais aujourd’hui, il ne faut pas oublier qu’il y a des gens comme Checa ou comme Biaggi qui ont été champions du monde Superbike à 40 ans. Donc je pense que je peux continuer l’Endurance et le FSBK à 41 ans.” 

🎤 C’était aussi une autre époque, et on voit que maintenant les jeunes arrivent un peu dans toutes les disciplines
Tu parles de trois curseurs : c’est quoi les trois curseurs qui te font courir ?
“Le premier curseur, c’est que je m’amuse. Donc ça c’est un des curseurs qui est principal. Le deuxième, c’est de gagner de l’argent, parce que ça reste beaucoup de risques et ça reste beaucoup de sacrifices. Donc si tu ne peux pas gagner ta vie, maintenant que j’ai une famille, je ne pourrais plus le faire. Et le troisième, c’est de gagner des courses, ou tout du moins être sur le podium. Si demain je suis cinquième toutes les courses, il y a un moment, je n’y arriverai plus. Je me dirais “à quoi bon”. Si tu as 20 ans, oui, mais si tu as 41 ans, 42 ans, à quoi ça sert ?” 

🎤 Tu peux nous résumer ta magnifique saison Superbike 2025, avec peut-être ta course la plus difficile et ta course la plus gratifiante ?
« C’était un peu une année un peu, comment dire, exceptionnelle, dans le sens où on a gagné 12 victoires sur 14. On a fait 14 podiums sur 14 possibles, et c’est le genre d’année que tu fais, mais tu sais très bien que c’est une chose qui n’arrive qu’une fois dans ta vie. Il y a tout qui te réussit ! Quand tu n’as pas de chance, tu as quand même toujours un petit peu de chance, etc. 
Après, je pense que ma meilleure course, la plus dure, je dirais que c’est peut-être la première du Vigeant: la première que je n’ai pas gagnée, parce qu’en fait on n’était pas prêt, tout simplement. Est-ce que c’est parce qu’en fait on avait déjà été titré qu’on a sous-estimé nos adversaires ? Moi, je ne pense pas, mais simplement on a pris du retard et en fait on n’a pas été prêt au moment T. 
Et peut-être que la meilleure, c’était la première de l’Anneau du Rhin, où j’ai fait un tout-droit au deuxième tour pour éviter Alan (Techer). Je suis reparti 7 ou 8 et je suis remonté, et j’ai gagné!
Celle-ci, je pense que c’est vraiment celle que j’ai préférée. 
Mais voilà, en fait, il n’y a pas eu de pire, parce que, si tu veux, c’est chelou ce que je vais dire, mais j’étais presque content de ne pas gagner au Vigeant. Parce que tu sais, ces séries-là, elles s’arrêtent un jour ou l’autre, et le fait qu’elle se termine avant l’hiver, ce n »était pas plus mal, car tu apprends plus dans les défaites que dans les victoires. Et malgré que ça aurait été génial de faire un grand Chelem, bien entendu, je ne me serais pas privé si j’aurais pu le faire, mais le fait de pas le faire, en fait, “Ok, on a perdu, on n’a pas gagné toutes les courses”, ça nous a permis de nous rendre compte qu’on n’était pas invincible. Tu sais, des fois de remettre les deux pieds sur terre, ça fait du bien aussi.”  

🎤 D’accord. Alors cette domination, parce que là on peut quand même appeler ça une domination totale, évidemment, elle est due au pilote, bien sûûûûur, mais aussi à quoi ? 
Rappelle-nous sur quelle machine tu roules, et avec quel team.
« Je roule chez Tecmas, le team officiel BMW, je roule sur une BMW 1000RR avec des pneumatiques Michelin, et clairement j’ai un package qui est extrêmement performant. Après, c’est toujours difficile de comparer toutes les motos et tous les packages, parce qu’en fait il faudrait que tu les essayes pour vraiment voir lesquels sont mieux. Donc ça, c’est un peu un secret de Polichinelle quand ils disent “il a la meilleure moto”. Oui, mais si je n’ai pas essayé les autres, je ne pourrais jamais dire si c’est la meilleure ou pas. Mais plus que le package performant, ce qui est sûr, c’est que le point fort qui est indéniable à mon niveau, c’est le fait de tout connaître. La BMW et les Michelin, depuis 5 ou 6 ans d’affilée, ce sont quasiment les mêmes, et ça, c’est une vraie force. Clairement, pour moi, la force que j’ai par rapport aux autres, c’est la connaissance de ma moto et des pneumatiques qui sont quasiment les mêmes depuis quasiment 5 ou 6 ans. Et ça, pour moi, c’est la force principale.” 

🎤 Face à ça, quelle a été l’opposition ?
« L’opposition, il y a eu Alan Techer. C’était lui qui était de base avec qui je devais me battre, sauf qu’il s’est blessé en début d’année. Et puis il y a Enzo qui est arrivé au fur et à mesure de l’année, qui a été très performant et qui a gagné les deux dernières courses. Il y avait Enzo de la Vega avec la Yamaha et puis Alan Techer avec la Honda.” 

🎤 Et pour l’année à venirtu penses que ce sera pareil? 
A suivre…

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