Au terme de cette année 2020 placée sous le signe de crise sanitaire, il nous a semblé intéressant de faire un premier point de la situation avec le nouveau président de la Fédération Française de Motocyclisme, non seulement pour en dresser un premier bilan indispensable, mais surtout pour évoquer l’avenir au moment où la compétition motocycliste française continue à briller, non seulement en vitesse avec Fabio Quartararo, Johann Zarco et Loris Baz, mais aussi en endurance et en tout-terrain.

Qui est le nouveau président de la Fédération Française de Motocyclisme et comment envisage-t-il de favoriser l’éclosion de nouveaux champions ? Voici les premiers éléments de réponse…

Monsieur le Président, quand et comment la passion de la moto vous est-elle arrivée?

Sébastien Poirier : « Comme pour beaucoup parmi nous, c’est par quelqu’un de la famille qui était déjà dans ce milieu-là, en l’occurrence mon oncle. Il était pilote de motocross et a réussi à embarquer toute la famille dans cette passion. Ma mère m’a souvent dit que j’étais déjà dans les paddocks pour l’accompagner alors que je ne marchais pas. Il s’avère que, suite à ma naissance, il a rapidement arrêté la pratique de la moto pour se consacrer à celle-ci à travers un investissement bénévole en tant que dirigeant de club. Il a d’ailleurs participé à la création du Moto Club d’Ernée, puis, de fil en aiguille, il a pris des responsabilités dans la Ligue de Bretagne avant de devenir Président de Ligue, puis de gravir les échelons fédéraux en tant qu’élu. C’est à travers lui que j’ai découvert le monde de la moto, puisque j’allais avec lui et mes parents sur pas mal de manifestations en tant que fan dans le Grand Ouest. Je me souviens encore courir les autographes de Malherbe, Carlqvist, Jobé, ainsi que celui de Vimond quand il était tout en haut, lors de sa saison fantastique, tout de rose vêtu ! »

« C’est donc à travers le prisme du fan que j’ai découvert ce milieu-là, mais je n’ai jamais pratiqué en compétition. En ce sens-là, je me démarque de mon prédécesseur, et pas de moindre nature puisque lui-même avait gagné un Grand Prix ! C’est sûr que là, pour le coup, en termes de technique moto, vous perdez au change puisque je n’ai pas gagné de Grand Prix, loin de là, mais je roule en moto depuis des années. Je roule sur circuit et j’ai fait un peu de tout-terrain, donc je représente aujourd’hui ce qui fait la masse de nos licenciés, c’est-à-dire des pilotes qui découvrent la moto en entrainement sur circuit et qui souhaitent s’amuser à n’importe quel âge, avec leur moto sur un équipement sportif dédié, sans forcément rentrer dans une logique de compétition. »

Ce qu’on remarque dans votre parcours, c’est que parallèlement à l’attrait de la moto, il y a également eu très tôt une sorte d’attrait pour les instances fédérales, dans lesquelles votre oncle avait des responsabilités…

« Tout à fait ! En tant que dirigeant, mon oncle m’a souvent parlé des clubs, des ligues, de la Fédération, et puis il s’avère que je faisais du droit et que je cherchais un stage pour pouvoir intégrer un Master 2 en droit et économie du sport à Limoges. Donc de fil en aiguille, je me suis retrouvé sur Paris pour un stage de quelques semaines qui s’est transformé en emploi définitif, ce qui était un petit peu rapide car je n’avais pas imaginé arrêter mes études. Mais j’ai pu faire ma formation complémentaire en droit et économie du sport à Limoges parallèlement à mes missions ici, et c’est comme ça que j’ai été embauché à la Fédération en 1995, comme juriste pour mettre en place le service juridique de la Fédération Française de Motocyclisme. »

« De par mon expérience personnelle et ma connaissance du milieu, je pense que je me suis intégré relativement rapidement dans ce milieu-là. Ma culture moto familiale concernait plus le tout-terrain mais j’ai découvert la vitesse, riche et variée, sans compter toutes les autres disciplines puisque l’on a la chance d’être une fédération multidisciplinaire, ce qui est une force puisque cela permet d’envisager la pratique moto sous toutes ses formes et ses aspects. »

Quelles ont été les conséquences de la crise sanitaire sur les activités et les ressources de la FFM en 2020 ? Et quelles premières mesures d’urgence ont été prises ?

« En ce qui concerne les chiffres, la Fédération a noté sur l’année une baisse de 10 % des licenciés à l’année, presque 60 % des licences à la journée qui n’ont pas été souscrites, et puis surtout beaucoup plus grave, on a perdu quasiment 70 % de notre calendrier 2020. »

«Vous imaginez bien que c’est un choc considérable pour tous les amoureux de la moto, y compris pour les spectateurs qui n’ont pas pu assister à leur Grand Prix ou à leur course régionale. Je crois que l’on est tous conscients que l’on a vécu une année hors normes, donc l’objectif prioritaire pour la Fédération, et le rôle que je me suis assigné avec mon équipe, c’est de tout mettre en œuvre pour que nous ayons un calendrier 2021 qui soit à l’identique de celui proposé en 2019.

« C’est pour ça que nous avons mis en place un plan d’accompagnement de nos clubs, que l’on a estimé autour d’un million d’euros, en plus du million et demi habituel de subventions pour ces derniers. Ce million d’euros accompagne financièrement les clubs pour leur permettre d’établir leurs épreuves et leur calendrier 2021. Cela se traduit concrètement par une subvention annuelle de 850 € qui sera accordée en plus de la subvention de 1650 €. On maintient un fond dédié Covid, c’est-à-dire que si par malheur nous devions avoir des épreuves annulées en 2021 ou dégradées dans leurs conditions d’accueil par des jauges spectateurs qui seraient difficiles pour les clubs, il y a un fond dédié qui sera là pour les aider financièrement et leur permettre d’organiser leur manifestation. »

« Au niveau des pilotes, on a aussi mis en place un dispositif un peu particulier de transformation gratuite de licence entraînement en licence compétition. La différence de prix sera toujours à la charge du licencié mais les frais administratifs qui y étaient associés seront supprimés en 2021. On a parfaitement conscience que certains pilotes, dans certains championnats et dans certaines disciplines, ont très peu roulé, et c’est pour cela que l’on a mis ce dispositif en place. C’est également pour cette raison que sur certains championnats de France très spécifiques, comme par exemple le rallye routier, nous avons fait une remise de 70 € sur les engagements 2021 en championnat de France. »

« Notre priorité est d’avoir un calendrier 2021. Des licences à demi-tarif en 2021 s’il n’y a pas d’épreuves organisées, cela n’a pas de sens ! Des licences au tarif normal, dès lors qu’il y a un calendrier qui garantit que les clubs maintiendront leur manifestation, je pense que cela fera des pilotes satisfaits, et évidemment des spectateurs heureux d’assister à la compétition. »

En espérant que l’on n’ait pas en 2021 à se concentrer uniquement sur les conséquences de la crise sanitaire, quelles sont les grands axes à venir de la politique fédérale, en particulier en ce qui concerne la vitesse ?

« Je suis d’un naturel optimiste et je ne doute pas que 2021 sera l’occasion pour nous de retrouver une vie normale ou quasiment normale, avec surtout en mémoire, j’espère, le fait que l’on n’oubliera pas ce que l’on a vécu en 2020. »

«En ce qui concerne les projets de la Fédération, ils sont maintenus et vont être déployés dès 2021. En premier lieu, je ne suis pas dans la révolution donc j’ai fait mien les grands axes politiques de mon prédécesseur, Jacques, que j’ai eu l’occasion de développer à ses côtés en tant que directeur général, à savoir positionner les clubs au cœur de notre développement fédéral, et donc d’accompagner tous les clubs qui organisent ou qui gèrent un équipement sportif. Nous maintenons cette ligne directrice. »

« Deuxièmement, nous conservons le plan de sauvegarde des circuits motocross, auxquels nous intègrerons un plan de développement. »

« Le troisième point concerne évidemment la sécurisation des circuits qui sera maintenue. En tant que nouveau président, je souhaite insister sur les écoles labellisées, c’est-à-dire labelliser des structures qui ont une appétence pour l’accueil de nouveaux pratiquants, notamment de jeunes. Je pense qu’il faut vraiment avoir une politique volontariste à l’égard des jeunes, et donc offrir un paysage clair pour les parents qui souhaiteraient emmener leur enfant dans une structure moto. Il faut que, facilement, en quelques clics ou à travers un seul appel téléphonique, ils puissent savoir quelle est la structure la plus à même d’accueillir un jeune qui souhaiterait débuter la moto. Pour cela, il y aura une refonte de notre politique de labellisation pour mieux valoriser les structures qui accueillent un public, jeune ou moins jeune. Si je me prends pour exemple, j’ai eu l’occasion de faire des stages avec Christophe Guyot, et sincèrement ce sont des moments qui sont vraiment extraordinaires car à tout âge on peut apprendre sur une moto et sur un circuit. Il faut démontrer à un large public motard que si on veut se faire plaisir sur une moto, il y a maintenant des sites qui sont spécifiquement pensés, dédiés et développés pour cela. Je pense qu’aujourd’hui c’est vraiment le sens de l’histoire que de faire venir ces “pilotes du périphérique parisien” avec leur belle sportive sur le circuit Carole. »

« Pour la vitesse également, je crois qu’il faut absolument qu’on capitalise sur nos champions, Fabio Quartararo et Johann Zarco, qui sont deux merveilleux ambassadeurs de la vitesse française, et pas seulement puisqu’ils rayonnent sur toute la moto française. J’ai pour projet, avec la Commission Nationale de Vitesse et Patrick Coutant, de déployer une politique d’écoles moto vitesse, à l’image de ce que l’Espagne sait faire, puisque l’on y trouve pas loin d’une quarantaine d’écoles moto vitesse identifiées sur des pistes de karting. L’idée est donc de les développer au niveau du territoire et de faciliter en tant que Fédération, financièrement, juridiquement et administrativement, la création d’écoles vitesse, toujours avec l’objectif de développer et d’élargir la base de la pyramide. »

« Et puis, sur un enjeu majeur qui s’inscrira sur un temps long, il s’agira de développer des championnats de ligue de vitesse. On a la chance d’avoir aujourd’hui de grandes ligues, dont certaines ont plusieurs circuits de vitesse. L’idée est donc de mettre en place des championnats de proximité et faire en sorte que tous ces pilotes qui roulent sur circuit en entrainement, ou à travers un pass circuit, franchisse le pas de la première course de façon sécurisée dans un environnement qui leur convient sans forcément être dans une épreuve du FSBK, mais plutôt sur une épreuve vraiment loisir de compétition. »

« Enfin, en 2021, toujours avec la Commission Nationale de Vitesse, nous allons créer une nouvelle catégorie de motos qui sera la catégorie Moto5, qui permettra de faire le lien entre le 25 Power et les grands circuits, avec pour objectif d’optimiser le niveau général de nos jeunes champions en vitesse. »

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette nouvelle catégorie Moto5, ne serait-ce que pour mettre l’eau à la bouche aux pilotes concernés ?

« On fera une communication spécifique pour la vitesse par rapport à la filière car il y a pas mal de choses qui sont en train d’être travaillées, mais je peux quand même vous dire que la Moto5 sera basée sur un châssis libre avec un moteur unique, le Zongshen 250cc 4 temps. On aura donc une machine que l’on pourra utiliser sur les circuits de karting mais aussi dans le cadre des Coupes de France Promosport, où cette Moto5 sera couplée avec la catégorie 125. Mais vous aurez vraiment des informations plus précises en début d’année prochaine. »

Nous remercions Sébastien Poirier pour le temps accordé et ces premières informations.

Au moment où nous mettions ces lignes au propre, la FFM a diffusé le communiqué de presse suivant :